m-^^:^*^;^^^'
m'- f
„i ^i ;*^.- iS!»;- f,
:.rH%r-\>r-h-
■^■^'u
H^^.%
^^- .^...-^....^:^
'^^^ m^--m" ^:
•jf %i .1
■*.. '*_.*;
■sf »* '
~ M-i ^^ JB^
"'^■'^
'> :^
ROMANIA
ROMANIA
RECUEIL TRIMESTRIEL
CONSACRE A L ETUDE
DES LANGUES ET DES LITTÉRATURES ROMANES
PUBLIE PAR
Paul MEYER et Gaston PARIS
Pur remenbrer des ancessurs Les diz e les faiz e les murs.
Wace.
26e ANNÉE — 1897
PARIS
LIBRAIRIE EMILE BOUILLON, ÉDITEUR
67, RUE DE RICHELIEU, 67, AU I^r
TOUS DROITS RÉSERVÉS
'o
ETUDES
SUR LE CYCLE DE GUILLAUME AU COURT NEZ
n
LES ENFANCES GUILLAUME, LE CHARROI DE NIMES, LA
PRISE D'ORANGE; RAPPORT DE CES POÈMES ENTRE
EUX ET AVEC LA FITA JFILLELMI
Une étude historique et littéraire sur des textes dont on ne possède que des éditions insuffisantes ou même de simples ana- lyses est nécessairement incomplète et en partie caduque; mais, avant que nous ayons des éditions critiques des vingt-quatre poèmes dont se compose le cycle de Guillaume, ou même des :^uatre ou cinq qui en forment le noyau, il se passera sans doute un assez ajrand nombre d'années '. Il serait bien dur d'attendre jusque là pour aborder un sujet si attrayant, et l'on ne doit pas être trop sévère pour le critique, qui, l'ayant étudié de son mieux, cède à la tentation de communiquer au public des vues dont quelques-unes au moins lui paraissent avoir des chances de subsister. Tel a été aussi l'avis de M. Becker, dont le livre ^• m'a notablement soutenu dans mes recherches, ne tùt-ce que par l'obligation où il me mettait souvent de le contredire. Me disposant à le combattre sur plus d'un point, je ne puis
1 . Diverses éditions sont en préparation : des Narboniiais (Département des Enfants d'Aymeri et Siège de Narhonne) et des Enfances Gnillaume par M. Suchier, des deux rédactions du Moniage par M. Cioetta, du Charroi et delà Prise par M. Schlœger. de Foucon de Candie et de la Prise de Cordres par M. Densusianu.
2. Die aitfraniôsische Wilhehnsage, Halle, 1896. Sur ce livre, voy. Rom., XXV, 348 et 356, n.
Romania, XXVI. X
2 A. JEANROY
m'empêcher de dire ici en quelle estime je le tiens : M. Becker n'a pas eu seulement le mérite d'édifier un système cohérent et bien ordonné, de l'exposer en un style vif et souvent piquant ; il a eu aussi celui de travailler d'après une méthode qui lui est propre. M. Becker se défie des mots vagues, des formules toutes faites qui dispensent de réfléchir; il ne croit guère à la force des traditions anonymes ', au travail inconscient qui se ferait dans l'esprit des foules, à la collaboration du peuple avec l'artiste; il se représenterait volontiers l'auteur de chansons de geste comme un romancier moderne, ne devant qu'à lui-même la plupart de ses inventions et les ordonnant au gré d'une libre fantaisie; il lui est même difficile d'admettre l'existence de tous ces poèmes que l'on prétend avoir servi de substratuiii à leurs œuvres et par lesquels on en explique souvent les incohérences, par- fois aussi les beautés. Il ne va pas sans doute jusqu'à dire que nous possédons au complet le bagage Httéraire des jongleurs; mais, au lieu que les œuvres conservées apparaissent à d'autres comme de véritables épaves, misérables restes d'une immense production dont le meilleur a péri, il y verrait volontiers une chaîne dont il nous manque à peine quelques anneaux. Ce sont là des idées que je ne partage aucunement; aussi cet article deviendra-t-il souvent, sans que je l'aie cherché, une réponse au livre de M. Becker, que j'eusse plus rigoureusement suivi dans son exposition, si je n'eusse commencé à travailler longtemps avant de le lire ; il aura donc au moins cet intérêt de soumettre à un examen attentif cette originale application à la critique d'une méthode rigoureusement — et à mon avis étroi- tement — positiviste.
LE CHARROI DE NTMES ET LA PRISE D'ORANGE
De tous les poèmes dont se compose le cycle de Guillaume, 1 n'en est point qui, dans leur forme actuelle, soient plus étroi- tement apparentés que le Charroi de Nîmes et la Prise d'Orange''.
1
1. Il faut néanmoins rappeler, pour être juste, que M. G. Paris a toujours contesté la force conservatrice de la tradition orale.
2. La première rédaction du Moniage, encore plus par son caractère général que par sa langue, son style et diverses allusions, s'en rapproche aussi singu-
LES ENFANCKS GUILLAUME, ETC. 3
Ce n'est point par un simple hasard qu'ils se font suite dans tous les manuscrits qui nous les ont conservés ' : c'est qu'en effet il y a entre leur action une liaison étroite. Le premier formerait à lui seul un épisode médiocrement intéressant ; le second, qui y est du reste annoncé plus ou moins clairement à diverses reprises (v. 7, 454, 485), se fonde sur lui et sans lui se comprendrait mal : aussi ne s'étonne-t-on point de les voir réunis dans une allusion qui leur est faite par l'un des poèmes les plus anciens du cycle-. Il y a enfin dans leur langue, leur style, leur versification et tout leur habiîiis poétique 5, qui sont également fort archaïques, des ressemblances tellement frap- pantes4 que M. Becker déclare (p. 31) ne pas exclure l'hypo- thèse qu'ils soient du même auteur. Cette hypothèse, assez séduisante au premier abord, est peu vraisemblable ; les ressem- blances ne sont point telles qu'une quasi-communauté de date et de provenance ne suffise amplement à les expliquer, et les différences sont trop sensibles pour qu'on puisse y voir deux œuvres de la même main : le Charroi est d'une allure plus archaïque; on y trouve, outre ce caractère de mâle grandeur qui frappe dans le Roland et la première branche du Couronnement
lièrement ; mais l'examen des théories auxquelles ce dernier poème a récem- ment donné lieu (voyez Cloetta dans Anhiv, XCIII, 399-447 ; XCIV, 21-38, et Becker, ch. VII-XIX) m'entraînerait beaucoup trop loin ; je me bornerai à en dire ce qui sera strictement indispensable.
1. Dans le ms. de Boulogne et dans le numéro 1449 de la B. N. ils ne sont même pas séparés par une lettre ornée (L. Gautier, Les Épopées françaises, t. IV, p. 3, note).
2. Ch'est de Guillaume, le marchis et leber
Qui tint Orenges et Nimes la chité.
{}»Ion. I, 2-4).
3. Voy. dans Becker, p. 31, une juste et fine appréciation littéraire des deux poèmes. M.Willems est vraiment bien sévère quand il parle de la « fai- blesse désespérante » de la Trise d'Orange {Uélémenl historique dans le Coro- nement Looïs, p. 11, note 2).
4. Tous deux mélangent à l'assonance an et en masculins et féminins, a, ai, è et réduisent iée à ie ; le style est également énergique et concis ; les laisses sont relativement courtes et la variété des assonances assez grande ; enfin on y trouve (et on sait que ce trait se rencontre surtout dans les poèmes les plus anciens) un assez grand nombre de laisses ou parties de laisses parfai- tement similaires (voy. notamment Cimrroi, 481-9 et 491-512 ; Prise, 59-73 et 74-104; 239-66 et 267-99; 472-509 et 521-44).
4 A. JEANROY
de Louis, des beautés de premier ordre, dont rien n'approche dans la Prise '. Les personnages nommés sont sensiblement plus nombreux dans le second que dans le premier (quarante-cinq contre quinze environ) et l'on sait que c'est là un indice de moindre antiquité. Si les rôles des acteurs principaux sont iden- tiques, il y a dans ceux de quelques personnages de second rang des différences sensibles : le troisième roi régnant à Nîmes (qui du reste n'agit pas et dont le poète oublie de mentionner la mort) se nomme dans le Charroi (1299) Agrapart, et dans la Pm^ (484, 699) Sinagon; l'auteur du Charroi semble considé- rer comme rois d'Orange Clarel et Acéré , qui sont frères ^, tandis que la Prise attribue à Acéré un autre frère, Corsolt, ou leur en adjoint à tous deux un troisième ', place leur résidence dans « la cité d'Aufrique » (1271) et nomme comme seul roi d'Orange Aragon, fils de Thibaut (230, 531) et « fillastre » d'Orable, que le Charroi ne connaît point, du moins en cette qualité ■^.
La question de paternité, celle même de la date respective des deux rédactions actuelles, sont du reste ici médiocrement importantes. Ce qui nous intéresserait surtout serait de savoir si ces deux rédactions sont les plus anciennes œuvres qui aient été composées sur le sujet, si elles nous livrent la torme la plus antique et la plus pure de la tradition, si enfin l'invention de ces deux épisodes est contemporaine et appartient au même noyau de récits. En ce qui concerne le Charroi, rien, ni dans son texte actuel, ni dans les autres rédactions connues, ne nous
1. Voy. par exemple toute la scène de début et les vers où Guillaume exprime les scrupules et les inquiétudes qui l'assaillent au moment où il quitte le sol de sa patrie et ouvre son sein au vent « qui vient de France » (Ces vers, cités par P. Paris (Hist. litt., XXII, 491) d'après le ms. 1448, manquent dans le ms. 774 et par conséquent dans Jonckbloet).
2. Einçois la tieneiit Sarraziu et Escler, Clareaus d'Orenge et son frère Acerez.
(516 ss.).
2. Corsolz de Mables et son frère Acerez
Et Clariaus
(595 ss. ; cf. 1681.)
Des personnages même secondaires jouent, du reste, un rôle identique : Gondré et Quinzepaumes sont frères de part et d'autre {Charroi, 520; Prise, 1685).
4. Peut-être faut-il identifier Aragon avec l'Arrogant de Charroi ()i9).
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 5
permet d'entrevoir un poème plus ancien ou différent ' ; s'il n'est qu'un remaniement, hypothèse à laquelle rien non plus ne s'oppose, ce remaniement aurait suivi de très près son original. Mais nous allons voir bientôt que, quelque ancien qu'il puisse être, même dans sa forme actuelle , la légende qu'il met en œuvre était probablement moins ancienne que celle de la Prise d'Orange, qui pourtant semble lui taire suite.
En ce qui touche la Frise d'Orange on peut affirmer hardi- ment tout d'abord que la rédaction conservée n'était pas la première où le sujet eût été traité '. Il est impossible de ne pas être frappé dans celle-ci des invraisemblances et des longueurs qui en refroidissent la dernière partie 3 : c'est qu'en effet cette version, propre au poème français, est contredite par Ulrich von Tùrheim et les Nerbonesi : si notre poème a conservé, au sujet de l'entrée de Guillaume à Orange, la version authentique +, il s'en écarte presque aussitôt. Dans le poème original, Guillaume, après s'être assuré que le prisonnier n'avait exagéré ni les mérites de la ville ni les attraits de la princesse, était délivré par celle-ci (Ulricli et Nerbonesi), revenait avec une armée {ihid.')
1. Le seul trait par lequel le roman des Nerhonesi (YW , 3) diffère du poème français consiste en ce que le stratagème des tonneaux est suggéré à Guillaume, non par un marchand étranger à la région , mais par un citoyen de la ville qui en a été chassé par les vexations du roi Arpirote. Le nom de ce person- nage est évidemment une traduction du Harpin du poème français, mais je n'arrive pas à deviner d'où provient le Marette (var. Mailet) qui remplace notre Otran ; le troisième roi n'y figure pas.
2. Le rédacteur actuel fait lui-même allusion à des poèmes antérieurs qu'il
se vante d'avoir remaniés pour les rapprocher de la vérité :
Tuit ont cb.-inté de la cité de Nimes
E Dex ! Orenge nen ot encore mie ! Pou est des homes qui vérité en die, Mes g'en dir;ii, que de loing l'ni aprise. ..
(15 ss.)
3. A deux reprises, les trois Français s'enferment dans Gloriette ; à deux reprises ils sont faits prisonniers, délivrés par Orable, et résistent victorieu- sement à une multitude de Sarrasins. Il serait naturel qu'après leur première captivité, Aragon, au lieu de les faire remettre en prison, les envoyât au supplice et Orable avec eux (d'autant plus qu'il nourrit à l'égard de celle-ci une rancune qui sera expliquée plus loin).
4. Dans les Nerbonesi comme dans notre poème, c'est le récit d'un prison- nier échappé d'Orange (là Guion, fils d'Anséïs), qui enflamme l'amour et l'ambition de Guillaume. — r Dans Ulrich Cvov. Suchier, Ueher die Ouellc Ulricbs von don Tiirlin, etc., p. 29-32, cité par Becker, p. 33), Orable envoie
6 A. JEANROY
et prenait la ville; puis il faisait baptiser Orable et l'épousait ^ Mais s'il est facile de reconstituer les grandes lignes du poème primitif, il reste néanmoins différents points sur lesquels plane une obscurité que je ne puis parvenir à dissiper. Il est certain que dans ce poème Guillaume ne tuait pas seulement Aragon, mais deux autres fils de Thibaut : c'est ce que nous apprend l'auteur à' Aliscans dans des vers sur lesquels Jonckbloet (II, 78) a depuis longtemps attiré l'attention -. L'idée qui se pré- un message à Guillaume pour lui dire de se laisser prendre, et c'est ainsi que les deux amants réussissent à se voir. Cette version, qu'on ne peut considérer comme primitive, à cause de son caractère romanesque et en partie courtois (c'est un épervier qui porte la lettre d'Orable à Guillaume), a pu exister dans un poème français : il semble bien, en effet, qu'elle ait été connue de l'auteur des Enfances Guillaume, où le jeune guerrier, fait prisonnier par les Sarrasins, est enchanté de cet incident, qui lui permettra de voir Orable, et sait fort mauvais gré à ses frères de le délivrer (Jonckbloet, II, 17). Si le poète français ne nous l'a pas montré pénétrant dans la ville par ce moyen, c'est qu'il écrivait une introduction au poème actuel, où l'entrée de Guillaume dans Orange est expliquée autrement. L'envoi d'un faucon et d'un message à Orable par Guillaume dans les Enfances est peut-être une imitation de l'épisode en question.
1. L'auteur des Nerbonesl allonge à plaisir ce récit par des emprunts fort peu motivés au Covenant Vivien et à Aliscans : il montre Guillaume battu et obligé d'aller implorer le secours du roi Louis. — Dans Ulrich Guillaume entre sans coup férir dans la ville, dont Orable lui ouvre les portes : l'auteur allemand, voulant agrandir le rôle d'Orable, n'aura pas remarqué qu'il le rendait odieux et diminuait celui de Guillaume au point qu'il devient presque ridicule. Dans l'auteur français, ce n'est pas Guillaume, mais Guielin, qui va chercher du secours à Nîmes, tandis que Guillaume soutient l'assaut des ennemis : usant d'un procédé qui ne manque guère son effet sur un public populaire, il aura trouvé piquant de montrer ses deux héros tenant en échec une armée entière.
2. 1160 (I Sire parastre, dist li rois Hsmerez,
Por quoi m'as tu a tort deserité Et fors d'Orenge par traïson gité, Et pris ma mère (Ars. terre) trestot outre mon gré, Et mes deus frères a grant tort decolez? II 65 Tant les bâtis, voiaiit tôt ton barné, Desor un marbre el pavement listé, Que de lor sanc corurent grant li gué; Puis les pendis a un arbre ramé («). »
(Jonckbloet)
Le mot parastre employé par Esmeré (ce personnage est aussi connu de
(a). Ce vers manque dans le nis. de l'Arsenal (éd. Guessard et Montaigloii, p. 35), qui présente de légères variantes.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 7
sente d'abord est que l'auteur à'AJiscans a embrouillé le dénoue- ment de la Prise avec celui du Charroi , qu'il a confondu les trois frères régnant à Nîmes (Harpin, Otran, Sinagon) avec le roi d'Orange (Aragon) et attribué aux premiers la qualité de fils de Thibaut, qui appartenait au second ^ ; mais on renonce vite à cette explication si on remarque que le témoignage d'Aliscans est confirmé par trois autres textes indépendants l'un de l'autre, la seconde rédaction du Moniale, Foiicon de Candie et les Nerbo- nesi\ Les deux premiers poèmes rattachant le foit à la prise d'Orangé, il semble bien que, dans la pensée des auteurs, cette ville en soit le théâtre. Cette indication est explicitement donnée dans les Nerbonesi, dont l'auteur, écartant cette version par des raisons d'humanité qui ont aussi fait disparaître l'épisode des poèmes français, atteste par là même qu'il la connaissait'.
Je considère donc, sinon comme démontré, au moins comme infiniment probable que dans la Prise d'Orange primitive
Ulrich von Tûrlin) semble indiquer que pour l'auteur d'AUscans les deux princes massacrés étaient fils de Tliibaut el d'Orable comme Esmeré lui-même ; s"il ne se iùt agi pour celui-ci que de « demi-frères » , quelque chose l'eût indiqué.
1. Le V. 1166 serait un souvenir du supplice infligé à Otran, qui, dans le Charroi (1444), est précipité du palais « par un des estres «.
2. Le roi païen Macabrin dit à Guillaume dans le Moiiiage II (^Archiv,
XCIII, 437) :
Le roi libaut tolistes sa niollier Ht ses enfanz fesistes detrenchier.
De même dans Foiicon (édition Tarbé, p. 12), le roi de Cordes dit à
Thibaut,
Orenge a prise et tes û]s detranchiés, Ta femme escosse si s'est a lui couchié.
Tarbé imprime Escosse, comme si c'était le nom de la femme de Thibaut ! — Pour les Nerbonesi, voy. plus bas.
3. L'auteur italien les exprime sous une forme prud'hommesque assez comique : « Tiborga gittô uno figliuolo di Tibaldo, ch' era piciolo, a terra
de' balconi. Perô questa cosa a me, Ruberto di SanMarino non parve che
fusse, per più cose, vero : la prima, il conte Guglielnio ne Beltramo l'arebbono softerto , ma piuttosto rimandato al suo padre ; secondamente
Tiborga era tanlo savia egentilc non h arehbc fatto; il terzo, non trovo che
mai a nessuno Nerbonese fusse mai questa crudeltà improverata; ma pure si disse. )) (IV, 13, éd. p. 414.)
8 A. JEANROY
Guillaume mettait à mort deux fils de Thibaut et d'Orable \ J'incline h penser que ces deux fils étaient encore enfants : cette hypothèse s'accorderait à merveille avec l'câge d'Orable - et aussi avec le traitement qui leur est infligé (on leur écrase la tête « sur un marbre »)\ Quant à Aragon, se trouvait-il déjà dans cette Prise d'Orange primitive, y était-il déjà « fiUastre » d'Orable, y périssait-il les armes à la main? Cette hypothèse me paraît probable : ce serait, dans ce cas, au vieux poème fran- çais que l'auteur des Nerbonesi aurait emprunté son Dragonetto, dont il se serait borné à eflacer le rapport de parenté avec Orable (il en fait un simple lieutenant de Thibaut)-^. Il devait déjà y être beau-fils de celle-ci : cette circonstance expliquerait, dans une certaine mesure, la haine que les deux personnages se sont vouée et dont les Nerbonesi et le poème français ont con- servé de très curieuses traces. Dans le roman italien, Orable, en promettant à Guillaume de l'épouser s'il triomphe de
1. L'auteur des Nerbonesi semble bien admettre aussi que ce « figliuolo di Tibaldo » était en même temps celui d'Orable ; on s'explique mieux ainsi l'horreur que cet acte lui inspire et qui va jusqu'à le lui faire révoquer en doute. S'il n'attribue à Orable qu'un enfant au lieu de deux, c'est par un simple scrupule de sensibilité médiocrement raisonnable, le fait n'en restant pas moins révoltant. On s'expliquerait mal du reste que de jeunes enfants (voy. plus loin) nés d'un premier mariage eussent été confiés, si loin de leur père, à la garde d'une marâtre.
2. Cf. Prise, 621 :
Et ceste tst bek et juenete nicschiue.
3. On ne voit nulle part ce supplice appliqué aux adultes, tandis qu'il l'est souvent aux enfants dans notre épopée même : ainsi dans les Lorrains (ras. de l'Arsenal fol. 136 r", col. 2) Fromondin écrase contre une colonne deux enfants des fils d'Hernaut, ses filleuls, pour venger la mort de son parent Girart, tué par Hernaut. Il est vrai qu'ensuite ils sont pendus.
4. Je ne doute pas un instant, en eflfet, que le Dragonetto du roman ita- lien ne soit identique à notre Aragon : le traducteur aura pris VA initial pour un D et pourvu le nom d'un suffixe diminutif. — Ce raisonnement, il est vrai, serait infirmé si l'on prouvait que l'auteur italien a connu la Prise actuelle, à laquelle il aurait naturellement emprunté le personnage. Mais la seule coïnci- dence frappante entre les deux oeuvres est que toutes deux mentionnent à Orange un chef unique : si on admet que les deux fils d'Orable étaient de tout jeunes enfants, Aragon restera aussi dans le poème primitif le seul chef militaire de la ville et la difficulté disparaîtra,
LES ENl-AK'CES GUILLAUME, ETC. 9
Dragonetto , semble l'inviter seulement à se couvrir de gloire pour la mieux mériter; mais c'est là un sentiment bien moderne que l'antique légende ne pouvait guère connaître; Orable devait y détester plutôt en Aragon le fils d'un époux odieux, liH-mème devenu peut-être un surveillant importun. Dans un passage qui ne s'explique nullement et n'en est que plus significatif, le poème français nous donne la contre-partie de cette scène : là c'est Aragon qui tait de sa jeune belle-mère, aux inconnus qui lui en demandent des nouvelles et sans que rien motive cette sortie, le portrait le moins flatteur '.
La légende primitive, qui ne l'aurait guère cédé en horreur tragique à celle des Atrides ou des Pélopides, aurait donc mon- tré en Orable une mère dénaturée poussant la haine envers Thibaut jusqu'à exécrer tout ce qui venait de lui, même ses propres entants; ceux-ci en etfet périssaient, sinon à son insti- gation, au moins avec son assentiment. Elle serait ainsi un des plus anciens exemplaires de ce type de la princesse sarrasine que les auteurs de chansons de geste se sont complus à peindre et chez qui, comme chez la Floripas de Fierahras, les sentiments les plus sacrés sont étoutîes par l'amour ou la foi naissante : du moment en etfet que ces sentiments avaient des païens pour objets, la conduite de ces furies passait naturellement, non pour inhumanité, mais pour héroïsme. On comprend néanmoins que l'auteur du poème actuel, qui dans Orable entrevoyait Guibourc et la connaissait sous les espèces de la chrétienne irréprochable, de l'épouse aussi tendre que vaillante, ait cru bien fiiire en supprimant de son histoire des épisodes qui ne cadraient pas avec cette conception nouvelle de son caractère ; mais, plus habile que le romancier italien, il n'a rien dit qui pût mettre sur la trace des libertés qu'il prenait ^.
1, En Gloriete mainne ses drueries : Mielz ameroit Soribant de Venice, Un baceler juene de barbe prime,
Qjai de déport et d'armes set bien vivre, Qu'el ne feroit Tiebaiit d'Esclavonie. (625-7-)
2. Je ne mentionne que pour mémoire une tradition qui diffère par un détail de celle du poème français : d'après cette tradition, que nous ont con- servée quelques vers de Bertran de Born {Uun sirventés, v. 13) et de Uc de Saint-Cire (cités par A. Thomas, Bertran de Born, p. 17, n. 5), la tour
10 A. JEANROY
La tradition sur la Prise d'Orange nous montre donc un guer- rier chrétien s'emparant par un héroïque coup de main d'une ville ennemie, où il trouve par surcroît une épouse selon son cœur, et, si l'on y comprend les suites dont l'existence va être démontrée, réussissant à conserver l'une et l'autre, malgré tous les efforts de ceux qu'il avait dépossédés. C'est là une aventure qui, avec quelques variantes, se retrouve ailleurs, dans notre poésie héroïque et dans celle de différents peuples. Ce récit torme un tout complet et se suffit manifestement à lui-même; il a, comme le veut la formule classique, un commencement, un milieu et une fin. La légende de Nîmes n'offre ni la même unité ni le même intérêt : elle se compose en somme de la juxtaposition de deux épisodes dont le premier, quelque sublime qu'il soit, est tout entier inspiré par une idée empruntée à d'autres poèmes (celle de l'ingratitude de Louis envers Guil- laume) et dont le second reproduit avec moins de richesse et d'ampleur (puisqu'il ignore l'intervention de la femme) l'aven- ture qui formait déjà le fond de la légende d'Orange ; celle-ci n'y est diversifiée que par la mention d'un stratagème qui pro- vient évidemment d'ailleurs '. Observons enfin que si les deux légendes sont associées dans un vers du Monîage, elles ne le sont pas dans un document incontestablement plus ancien, la Fita Willelmi, qui ignore totalement la prise de Nîmes et, de la cour de Louis, conduit directement Guillaume sous les murs d'Orange. Il semble donc bien que l'une ait été forgée après coup pour servir de préface à l'autre - ; les circonstances où elle
dont s'empare Guillaume se serait appelée Tor Mirmanda ou Milmanda et non Gloriette (le nom de Gloriette est aussi mentionné, du reste, dans un passage qui ne se rapporte pas à la légende de Guillaume, par Azalais de Porcairagues, Ar em el freg tenis, v. 15). Mais il n'est nullement assuré que cette tradition ait été chantée dans un poème méridional : il est bien probable, s'il en eût été ainsi, que le nom de Tor Mirmanda ne se fût point perdu.
1 . C'est à tort que P. Paris et Jonckbloet ont cru en retrouver la source directe (cf. Becker, p. 32, n. i) : il y a là une de ces histoires qui se ren- contrent dans les traditions d'une toule de peuples et qui pouvaient arriver à l'auteur français par mille chemins (voy. Nyrop, Storia delT cpopca Jrancese, éd. ital., p. 138, n. 2).
2. Elle l'aurait été, du reste, de fort bonne heure : elle est connue, en effet, de l'auteur du Libei- Sancti Jacobi, itinéraire à l'usage des pèlerins de Saint-Jacques, écrit entre 1137 et 1142. Je dois à l'obligeance de M. Becker
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. II
l'a été sont elles-mêmes faciles à retrouver : le jour où le héros primitif de la légende d'Orange a été identifié avec ce Guillaume, que les jongleurs savaient (par la première branche du Couron- nement^ s'être illustré au Nord, il a fallu le transporter dans le Midi, lui donner là une solide base d'opérations pour ses con- quêtes ultérieures : c'est alors qu'a été composé le Charroi de Nîmes, qui n'est autre chose, pour employer l'ingénieuse et frappante expression de M. G. Paris ^, qu'un pont hardiment jeté entre deux légendes originairement distinctes.
En résumé, je placerais en premier lieu une Prise d'Orange primitive, qui appartiendrait à la première couche de traditions relatives à Guillaume conquérant du Midi; puis le Charroi (peut-être le poème actuel), composé, d'après elle, à une époque sensiblement postérieure; enfin Xd. Prise actuelle, elle-même un peu plus moderne que le Charroi, où l'auteur, croyant embellir la légende, l'aurait dénaturée-. Le sort de cette théorie n'est pas, du reste, attaché à l'opinion que l'on se fait de la date respective des deux poèmes conservés : elle n'en subsisterait pas moins si l'on démontrait qu'ils sont sensiblement de la même époque.
§ n
RAPPORT DU CHARROI DE NIMES ET DE LA PRISE D'ORANGE AVEC LES ENFANCES GUILLAUME
Dans l'état actuel du cycle ces deux légendes ne sont pas seulement rapprochées et fusionnées, elles sont munies d'une sorte d'introduction qui rapporte les exploits de jeunesse, les
la connaissance de la date de l'œuvre et de sa nouvelle édition (Fita et Vinson, Le Codex de Saint-Jacques, dans la Reine de linguistique et de philologie comparée, t. XV, 1882); mais le passage qui nous intéresse avait déjà été cité par C. Hofmann (Mém. de V Académie de Miliiich, 185 1, p. 627-8).
1. La littér.fr. au moyen âge, § 39; cf. Couronnement de Louis, éd. Langlois, p. LXXIV.
2. Il ne peut en tout cas s'être écoulé, entre les deux poèmes, autant de temps que le suppose M. L. Gautier, qui place le Charroi dans le premier tiers du xii^ siècle et la Prise seulement au commencement du xm^ {Hist. de la Litt. franc., publiée sous la direction de L. Petit de Julleville (1896), I, p. 105, note).
12 A. JEAN ROY
(' enfances » du héros. Cette introduction est-elle l'œuvre de quelque arrangeur hanté de l'idée cyclique, ou repose-t-elle aussi sur des traditions anciennes, contemporaines des précé- dentes, et les Enfances Guillaume doivent-elles occuper dans l'histoire de la légende la place qui leur a été assignée dans les manuscrits cvcliques ? Cette dernière opinion , défendue par Jonckhloet, est celle qui a prévalu longtemps. L'illustre savarrt hollandais, après avoir relevé les contradictions existant entre la Prise actuelle et les Enfances', prétend lever la difficulté par l'hypothèse suivante : il aurait existé une rédaction des Enfances allant jusqu'au mariage de Guillaume et d'Orable (et comprenant par conséquent la Prise d'Orange) que lauteur des poèmes actuels aurait coupée en deux morceaux pour y intercaler le Charrm de Nîmes; en remaniant ces deux parties, il leur aurait donné une existence indépendante, et les contradictions qu'elles présentent proviendraient de cette intercalation du Charroi, avec lequel il aurait essayé de faire cadrer sa dernière partie (relative à la prise d'Orange) -.
De toutes les hvpothèses qui pouvaient se présenter à l'esprit, celle-là est bien la plus compliquée, et M. Suchier n'a pas eu
1 . Dans les Enfances, c'est Charlemagne qui règne et non Louis ; c'est Clarel et Acéré qui sont rois d'Orange et non Aragon, etc. (Jonckbloet, II, 70).
2. La raison principale qui a déterminé Jonckbloet est évidemment l'allu- sion aux Enfances qu'il a cru voir dans un passage de la Prise : Guillaume y dit en parlant d'Orable (v. 371 ss.) :
La seue amor m'a si fort justisié
Ne puis dormir par nuit ne someillier.
Ne si ne puis ne boivre ne mangier.
Ces expressions hyperboliques ne s'expliquent, selon lui, que s'il s'agit d'un amour ancien qui a eu le temps de s'enraciner dans son cœur. Mais c'est méconnaître le caractère éminemment sommaire de la psychologie de nos vieux poètes, qui représentent volontiers ces brusques explosions de senti- ments extrêmes. L'auteur croit nous avoir suffisamment préparés à celle-ci en faisant dire à Guillaume (v. 87 ss.) :
S'eûssons ore mil puceles ceanz
De ceus de France, as genz cors avenanz...,
Icele chose me venist a talant.
Ces vers prouvent é\-idemment qu'il n'a jamais entendu parler d'Orable :
autrement il aurait pour son activité un emploi tout trouvé et n'attendrait pas
pour monter à cheval l'arrivée du « chétif « Gillemer.
LES ENFAN'ŒS GUILLAUME, ETC. 15
de peine à la ruiner ' ; mais il la remplace lui-même par une autre qui n'est guère plus satisfaisante : selon lui, les Enfances et la Prise actuelle seraient le remaniement d'un plus ancien poème sur la conquête d'Orange et l'enlèvement d'Orable, dont le dénouement à peu près seul aurait passé dans notre Prise; les Enfances en auraient développé la première partie , qui pei- gnait le début des amours entre Guillaume et Orablc, et y auraient tait entrer, outre des ornements variés, la tradition, fondée sur l'histoire, d'un séjour de Guillaume à la cour de Cliarlcmagnc. M. Becker a fort bien répondu à M. Suchier (p. 35) que deux poèmes aussi complètement différents que les Enfances et la Prise ne pouvaient guère être le remaniement de la même œuvre - ; il eut pu insister sur le caractère tout moderne et artificiel du premier poème : il y a là des traits de galanterie raffinée qui seraient incompréhensibles avant la fin du xir siècle, et ils tiennent trop de place dans le poème pour qu'on puisse les attribuer à un remanieur : on y voit, par exemple, foisonner les cadeaux et messages amoureux; Guillaume jette loin' de lui son arme pour l'amour d'Orable (Jonckbioet, II, 17) : ce sont là des inventions qui semblent faites pour des lecteurs de Chrétien de Troyes'. Enfin le mélange de souvenirs emprun- tés au cycle du Roi atteste une antiquité peu reculée ^
1. UfberdieQiu'ÏU,t\.c. Cf. Becker, p. 53. — M. L. Willems (/.'£/<">//<•«/, etc., p. II, note 2), qui ne parait pas avoir connu le livre de M. Becker, déclare se rattacher à la théorie de Jonckbioet. qu'il ne distingue pas, du reste, de celle de M. Suchier.
2. Il est à peine utile de signaler les divergences de détail : dans les Hii/jtuys, Orable est sœur de Clarel et de Murgalé ; le premier de ces deux personnages, qui est emprunté au Clkirroi et à la Prisi\ n'y était point donné comme parent d'Orable; quant au second, c'est un défaut de mémoire qui a dû l'introduire à la place d'Acéré.
5. C'est probablement à Chrétien lui-mèrae qu'est emprunté un des épi- sodes les plus caractéristiques du poème, celui de la nuit de noces de Thibaut : les enchantements qu'emploie Orable pour se réserver à Guillaume sont imités de ceux que la Fenice de CUgfs met en œuvre dans une situation toute pareille. Le scrupule même qui a dicté tout cet épisode est moderne : l'auteur du poème primitif, nous venons de le voir, n'était nullement choqué qu'Orable eut été l'épouse de Thibaut, ni même qu'elle en eût eu deux enfants.
4. Aimeri est présenté comme ayant aidé Charlemagne à venger Roland, Thibaut est neveu de Baligant, etc.
14 A. JEANROY
§ ni
NÉCESSITÉ D'UNE SUITE AU CHARROI DE NIMES ET A LA PRISE
D'ORANGE : LE SIÈGE D'ORANGE , LA PRISE DE TORTELOSE
ET DE PORTPAILLART-SUR-MER
Les deux poèmes que je viens d'étudier n'ont donc besoin d'introduction d'aucune sorte, et celle qu'on leur a forgée après coup n'a eu pour résultat que d'altérer le vrai caractère et la belle simplicité de la légende primitive. En revanche, ils sup- posent nécessairement une suite, qui nous foisait assister à la lutte dont nous n'avons ici que le prologue, aux efforts faits par Thibaut pour reconquérir sa femme et sa ville, à une série de revers essuyés par Guillaume et à son triomphe définitif.
Je m'étonne que cette opinion, qui a été récemment soutenue par M, Becker (p. 39), n'ait pas été exprimée plus tôt; M. Becker lui-même ne me paraît ni en avoir signalé toute la portée, ni l'avoir appuyée d'arguments suffisants : « Les deux poèmes, dit-il, laissent l'action incomplète, car ils ne nous disent pas comment Thibaut se comportait dans son infortune... Ils semblent donc exiger une suite, dont l'action commencerait au moment où Thibaut se présenterait devant Orange, soit qu'il se rendît à l'appel d'Aragon, soit qu'il arrivât en fugitif du siège de Nar- bonne. »
On ne saurait mieux dire ' : mais cette suite n'est pas seu- lement exigée par la logique des événements; elle est signalée et même assez exactement caractérisée par un nombre considérable de textes indépendants les uns des autres 2, Le premier est
I, Sauf pourtant qu'une idée juste est ici singulièrement présentée: c'est dans les Enfances seulement que Tliibaut nous apparaît faisant le siège de Narbonne. Pour le continuateur de la Prise, il ne peut venir que « d'Au- frique « ou de la.« Cit de Vaudon » (525, 1246), où vont le chercher les messagers d'Aragon. Ce que l'on pouvait dire, c'est que, si l'auteur des Enfances nous l'a montré blessé seulement devant Narbonne et réussissant à s'échapper, c'est qu'il connaissait le grand rôle qu'il devait jouer devant Orange et qu'il le réservait pour ce rôle,
2. Je ne signale pas, comme trop générales, diverses mentions de Thibaut qui ont déjà été relevées (cf. P. Meyer, dans Rom., 1, 56) ; celle de Jordan Fan- tosme (v. 733) est intéressante par sa date et par l'épithète (de « Balesgué ») qu'elle ajoute au nom de Thibaut.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. I5
celui môme de la Prise : Aragon envoie chercher Thibaut (1297 ss. ; cf. 597) ; on voit celui-ci faire d'immenses préparatifs et mettre à la voile (1300 ss.); il est attendu d'heure en heure (1538); le poème enfin se termine par l'annonce de luttes qui n'auraient pas duré moins de trente ans :
Puis estut il tiex .xxx. anz en Orenge;
Mes aine un jor n'i estut sanz chalenge '.
L'auteur du Motiiagc II {Arcbii',XClll, 437) fait dire à un païen parlant de Guillaume :
Tout no lignage a il mort et boni, Tibaut destruit et Desramé ocis ^
Dans les Nerboricsî, auxquels je reviendrai plus loin, la con- quête d'Orange par Guillaume est immédiatement suivie d'un long siège de la ville par Thibaut. Ce siège était aussi certai- nement connu de l'auteur de la Fita WiJlchm, dont on doit prendre ici à la lettre les paroles : aux quelques lignes où il a fait allusion à la facile conquête d'Orange par Guillaume, il ajoute : « licet postea et in ea et pro ea multos et longos ab hosti- bus labores pertulerit semperque prevaluerit decertando » (^Acta Sanctorum, Mail t. VIII, 812). Ces mots prouvent assez que la lutte était longue et acharnée, qu'elle n'allait point peur Guillaume sans de rudes épreuves; il en était réduit à deman- der au roi Louis le secours auquel il était convenu qu'il aurait droit 5. C'est un texte méridional qui en fait foi : dans la Cban-
1. Il est à peine besoin de dire qu'il ne faut pas voir là l'annonce d'Ali seau s, poème originairement étranger au cycle et où Thibaut ne joue du reste aucun rôle.
2. Ici non plus il ne peut s'agir à'Aliscans, où on n'assiste ni à la « destruc- tion » de Thibaut ni à la mort de Desramé; celle-ci est racontée dans Loqiiifer, que ne pouvait connaître l'auteur du Mouiage II; c'est probablement que, dès le temps où Loqiiifcr fut écrit, celui que je suppose était déjà perdu. Cf. Cloetta, loc. cit., p. 437.
3. Et dist Guillaumes : « Et ge mielz ne demant, Fors seulement un secors en VII ans. »
(Charroi, 590 ss.)
L'auteur du CIjarroi, en écrivant ces vers, préparait évidemment l'épisode auquel je fais allusion. Il est à remarquer que dans les Nerbonêsi, c'est juste- ment au bout de la septième année de siège que Guillaume s'adresse à Louis.
lé A. JEANROY
SÛ71 de la Croisade un des croisés assiégés dans Beaucaire récon- forte ses compagnons en leur disant (v. 4105-6) :
Senhors, remembre vos Guilhclmet al cort nés, Co al scti d'Aurenca suffri tans desturbiers...
Il ne peut s'agir là évidemment, comme l'a déjà remarqué M. P. Meyer (éd. II, 221), « du siège héroïque, mais très court » que Guillaume soutint dans la ville (^Aliscans). On voudrait pouvoir préciser davantage et restituer au moins dans ses grands traits ce « Siège d'Orange » , qui formait le point culminant de la lutte gigantesque entre Guillaume et Thibaut : la tentative serait malheureusement téméraire. Nous ne pouvons nous adresser ici à Wolfram d'Eschenbach ni à ses successeurs, qui ont surtout imité Aliscaiis\ On trouve bien dans les Nerhonesi (IV, ch. xiv-xxvi) un récit fort détaillé d'un siège d'Orange; mais on sait que l'auteur italien prend avec ses modèles d'étranges libertés; s'il invente peu, il transpose constamment, et c'est probablement ce qu'il a fait ici : l'am- bassade de Bertran à Paris notamment est toute pleine de réminiscences à'Aliscans , fidèles parfois au point d'en être absurdes-. Il n'y a guère que deux épisodes qu'on puisse reconstituer avec une quasi certitude : le premier était un message envoyé au roi Louis ' , le second un duel entre Guillaume et son adversaire, duel que le roman italien a malheu- reusement fort abrégé, mais que l'on peut aisément se repré- senter d'après les nombreux spécimens de combats analogues que nous a laissés notre ancienne épopée.
Orange une fois mise à l'abri, ainsi qu'Orable, contre les
1. Il est remarquable néanmoins que chez eux, comme dans une chronique du xiye siècle qui semble rédigée d'après eux, Thibaut joue un rôle infini- ment plus considérable que dans Aliscans (L. Gautier, IV, 53).
2. Bertran, par exemple, jure en quittant Orange : « di non abbracciare ne di toccare mai la mano a persona, et di non dormire in letto, etc. » (ch. xxii); tout le monde connaît le sublime passage à' Aliscans qui est ici gâté. L'épisode des chevaux mangés (cf. xxi), les trois tentatives successives de Bertran pour sortir de la ville (ch. xxiii) sont probablement des imita- tions du Covenant Vivien.
3. Le messager était probablement Bertran, comme dans les Nerhonesi, et non Guillaume, comme dans Aliscans; la version d'^/waw^ s'explique par le fait que Guillaume n'est pas le protagoniste dans cette partie du cycle.
LES ENTANCES GUILLAUME, ETC. I7
tentatives de représailles de Thibaut, Guillaume se reposait-il sur ses lauriers? Non. Il était naturel que cet infatigable cham- pion de la chrétienté poursuivît le cours de ses exploits, chassât les envahisseurs du sol français, les poursuivît jusque chez eux. Tel était le sujet d'une nouvelle série de poèmes, sur lesquels nous sommes malheureusement moins renseignés encore que sur le « Siège d'Orange » ; mais leur existence au moins est indubitable. Lorsque Guillaume, dans le Charroi , prie le roi de l'investir de fiefs qu'il se charge d' « acuiter » lui-môme à la pointe de l'épée, il ne lui demande pas seulement
Nime et Orenge, Valsoré et Valsurc, Et Nemenois et tote la pasture, (505)
mais aussi un vaste domaine situé au delà des frontières :
Espaigne le régné, Et Tortolose et Portpaillart sor Mer. (451, 482)
La mention de ces deux cités, dont la première au moins peut être sûrement identifiée avec Tortose, revient avec une fréquence caractéristique : la première rédaction du Moniage nous montre Guillaume jouissant en paix de leur possession (v. 5); d'après la seconde, il en aurait en mourant confié la garde, ainsi que celle d'Orange, à Rainouart ' : il fallait donc bien qu'il les eût conquises. Une fois averti, ne retrouve-t-on pas l'évidente mention de ces conquêtes lointaines dans ces paroles de la Fîta : « Quot et quanta cmn barbaris transmarinis et Agarenis vicinis commiserit pralia^, quomodo... populum Dei salvavit et christianum dilatavit imperium... nec scripto hoc indiget, etc. »
1 . Sa terre laisse et trestout son régné, La tor d'Orenge et la grant fermeté,
- Et Gloriete le palais principal, Et Tortelouse et Portpaillart sor mer ; A Rainoart laisse tôt a garder.
{Archiv, XCIII, 459.)
D'après C. Hofmann {Mémoires de r Académie de Munich, 185 1, p. 607),
l'héritier de Guillaume dans le Moniage II serait Maillefer et non Rainouart.
2. Le mot Agareni ne désigne pas une peuplade en particulier ; c'est un simple synonyme de Saraceni, formé sur Agar, comme Saracenus était censé l'être sur Sara. — On peut se demander dans quel sens il faut prendre ce vicinis : sont-ils voisins des barhari transmarini , ou de Guillaume, c'est-à- dire d'Orange ?
Romania, XXVI. 2
l8 A. JEAN ROY
Mais s'il est impossible de douter de l'existence de ces poèmes, il serait chimérique d'en vouloir retrouver le contenu : tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'ils avaient une importance et une étendue proportionnées au nombre et à la variété des exploits qui y étaient énumérés, et aussi qu'ils devaient remonter fort haut, puisque ceux qui les ont remplacés dans les manuscrits cycliques sont eux-mêmes très anciens. Nous nous demanderons ailleurs par suite de quelles circonstances une partie si notable de la légende, et en apparence si indispensable à son intelligence, a disparu sans qu'il en restât autre chose que des traces isolées. Mais auparavant nous devons rechercher la source de ceux qui nous restent.
§ IV
RAPPORT DES POÈMES CONSERVÉS AVEC LA VITA JVILLELMI
En l'absence de tout autre document auxquels ils aient pu être empruntés, la question de leurs sources se confond, ou à peu près, avec celle des rapports qui les unissent à la fameuse Vita Willelmi.
Ce document, fabriqué à Gellone avant 1130 (probablement vers 1125)', dans les circonstances que M, Révillout a si bien démêlées 2, contient sur la vie militaire de Guillaume un récit dont on a maintes fois allégué les passages principaux, mais dont il n'est pas sans intérêt de résumer l'ensemble '. Si on le débar- rasse des insupportables amplifications oratoires qui en forment la plus grande partie, voici à quoi il se réduit. A la nouvelle d'une invasion sarrasine dans l'Aquitaine, la Provence et la Septimanie, Charlemagne réunit ses conseillers ; tous sont d'avis de confier à Guillaume l'armée qui doit arrêter les envahisseurs. Charlemagne fait plus : il l'investit de la dignité de duc d'Aquitaine. Guillaume entre en Septimanie à la tête d'une puissante armée et traverse le Rhône : « rapidement il concentre
1. Cf. Becker, p. 131.
2. Mémoires de la Société' archêohi;ique de Montpellier, VI (1877), 495 ; cf. G. Paris, dans Rom., VI, 467, et Becker, p. 66.
3. Acta Sancloriim, Mail, VI, 802 a; la partie qui nous intéresse est dans Jonckbloet, II, 35.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. I9
ses troupes devant Orange, que les Sarrasins d'Espagne, avec leur Thibaut, occupaient depuis longtemps; il prend la ville sans peine et en peu de temps , et massacre ou chasse les Sarrasins; mais il eut plus tard à souffrir dans cette ville et pour elle beaucoup de peines, qui se terminèrent néanmoins par sa victoire. » La ville prise, il s'y établit, dit-on; c'est sa propre gloire qui rejaillit sur cette cité, aujourd'hui encore si fameuse. Quant aux combats qu'il eut à soutenir par la suite contre les Barbares d'outre-mer et les Agaréniens voisins, comment il sauva le peuple de Dieu , comment il recula les bornes de l'empire chrétien, c'est là un sujet que l'auteur n'a pas l'inten- tion d'aborder et qui demanderait, pour être exposé dignement, un gros volume.
Il est évident qu'il y a des rapports étroits entre ce récit et celui des chansons qui nous restent et de celles qu'on peut restituer par conjecture. Est-ce la Fie latine qui, dans la partie que nous venons d'analyser, dérive des chansons françaises ? En est-elle au contraire la source? Ou enfin ont-elles une source commune ?
M. Becker n'a pas pris sur cette question une position bien nette : il semble admettre tantôt que les moines de Gellone ont inventé de toutes pièces la légende d'Orange (p. 70 et 133), tantôt qu'ils pouvaient avoir à leur disposition, en écrivant la Fita, une chanson française, arrivée par un heureux hasard jusqu'à leur monastère'. Je m'étonne de voir cette opinion exprimée par M. Becker, qui a ordinairement tant de répugnance à supposer l'existence de chansons perdues; mais elle me paraît, avec quelques restrictions, devoir être adoptée. 11 est évident que, pour toute la vie militaire de Guillaume, le fabricateur de la Fiîa n'a pu puiser à aucune source historique - : quelle distance en effet entre son récit et l'histoire authentique du
1. Cette chanson aurait eu pour héros un personnage auquel ils auraient arbitrairement substitué Guillaume; ce personnage ne serait autre que l'un des adversaires de Borel et de sa race dans le fragment de La Haye. Mais cette question est trop étendue pour être discutée ici.
2. Les moines de Gellone avaient cependant à leur disposition un docu- ment, à nous inconnu, dans lequel ils trouvaient la mention de Bernard et de Gaucelm, fils de Guillaume, qu'ils ont introduits dans la Vita (§ 25) parmi des témoins de la charte fausse ; on ne trouve nulle part au contraire la
20 A. JEANROY
comte de Toulouse ! Celui-ci ne combattit jamais sur k i^ords du Rhône, et le fait d'armes le plus notable de sa carrière u une défaite, qui, pour glorieuse qu'elle ait été, n'en était pasiioins difficile à confondre avec une victoire. Il y a loin du vaicu de rOrbieu au conquérant de Nîmes et d'Orange. Quant à . prise de Barcelone, à laquelle il contribua, si elle eût été conue du narrateur monastique, eût-elle été désignée en ces termes igues et inexacts : Quanta ciini barbarù transtuarinis prœlia? L :cord de la Vita avec les chansons sur le fait purement fabuleu de la prise d'Orange est caractéristique : il atteste qu'il \ i eu emprunt direct ou dérivation d'une source commune, em- prunt direct est rendu probable, au moins pour une pae du récit, par le témoignage même de la Vita, qui parle avec l'emphase que l'on sait, des chants qui célébraient son iros : ces chants, qui, « dans tant de provinces, dans tant de rcions, égayaient les veillées de fêtes, retentissaient dans les asseiolées du peuple et des grands », ne sont-ce pas eux qui ont et 'ésu- més dans les lignes citées plus haut? L'accord presque .isolu de certaines parties avec les chansons conservées ou de dlu- sions éparses nous a permis de l'affirmer.
Mais les chansons conservées ou perdues n'ont pas o les seules sources utilisées par les auteurs de la Vita : entre ces et celle-ci les divergences sont notables, et quelques-unes suisent à démontrer que la Vita reflète une forme de la tradition u peu différente de celle que nous connaissons ou reconstituas à l'aide des œuvres en langue vulgaire. Il ne £uit naturelLnent attacher aucune importance à l'absence totale, dans le docinent latin, de l'histoire d'Orable : cet épisode, quelque impctant qu'il fût, était trop romanesque, trop peu édifiant pou être accueilli par le pieux narrateur. Il ne faut pas en attribuer eau- coup davantage au fait que, dans la Vita, la carrière de Guil. ame est placée sous Charlemagne et non sous Louis : il est proable que le rajeunissement est le fait des remanieurs qui ont idetifié le héros des luttes autour d'Orange avec celui du Couromu.cnt. L'auteur de la Vita savait déjà par Ardon que Guillaume vait
mention de Bertran, neveu du héros, qu'ils ont également introduit Cîs le faux diplôme et qu'ils n'ont pu emprunter qu'aux traditions populaire (Sur là généalogie de Guillaume, voy. Histoire de Languedoc, éd. Privât, Il 276. Cf. Becker, p. 57.)
-1*:
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 21
véciisous Charlemagne ; mais il est possible que ce renseigne- mer ait été confirmé par d'anciennes versions de la légende don on peut retrouver quelques traces.
Mis voici des divergences plus considérables : dans la Vita Guiaume reçoit de Charlemagne le commandement d'une arme formidable, tandis que nos chansons nous le montrent sui^ seulement de quelques hardis compagnons et devant ses conaêtes à d'heureux coups de main. L'auteur de la Fita, répodra-t-on, savait par Ardon que Guillaume avait été duc d'Auitaine, et il trouvait plus honorable pour son héros de le morrer à la tête d'une puissante armée que sous les traits d'un solde de fortune. Mais était-il moins honorable pour lui d'avoir déjoé un complot tramé contre le fils de Charles, d'avoir plac la couronne sur la tête du souverain légitime? Si l'auteur de ] Fita eût connu le Couronnement, il en fût resté quelques trac-; dans son récit. De plus, il ne mentionne pas la prise de Nîrcs et conduit directement son héros sous Orange : indice, comie je l'ai déjà dit, qu'il ignorait la tradition relative cà la preiière de ces villes.
Cs différences pourront paraître assez peu probantes, et je ne eux pas y insister plus qu'il ne convient; mais voici des raisns qui, pour être moins générales, n'en sont peut-être pas mois fortes.
lest évident, à première vue, que les traditions relatives à Orage et aux diverses luttes de Guillaume contre les Sarrasins son purement méridionales : ce n'est pas au Nord que pouvaient se frmer des récits légendaires sur l'expulsion des Infidèles de la Prcence. Les auteurs de nos chansons ont si bien le sentiment quees traditions sont purement méridionales qu'ils n'essayent mêle pas, comme celui de Renaut de Montaiiban, par exemple, de js dépayser, et que, pour identifier le conquérant dont rhicoire va se dérouler au Midi avec le héros du Couronnement, ils iventent la légende de Nîmes. Il est non moins évident que c'ei dans le Midi que ces récits ont été recueillis par les jongleurs, quies ont fait passer les premiers dans un dialecte du Nord : les rédctions actuelles du Charroi et de la Prise l'attestent elles- mêies suflRsamment. L'auteur du plus ancien de ces deux po(nes, dont les indications ont été respectées dans le rema- niaient, et peut-être propagées dans d'autres chansons, avait cei'iinement voyagé dans le Midi : il avait probablement fait.
i
l
20 A. JEANROY
comte de Toulouse ! Celui-ci ne combattit jamais sur les bords du Rhône, et le fait d'armes le plus notable de sa carrière fut une défaite, qui, pour glorieuse qu'elle ait été, n'en était pas moins difficile à confondre avec une victoire. Il y a loin du vaincu de rOrbieu au conquérant de Nîmes et d'Orange. Quant à la prise de Barcelone, à laquelle il contribua, si elle eût été connue du narrateur monastique, eût-elle été désignée en ces termes vagues et inexacts : Quanta citm harharù transmarinis prœlia ? L'accord de la Fita avec les chansons sur le fait purement fabuleux de la prise d'Orange est caractéristique : il atteste qu'il y a eu emprunt direct ou dérivation d'une source commune. L'em- prunt direct est rendu probable, au moins pour une partie du récit, par le témoignage même de la Fita, qui parle, avec l'emphase que l'on sait, des chants qui célébraient son héros : ces chants, qui, « dans tant de provinces, dans tant de régions, égayaient les veillées de fêtes, retentissaient dans les assemblées du peuple et des grands », ne sont-ce pas eux qui ont été résu- més dans les lignes citées plus haut? L'accord presque absolu de certaines parties avec les chansons conservées ou des allu- sions éparses nous a permis de l'affirmer.
Mais les chansons conservées ou perdues n'ont pas été les seules sources utilisées par les auteurs de la Fita : entre elles et celle-ci les divergences sont notables, et quelques-unes suffisent à démontrer que la Fita reflète une forme de la tradition un peu différente de celle que nous connaissons ou reconstituons à l'aide des œuvres en langue vulgaire. Il ne faut naturellement attacher aucune importance à l'absence totale, dans le document latin, de l'histoire d'Orable : cet épisode, quelque important qu'il fût, était trop romanesque, trop peu édifiant pour être accueilli par le pieux narrateur. Il ne faut pas en attribuer beau- coup davantage au fait que, dans la Fita, la carrière de Guillaume est placée sous Charlemagne et non sous Louis : il est probable que le rajeunissement est le fait des remanieurs qui ont identifié le héros des luttes autour d'Orange avec celui du Couronnement . L'auteur de la Fita savait déjà par Ardon que Guillaume avait
mention de Bertran, neveu du héros, qu'ils ont également introduit dans le faux diplôme et qu'ils n'ont pu emprunter qu'aux traditions populaires. (Sur la généalogie de Guillaume, voy. Histoire de Languedoc, éd. Privât, II, 276. Cf. Becker, p. 57.)
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 21
vécu SOUS Charlemngne ; mais il est possible que ce renseigne- ment ait été confirmé par d'anciennes versions de la légende dont on peut retrouver quelques traces.
Mais voici des divergences plus considérables : dans la Vita Guillaume reçoit de Charlemagne le commandement d'une armée formidable , tandis que nos chansons nous le montrent suivi seulement de quelques hardis compagnons et devant ses conquêtes à d'heureux coups de main. L'auteur de la Fita, répondra-t-on, savait par Ardon que Guillaume avait été duc d'Aquitaine, et il trouvait plus honorable pour son héros de le montrer à la tête d'une puissante armée que sous les traits d'un soldat de fortune. Mais était-il moins honorable pour lui d'avoir déjoué un complot tramé contre le fils de Charles, d'avoir placé la couronne sur la tête du souverain légitime? Si l'auteur de la Vita eût connu le Couronnement, il en fût resté quelques traces dans son récit. De plus, il ne mentionne pas la prise de Nîmes et conduit directement son héros sous Orange : indice, comme je l'ai déjà dit, qu'il ignorait la tradition relative à la première de ces villes.
Ces différences pourront paraître assez peu probantes, et je ne veux pas y insister plus qu'il ne convient; mais voici des raisons qui, pour être moins générales, n'en sont peut-être pas moins fortes.
Il est évident, à première vue, que les traditions relatives à Orange et aux diverses luttes de Guillaume contre les Sarrasins sont purement méridionales : ce n'est pas au Nord que pouvaient se former des récits légendaires sur l'expulsion des Infidèles de la Provence. Les auteurs de nos chansons ont si bien le sentiment que ces traditions sont purement méridionales qu'ils n'essayent même pas, comme celui de Reuaiit de Montaiiban, par exemple, de les dépayser, et que, pour identifier le conquérant dont l'histoire va se dérouler au Midi avec le héros du Couronnement , ils inventent la légende de Nîmes. Il est non moins évident que c'est dans le Midi que ces récits ont été recueillis par les jongleurs, qui les ont fait passer les premiers dans un dialecte du Nord : les rédactions actuelles du Charroi et de la Prise l'attestent elles- mêmes suffisamment. L'auteur du plus ancien de ces deux poèm.es, dont les indications ont été respectées dans le rema- niemient, et peut-être propagées dans d'autres chansons, avait certainement voyagé dans le Midi : il avait probablement fait,
22 A. JEANROy
en passant par les sanctuaires du Velay, le pèlerinage de Saint- Gilles. Il y a en effet dans la Prise actuelle, si éloignée qu'elle soit de l'original, des indications précises sur le chemin de Velay : le premier auteur avait vu à Brioude
L'escu Guillaume et la targe florie Et le Bertran, son neveu, le nobile.
Il connaissait également bien les rives du Rhône, et l'itinéraire qu'il fait suivre à Guillaume, de Nîmes à Orange, est d'une suffisante correction géographique '. Mais c'est surtout dans le Charroi que la préoccupation de Saint-Gilles tient une grande place : la mention de cette ville revient deux fois, sans utilité, dans le récit ^ ; on y suppose que Guillaume lui-même avait accompli le pèlerinage (il passe par Brioude et le Puy) ; le mor- ceau où le héros raconte son voyage est un pur hors-d'œuvre, mais d'une singulière beauté : il est possible qu'il nous ait conservé quelques traits des récits faits aux jongleurs par les habitants de la Septimanie, chez qui il n'est pas étonnant qu'ait subsisté pendant plusieurs siècles l'impression de terreur laissée par les invasions sarrasines. C'est évidemment sur place qu'ont été recueillies les traditions d'un caractère tout local que leur transplantation dans la France du Nord a sauvées de l'oubli. Y a-t-il quelque vraisemblance à supposer que ces traditions, nées sur les bords du Rhône, aient eu besoin de pénétrer dans l'Ile- de-France ou la Picardie pour revenir jusqu'à Gellone, sur les lèvres d'un jongleur? N'est-il pas plus naturel de croire que le narrateur monacal, en quête de récits sur son saint, aura recueilli sur place ceux qu'on devait raconter dans la langue du pays où il vivait, à quelques Heues de sa cellule? Et faut-il s'étonner si ces traditions différaient quelque peu de celles qu'avait recueil-
1. Il ne paraît pas cependant qu'il ait visité Orange, qu'il semble placer à très peu de distance du Rhône (v. io8), et Nîmes, dont les antiquités romaines l'eussent sans doute frappé : aussi bien devait-il faire un pèleri- nage religieux et non poétique, et ces deux villes n'étaient-elles point sur le chemin de Saint-Gilles. Les indications primitives ont pu être aussi plus ou moins altérées par le remanieur. — Sur cette influence des récits de pèlerins sur la formation des légendes épiques, voy. Jullian, dans Koiiiania, XXV, i66.
2. Il n'est pas nécessaire de supposer que l'auteur du Charroi actuel avait été lui-même à Saint-Gilles; il a pu emprunter ce qu'il en dit à la Prise pri- mitive, à laquelle son œuvre se rattache si étroitement.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 23
lies de son côté l'auteur de la Prise d'Orange primitive, ou si les deux images que nous donnent delà légende ces deux inter- prètes ne sont pas tout à iait identiques?
Les réflexions qui précèdent suffiraient, en bonne logique, à nous permettre d'écarter l'hypothèse inverse, à savoir que les chansons ou la tradition populaire dériveraient de la Vita. Si on considère cette hypothèse en elle-même , on est frappé au premier coup d'œil du peu de vraisemblance qu'elle présente, et on s'étonne des adhésions plus ou moins fermes qu'elle a rencontrées' : entre ces deux formes de la légende, l'une si sèche, si décharnée, si vague dans son emphase, l'autre si pré- cise, si logique, si vivante, l'hésitation n'est guère possible : il est évident, pour tout esprit non prévenu, que ceci n'est point l'amplification de cela, mais cela le sommaire (incomplet et assez maladroit) de ceci. On m'accuserait peut-être, si j'insistais de nouveau sur des différences déjà signalées, d'enfoncer une porte au moins entr'ouverte. Je ferai observer seulement que, dans cttte hypothèse, tous les épisodes où apparaît Orable seraient l'invention personnelle du jongleur; or, ces épisodes sont trop manifestement la clef de voûte de la légende, ce per- sonnage caractéristique lui donne trop évidemment sa physio- nomie propre, pour qu'on puisse voir là une addition posté- tieure : on ne se figure pas plus la Prise d'Orange sans Orable que la Chanson de Roland sans Olivier, que Raoul de Cambrai sans Dernier. — Nous verrons tout à l'heure si l'on peut constater une influence directe de la Vita sur la tradition popu- laire; remarquons dès maintenant qu'on saisit sur le vif l'in- fluence inverse : où, sinon dans la tradition populaire, les fabricateurs des documents de Gellone ont-ils trouvé les noms qu'ils ajoutent à ceux que leur fournissaient leurs sources histo- riques, ce Bertran, par exemple, à qui ils conservent son rôle traditionnel de neveu ? N'oublions pas enfin qu'Orderic Vital, entre 1131 et 1141 (cf. Jonckbloet, II, 38, et Becker, p. 69), avait entendu chanter au fond de la Normandie une Prise d'Orange % à laquelle il déclarait préférer la relatio authentica qui
1. M. Becker notamment semble avoir pour elle une complaisance mar- quée. Voy. p. 40.
2. J'admets que la chanson à laquelle Orderic fait allusion était une rédaction de la Prise d'Orange et non du Couronnement : en effet, il rapproche
24 A. JEANROY
lui était venue de Gellone par l'entremise d'Antoine de Win- chester, Une chanson fondée sur un texte écrit entre 1125 et II 30 n'avait guère de chances d'avoir fait tant de chemin en si peu d'années.
Et pourtant l'opinion que tant de raisons si diverses nous poussent à admettre a contre elle un certain nombre d'argu- ments qui, pour n'avoir jamais été formulés avec précision, n'en sont pas moins sans doute ceux qui ont déterminé l'opinion que je combats : les poèmes et la Fita s'accordent sur un certain nombre de faits caractéristiques; de ces faits, les uns sont de telle nature que la connaissance n'en pouvait guère être conser- vée que par les moines de Gellone; d'autres, manifestement faux, sont plus probants encore : n'est-ce point là la « faute commune » qui, dans deux manuscrits, décèle la communauté de source ?
Je ne puis ranger ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux catégories un fait de détail sur lequel l'accord me paraît facile- ment explicable : l'auteur de la Vita sait que l'on conserve à Brioude, dans le moutier de Saint-Julien, le bouclier de Guillaume ^ De même l'auteur du Charroi atteste, en faveur de la véracité de son récit, les enseignes que chacun peut voir dans la même ville, et notamment
L'escu Guillaume et la targe florie=.
Or, c'est en vertu de cette fausse attribution que cet objet, qui avait été déposé là par Guillaume d'Auvergne (mort en 918) ^ passait pour avoir appartenu à son illustre homonyme et ancêtre. Mais cette attribution avait bien des chances pour être faite indépendamment par l'auteur de la Fita et par celui de la Prise : le dernier était passé lui-même à Brioude ; le premier
cette chanson de la Vie latine et, sauf la mention du séjour de Guillaume à la cour de Louis, il n'y a dans celle-ci aucune trace des événements rapportés dans le Couronnement; elle repose essentiellement, au contraire, comme je viens de le montrer, sur un récit relatif à la prise d'Orange.
1. Ex qiiibus clypeiis in tcmplo hoclieqiie conservaiur, qui et ipse de IVilklmo quis et cujusnwdi fuerit satis testificatur .
2. Il est probable que ces deux mots ne désignent qu'un seul objet, qui est précisément qualifié de tarife par Fauteur du Moniagc 1.
3. Cf. Romania, XIV, 579, et Becker, p. 118.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 25
avait pu en entendre parler par un des innombrables pèlerins qui avaient visité le tombeau de saint Julien en venant à Gellone; tous deux, entendant dire que cet objet avait appartenu à un comte Guillaume qui, après une vie glorieuse, était mort pieu- sement dans un cloître, ne pouvaient songer qu'au héros de ce nom qui occupait également leur pensée.
La connaissance, par les auteurs de chansons, de deux autres faits, authentiques ceux-là, la fin pieuse du héros et le nom de sa femme Guibourc, me parait un argument plus sérieux. En ce qui concerne le premier, je pourrais répondre simplement que l'identification de l'héroïque adversaire des Sarrasins et du saint moine mort obscurément dans un cloitre pouvait être connue ailleurs qu'à Gellone, soit que la tradition eût conservé le sou- venir des deux principaux traits de la biographie réelle de Guillaume, et qu'il y eût là par conséquent, non un rappro- chement arbitraire, mais la persistance d'un souvenir histo- rique', soit qu'on n'eût point ignoré, aux environs de Saint- Gilles, que les moines de Gellone avaient fait l'identification en question. Dans un cas comme dans l'autre, il n'était point nécessaire d'aller à Gellone ou d'entendre lire la Vita pour con- fondre en un seul le personnage historique et le personnage légen- daire. Je pourrais donc dire aussi bien que M. Becker (p. 102) qu'il importe peu à ma théorie que l'on tranche la question de priorité en faveur de la Prise et du Charroi ou du Moniage. Aussi bien n'ai-je pas la prétention de traiter ici en quelques lignes cette question si compliquée, qui a coûté tant d'efforts à MM. Becker et Cloetta, et que M. G. Paris reprendra, je l'espère, à son tour -, et me bornerai-je à dire, sans appu3^er de preuves cette opinion, que la notion de Guillaume, moine de Gellone, ne me paraît pas appartenir à la plus ancienne couche de tradi- tions : rien n'indique, même dans la Prise actuelle, que l'au- teur se représente son héros comme ayant fini ses jours sous le froc ; cette notion était donc a fortiori inconnue à celui de la Prise primitive; dans le Charroi même, un vers seulement semble y faire allusion :
Moût essauça sainte crestienté,
Tant fist en terre qu'es ciex est coronez.
1. Sur cette hypothèse, voy. plus loui.
2. M. Paris a consacré à ce sujet la plupart de ses leçons du Collège de France durant le dernier semestre d'hiver.
iG A. JEAXROY
Mais outre qu'il est peu probant (les combats seuls de Guillaume pouvant lui avoir mérité le ciel), il est de ceux qui peuvent facilement s'interpoler. Inversement, l'auteur du Montage I connaît non seulement tous les récits sur Orange , Nîmes et Orable, mais la victoire définitive de Guillaume et ses expédi- tions d'outremer (v. 1-18). Or, le résultat des recherches de M. Becker est que notre Moniagc I est le plus ancien poème écrit sur le sujet, qu'il n'y a du moins nulle raison d'en suppo- ser une rédaction antérieure '. Du jour où, grâce à la popula- rité de ce poème, la notion du « moniage » de Guillaume eut pénétré dans le courant épique, les allusions qui y sont flûtes se multiplient; mais il ne tient pns au cœur même de la légende et se trouve même plutôt en contradiction avec elle ^.
En revanche, il semble bien que le public n'ait pu connaître le nom de l'épouse de Guillaume que par l'entremise des moines de Gellone, qui eux-mêmes le connaissaient par l'acte de dona- tion du 15 décembre 804, conservé dans leurs archives. On
1. D'après M. Becker, ce poème ne remonterait pas au delà de 1150-60; il serait donc très postérieur à ceux que j'ai supposés être la source de la Vtta. M. Becker pense que c'est à Gellone même que l'auteur avait été renseigné et je suis de son avis : ses descriptions, très précises, témoignent de souve- nirs personnels qu'il étale avec une véritable coquetterie.
2. On voit, par ce qui précède, combien je m'écarte de l'opinion de M. Becker; j'avoue même que je ne puis m'expliquer qu'il ait pu la concevoir et la soutenir, fût-ce avec « certaines réserves ». « Je suppose, dit-il, que c'est l'auteur du Moniage (considéré par lui comme trait d'union entre la Vita et le petit cycle d'Orange et de Nîmes) qui a introduit dans la légende tous les nouveaux traits, comme le rôle de la femme, la possession de Nîmes, Tortelose et Portpaillart , etc. » (p. 102; cf. p. 40 on l'idée est exprimée avec plus de netteté encore). Qu'est-ce à dire, sinon que ce seraient les indi- cations contenues dans les vers 1-18 du Moniage qui, développées par de nouveaux jongleurs, auraient formé la partie la plus importante du cycle et que celles-ci elles-mêmes (sauf, je suppose, celle du rôle d'Orable) auraient été dictées à l'auteur du Moniage par les moines de Gellone ? Ce raisonnement me paraît aller contre toute vraisemblance : ces indications , si elles ne sont pas des allusions à des faits déjà connus (et comment ceux-ci l'eussent-ils été, sinon par la poésie?), eussent été d'indéchiffrables énigmes et plongé l'audi- toire dans la stupéfaction la plus légitime (cf. Revue critique, 1896, I, 350). Et comnîent s'expliquer l'accord avec lequel des jongleurs plus récents se fussent mis à développer ces indications, pour eu.s dénuées de sens ?
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 27
pourrait écarter la difficulté en disant que l'auteur des premières chansons, ayant appris le rôle d'Orable (je ne puis admettre, comme on l'a vu, que ce rôle soit tout entier de son invention), se sera simplement enquis du vrai nom de l'héroïne, et que c'est ce nom seulement qu'il aura dû aux souvenirs, consultés directement ou non, du monastère. Mais l'héroïne, si elle existait dans la tradition , y avait son nom , et les jongleurs ne prenaient guère souci de contrôler la légende (par eux acceptée comme de l'histoire) par les actes authentiques. Ce n'est pas seulement, du reste, le nom de Guibourc que les moines de Gellone connaissaient et eussent pu lui apprendre : si cet ama- teur inattendu de vérité historique voulait se renseigner sur la parenté de Guillaume, il pouvait en trouver à Gellone le tableau complet. N'eût-il pas accueilli dans ce cas le nom du père de son héros et empêché que l'authentique Teuderic ne cédât la place au fabuleux Aimeri de Narbonne? N'eût-il pas, dans le besoin où il était de l'entourer de comparses, groupé autour de lui ses frères Théodouin, Théodoric et Adalelme, au lieu d'ima- giner ou d'emprunter à d'autres traditions la légendaire figure de Bertran? C'est qu'en réalité ces noms intéressaient fort peu les moines de Gellone : ils ne les ont pas introduits dans la Vita, et ils ne les ont inscrits dans la charte fausse que pour lui donner un air d'authenticité. Bien plus, et d'autres ont déjà noté ce fait très curieux, loin que ce soient les moines de Gellone qui aient influencé la tradition, ce sont eux qui ont été influencés par elle : de même que c'est d'elle qu'ils avaient reçu déjà le nom de Bertran, de même, s'ils ont interverti, dans la charte du 14 décembre, le nom des deux épouses de Guillaume, et placé Guibourc en second lieu, n'était-ce point pour se confor- mer aux données du Moniage, qui montrait Guillaume entrant au couvent après la mort de celle qui durant « cent ans et un esté » avait été sa fidèle compagne (v. 8 ss.) ? ' Comment le nom de Guibourc avait passé dans la tradition populaire, c'est ce que sans doute il sera toujours impossible de savoir. Nous verrons plus loin que de sérieuses raisons inclinent à pen- ser que la légende commença à se former au lendemain même
I. Cette remarque est de M. G. Paris (Rom., VI, 469) dont j'adopte Texplication. Celle que voudrait lui substituer M. Becker (p. 71) nie paraît moins naturelle.
28 A. JEANROY
de la mort du héros : est-il impossible que le nom de sa femme ait été dès lors associé au sien ? Qui sait si sous l'héroïne légen- daire ne se cache pas une héroïne réelle, dont l'histoire était sans doute bien différente de celle d'Orable, qui s'était signalée peut-être par quelque action éclatante et dont le nom aurait été conservé par la reconnaissance et l'admiration populaires?
J'arrive enfin à l'argument qui parait, contre ma théorie, le plus décisif. C'est, me dira-t-on, en vertu d'une identification arbitraire que l'on a confondu Guillaume de Toulouse et le légendaire conquérant d'Orange, quel que soit du reste l'origi- nal historique de celui-ci : or, peut-on admettre qu'elle ait été faite par deux auteurs indépendants? N'est-elle pas l'œuvre des moines de Gellone, désireux de rehausser la gloire de leur saint, heureux de trouver sur ses exploits militaires les renseignements qui leur manquaient ? Et où, sinon dans la Fita ou dans les récits des moines, nos jongleurs septentrionaux ont-ils pu la trouver ?
Je ferai d'abord observer que ce serait là une façon de parler inexacte : il n'est nullement certain, en effet, que nos chansons identifient le comte de Toulouse et le vainqueur d'Orange : elles identifient celui-ci avec d'autres personnages poétiques, mais non avec un personnage historique, avec le Guillaume du Couronnement , non avec le serviteur de Charlemagne. L'investiga- tion historique nous amène, nous critiques, h. confondre en un seul les deux personnages, mais la même idée était certainement fort étrangère aux jongleurs du xii^ siècle : nulle part leur héros ne leur apparaît sous les espèces d'un comte de Toulouse '. Le jongleur, que je me représente recueillant dans la vallée du Rhône, vers la fin du xi'^ siècle ou le début du xii^, la légende d'Orange, se sera naturellement imaginé que cet exterminateur des Sarrasins de Provence, dont on lui racontait l'histoire, n'était autre que ce Guillaume qui avait en Italie combattu Corsolt et sauvé Rome : il y a là une idée toute simple, qui devait se pré-
I. Le nom de cette ville ne se trouve nulle part dans les plus anciens poèmes ; il y a bien dans le Couronnement un Gautier le Tolosan, mais c'est un comparse sans importance, dont le nom aura été pris, lors du dernier remaniement, à la légende d'Aliscaiis; là même il aura été introduit par le désir de grouper autour de Guillaume des personnages originaires de sa nou- velle patrie; cf. Hunaut de Saintes, Girart de Blaives, etc.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 29
senter à son esprit d'elle-même, et non l'ébauche la plus élé- mentaire d'une théorie historique.
Mais cette identification, qui était certainement accomplie dans l'esprit des moines de Gellone, est-ce à ceux-ci qu'il faut l'attribuer de toute nécessité? S'ils n'en sont pas les auteurs, si nos jongleurs ont pu la trouver ailleurs que chez eux, il est clair qu'il ne reste rien de l'objection que j'examine. Ceci m'amène à traiter — je regrette de le faire incidemment — la question de l'original historique du conquérant de Nîmes et d'Orange. Bien que les opinions soient fort partagées sur ce point, un grand nombre d'érudits et, parmi eux, de fort considérables, sont d'accord pour voir dans la légende d'Orange une défor- mation de l'histoire de Guillaume I", comte de Provence (961-92)^ : cette opinion, exprimée d'abord par J. Courtet 2, reprise par Jonckbloet et défendue par lui avec sa science et son ingéniosité ordinaires , a été adoptée par M. L. Gautier, qui se plaît (IV, 100) à faire ressortir les ressemblances entre Guillaume de Toulouse et Guillaume de Provence'. Mais ce qu'il faudrait montrer, ce sont les analogies entre celui-ci et le personnage légendaire qui aurait été formé à son image ; or, je ne puis en découvrir aucune. Tous deux, dit-on, ont com- battu les Sarrasins : mais cette lutte ne fut qu'un épisode dans la vie de l'un, tandis qu'elle constitue presque toute l'histoire de l'autre. Celui-ci, après leur avoir enlevé deux villes, est en butte, dans les murs de l'une d'elles, aux plus furieuses attaques; sauvé par un roi de France, il prend une éclatante revanche et poursuit les envahisseurs jusque chez eux ; l'autre se borne à jeter à la mer un poste sarrasin qui s'était maintenu jusque là dans un château du littoral +. Cet événement nous paraît considérable parce qu'il marque la fin de la domination sarrasine en Provence;
1. Il est remarquable pourtant que M. G. Paris, dans son esquisse de l'évo- lution du cvcle (op. cit., § 39) ne dise pas un mot de cette identification; ce silence est significatif.
2. Revue archéologique, 1852, p. 336.
3. M. Becker seul déclare très nettement (p. 40) qu'il « est impossible de trouver dans l'histoire la moindre trace de la légende d'Orange » , ce qui implique le doute sur la théorie en question; ce doute est fondé; mais M. Becker se résigne peut-être trop facilement à l'ignorance.
4. Le château de Fraxinet, aujourd'hui La Garde-Freinet (Var).
30 A. JEANROY
mais les contemporains avaient-ils la même raison dVn être trappes ? Y avait-il là vraiment de quoi susciter cette luxu- riante végétation poétique? Enfin, le théâtre des exploits du héros légendaire est très nettement circonscrit dans la basse vallée du Rhône : de Fraxinet à Orange, il y a plus de 150 kilo- mètres. Les différences sont trop sensibles pour qu'il soit utile d'y insister.
Il est certain, d'autre part, que la période qui a le plus ému les imaginations dans l'histoire des guerres sarrasines est celle qui s'étend du commencement du viii^ siècle au commencement du ix" : c'est alors que la France fut vraiment « menacée de ruine ' » , que le Midi fut à maintes reprises ravagé, ses villes pillées , ses habitants massacrés : nous avons cru, on l'a vu, retrouver dans un fort beau passage du Charroi un écho de l'impression de terreur que ces événements avaient produite. Il est certain aussi que ce sont eux qui ont inspiré une autre partie, fort notable, du cycle -. N'est-il pas vraisemblable que le noyau de ce cycle remonte aux mêmes souvenirs que les épisodes? C'est à cette époque aussi que la vallée du Rhône eut le plus à souffrir : vers 734, Avignon et Arles étaient Hvrées aux Sarrasins par un traître '' ; vers le même temps, un combat décisif s'enga- geait auprès d'Arles; ce combat, qui avait abouti à un désastre, avait laissé dans les esprits un profond souvenir et donné lieu à des légendes, puisqu'on y rattachait l'histoire du cimetière gallo-romain des Aliscans. L'invasion de la Provence n'était, du reste, qu'une conséquence de celle de la Septimanie : les conquérants d'Avignon et d'Arles venaient de Narbonne, la pre- mière ville que les Musulmans de Catalogne trouvaient sur leur route et qui resta longtemps le centre de la domination sarrasine '^. Si c'est bien le souvenir de ces événements qui se reflète dans nos chansons, pourquoi ne pas admettre que le héros de celles-ci est aussi une copie plus ou moins fidèle du défenseur du Midi à cette
1. Jonckbloet, II, 45.
2. Aimeri de Narbonne, éd. Demaison, I, p. cxxxiv.
3. Demaison, ilnd., p. cxxxvi.
4. Cf. Jonckbloet, II, 46, note. De ce côté en effet la frontière était ouverte : c'est par les basses vallées du Tech et de la Tet, par la voie romaine longeant la côte que les envahisseurs pénétraient en France : en arri- vant en Septimanie, c'était à Narbonne que les Sarrasins se heurtaient de
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 3I
époque ? C'est à Guillaume de Toulouse qu'il est naturel de songer en premier lieu, mais il n'est pas le seul qui puisse revendiquer cet honneur : cet Eudes, duc d'Aquitaine, qui, en 725, sauva Toulouse, qui, vers 732, disputa en vain aux Sarrasins le passage de la Dordogne, qui contribua enfin à la victoire décisive de Poitiers ', pourrait bien avoir été, lui aussi, pour quelque chose dans l'éclosion du Guillaume épique; si donc il fallait chercher à Guillaume de Toulouse des collaborateurs dans la formation de la légende, c'est à la période précédente, bien plu- tôt qu'à la suivante, qu'il fondrait les demander : il serait arrivé pour lui ce qui arriva pour Charlemagne remplaçant dans presque tous les récits épiques Pépin et Charles-Martel. Com- ment Guillaume aura-t-il évincé l'illustre prédécesseur, qui sem- blait avoir plus de droits que lui à être admis dans l'épopée ? C'est ce qu'il est bien difficile de dire : peut-être parce que, contempo- rain de Charlemagne, tuteur de son fils, il aura bénéficié de ce grand mouvement de production épique qui enveloppa les per- sonnages de cette époque, et les substitua à leurs devanciers ^. Ce qui est certain, c'est qu'il était devenu de bonne heure le héros de récits poétiques dont Ermoldus Nigellus est malheu- reusement le seul qui, du ix'^' au xir" siècle, nous ait conservé le souvenir?. Ce qui est certain aussi, c'est que ces récits, s'ils ne cadrent pas exactement avec son histoire réelle, présentent avec elle de notables points de contact. Sans doute Guillaume
front. L'épopée est donc en parfait accord avec l'histoire lorsqu'elle nous pré- sente cette ville comme un des principaux boulevards de la chrétienté et comme sans cesse en butte aux efforts des Musulmans.
1. Jonckbloet, II, 45 ss. Comme l'a montré M. Longnon {Revue des Questions historiques, 1879, p. 173 ss.), c'est cet Eudes qui, sous le nom de Yon, figure dans Reiuiut de Moutauhan ; sa lutte contre les Sarrasins a donc pu être l'objet de chants épiques probablement de peu postérieurs aux évé- nements.
2. On me permettra de ne pas aborder la question de l'original historique du légendaire ennemi de Guillaume. Il me paraît évident, comme à M. Becker, que ce nom a dû représenter à l'origine un personnage qui n'avait rien à voir avec les Sarrasins. Mais je ne puis me rattacher à l'hypothèse par laquelle il propose, avec des réserves qu'il n'a pas encore assez accentuées (p. 41), de l'expHquer : l'original du personnage serait, selon lui, le comte de Cham- pagne, Thibaut le Tricheur.
3. Cf. Rom., XXV, 378.
'K¥r-r3J: "^ kl J-'H»i *»»*-*«»!'
30
mais les contempora frappés ? Y avait-il riante végétation héros légendai vallée du RI mètres. ' d'y insi
Il - Icc ■•
q
X ^jrrasms et ne soutmt
--r que les récits méridio-
.^ étaient pour la plupart
- --jernaient Guillaume ne
nune. Les villes dont la
:r pas, du reste, si éloi-
- mesura avec les Sarrasins;
•: vu venir les envahisseurs,
: leur délivrance; le comte
la région, semblait désigné
.: e prêter à Guillaume, pour
-■> murs Nîmes et d'Orange, il n'3^
_-e peu théâtre de ses exploits. Je
-.e M. L. jautier, qu'elle en ait con-
. -.car Altmis , où on a voulu voir un
'>rbieu, e. originairement étranger au
.....sans a di remplacer un poème sur un
-ci était-il rétif au combat de l'Orbieu, à
, par Eudes sur ,'s bords de la Dordogne, à
■. c'est ce que sis doute on ne saura jamais.
-: surtout entre les poèies dont j'ai essayé de recon-
-c et la carrière de ruillaume de Toulouse que
,■ UsTvtcnt sensible. Dans:es poèmes, il finissait par
,$ Sarrasins hors des fronères. Or, l'époque où Guil-
.■• .M sa charge coïncide 'ec un notable mouvement
-,> Musulmans, qui ne assirent à se maintenir dans
j3st>cuiK Jcs villes de Septimanie ete bornèrent, à partir d'alors,
V f.t!:rvsur les côtes des incursions us ou moins fréquentes. La
.de attribue à Guillaume uc campagne offensive où il
Jiwrjùt conquis « Tortelose et Por aillart-sur-Mer » : ne faut-il
ms voir W un souvenir des succè très réels de Guillaume en
Espai^ne ? Sans doute Guillaume ne fut pour rien dans la
conquête de Tortose, qui n'eut ieu qu'en 811, quatre ou
cinq ans après son entrée au cloîti ; mais il avait pris une par^
active à celle de Barcelone en 801 la seconde expédition com
1. G. ?&ns. Histoire poétique, p. 254 ss. II n'y avait rien de plus natuix du reste, la prise et la reprise de quelques 'illes, comme Narbonne, Carca sonne, etc., ayant été les épisodes les plusaillants de la lutte.
2. Voy. sur ce point d'excellentes pages i M. Becker, p. 48 ss.
m.
'^ X
LES ENFANCES UILLAUME, ETC. 3^
plétait trop bien la première, ir objectif était trop peu distant pour que leur contusion pui j nous étonner : la légende se serait bornée ici à prolonger lans le temps le rôle du héros comme je suppose qu'elle l'a lit prolongé dans l'espace'.
Je résume très brièvement atte longue étude. La partie du cycle que je viens d'examiner .poserait sur une légende méri- dionale, recueillie dans le Mi même de fort bonne heure (vers l'extrêm-e fin du xi" siècle p. exemple) par un jongleur du Nord, ayant fait le pèlerinage e Saint-Gilles. Il est possible de reconstituer les grandes ligr . de cette légende à l'aide des rédactions étrangères de nos oèmes, des allusions qui y sont faites dans divers textes, et si tout de la Vita Willehni. Grâce aux premières de ces sources 3us pouvons retrouver une Frise £ Orange moins compliquée c plus dramatique que celle dont nous avons le texte ; grâce au >econdes et à la V'ita, un « Siège d'Orange » et une « Prise Tortose », sur lesquels nous n'avons malheureusement qi de très foibles lumières. Cette légende serait naturellement ; cérieure à la Vita; les auteurs de celle-ci l'auraient directemei recueillie aux environs de leur couvent et elle en serait en gr de partie la source; mais inver- sement, c'est la Vita, ou, ce|ui revient au même, des récits entendus à Gellone qui auraie ; introduit dans le courant épique le Mo)nage, enrichissement de i légende primitive, qui ne serait guère antérieur au miUeu du i'^ siècle. — Cette légende repo- serait sur de vagues souve rs des invasions sarrasines du viii^ siècle, dans lesquels C illaume de Toulouse se serait substitué à des personnages h oriques plus anciens ; cependant quelques traits de sa propre h oire s'y refléteraient eux-mêmes avec une fidélité relative.
{A suivre.^ A. Jeanroy.
I. J'avaii: Mer », a Batearcs, i 'aleari<). ion des i M. Such reiisis (P. '1 fusion . itué au> '■loigné i it transj XXVI.
ord, pour i i ■ris (le /' i Port av3
serait iplie so
p. i air iba
vstérieux « Porpaillart-sur- ayant pu s'assimiler le Z» le changement en p du /' lition relative à la sou- at de Guillaume (799). Il ixe siècle, d'un pagus ait aussi (en admettant éc. Il est vrai que ce n loin de Barbastro, vaot. port iéfilé)
I
32 A. JEANROY
de Toulouse ne prit jamais de ville aux Sarrasins et ne soutint pas de siège; mais il ne faut pas oublier que les récits méridio- naux relatifs aux invasions sarrasines étaient pour la plupart coulés dans ce moule'; ceux qui concernaient Guillaume ne pouvaient guère échapper à la loi commune. Les villes dont la légende lui attribue la conquête ne sont pas, du reste, si éloi- gnées des champs de bataille où il se mesura avec les Sarrasins; c'est du Languedoc, d'où elles avaient vu venir les envahisseurs, que les villes du Rhône attendaient leur délivrance; le comte de Toulouse, chef militaire de toute la région, semblait désigné pour ce rôle de libérateur. Pour le prêter à Guillaume, pour l'amener jusque sous les murs de Nîmes et d'Orange, il n'3^ avait qu'à élargir quelque peu le thécâtre de ses exploits. Je n'oserais affirmer, comme M. L. Gautier, qu'elle en ait con- servé un souvenir précis, car AUscans , où on a voulu voir un écho de la défaite de l'Orbieu, est originairement étranger au cycle ^ Il est vrai quAliscans a dû remplacer un poème sur un sujet analogue : celui-ci était-il relatif au combat de l'Orbieu, à celui qui fut livré par Eudes sur les bords de la Dordogne, à celui d'Arles enfin, c'est ce que sans doute on ne saura jamais. Mais c'est surtout entre les poèmes dont j'ai essa3'é de recon- stituer la trame et la carrière de Guillaume de Toulouse que l'analogie devient sensible. Dans ces poèmes , il finissait par rejeter les Sarrasins hors des frontières. Or, l'époque où Guil- laume exerça sa charge comcide avec un notable mouvement de recul des Musulmans, qui ne réussirent à se maintenir dans aucune des villes de Septimanie et se bornèrent, à partir d'alors, à faire sur les côtes des incursions plus ou moins fréquentes. La légende attribue à Guillaume une campagne offensive où il aurait conquis « Tortelose et Portpaillart-sur-Mer « : ne faut-il pas voir là un souvenir des succès très réels de Guillaume en Espagne ? Sans doute Guillaume ne fut pour rien dans la conquête de Tortose, qui n'eut lieu qu'en 811, quatre ou cinq ans après son entrée au cloître; mais il avait pris une part active à celle de Barcelone en 801 ; la seconde expédition com-
1. G. Pans, Histoire poétique, p. 254 ss. — Il n'y avait rien de plus naturel, du reste, la prise et la reprise de quelques villes, comme Narbonne, Carcas- sonnc, etc., ayant été les épisodes les plus saillants de la lutte.
2. Voy. sur ce point d'excellentes pages de M. Becker, p. 48 ss.
LES ENFANCES GUILLAUME, ETC. 33
plétait trop bien la première, leur objectif était trop peu distant pour que leur confusion puisse nous étonner : la légende se serait bornée ici à prolonger dans le temps le rôle du héros comme je suppose qu'elle l'avait prolongé dans l'espace'.
Je résume très brièvement cette longue étude. La partie du cycle que je viens d'examiner reposerait sur une légende méri- dionale, recueillie dans le Midi même de fort bonne heure (vers rextréme fin du xi" siècle par exemple) par un jongleur du Nord, ayant fait le pèlerinage de Saint-Gilles. Il est possible de reconstituer les grandes lignes de cette lée;ende à l'aide des rédactions étrangères de nos poèmes, des allusions qui y sont faites dans divers textes, et surtout de la Fita WiJkhni. Grâce aux premières de ces sources nous pouvons retrouver une Prise d'Orange moins compliquée et plus dramatique que celle dont nous avons le texte ; grâce aux secondes et à la Vita, un « Siège d'Orange » et une « Prise de Tortose », sur lesquels nous n'avons malheureusement que de très faibles lumières. Cette légende serait naturellement antérieure à la Fita; les auteurs de celle-ci l'auraient directement recueillie aux environs de leur couvent et elle en serait en grande partie la source ; mais inver- sement, c'est la Fita, ou, ce qui revient au même, des récits entendus à Gellone qui auraient introduit dans le courant épique le Moiiiage, enrichissement de la légende primitive, qui ne serait guère antérieur au milieu du xii'^ siècle. — Cette légende repo- serait sur de vagues souvenirs des invasions sarrasines du viii^ siècle, dans lesquels Guillaume de Toulouse se serait substitué à des personnages historiques plus anciens ; cependant quelques traits de sa propre histoire s'y refléteraient eux-mêmes avec une fidélité relative.
(^ suivre.) A. Jeanroy.
I. J'avais songé d'abord, pour expliquer le mystérieux « Porpaillart-sur- Mer », a un Porttis Balcaris (le ^ initial de Por/?« ayant pu s'assimiler le h de Baléares, ou le / final de Por/ ayant pu provoquer le changement en p du /' de Balearls), dans lequel se serait perpétuée une tradition relative à la sou- mission des Baléares, accomplie sous le gouvernement de Guillaume (799). Mais M. Suchier veut bien me signaler l'existence, au ix^ siècle, d'un pagus Palllarensis (D. Bouquet, VII, p. 66, n. 6) qui pourrait aussi (en admettant une confusion de suffixes) fournir l'explication cherchée. Il est vrai que ce pagiis, situé aux environs de Ribagorza et d'Urgel, non loin de Barbastro, est fort éloigné de la côte; une fausse interprétation du mot port (= défilé) l'aurait fait transporter sur la mer.
Roman ia, XXVI. 3
CONTRIBUTI ALLA STORIA
DELL' EPOPEA E DEL ROMANZO MEDIEVALE
IX
ALTRE ORME ANTICHE DELL' EPOPEA CAROLINGIA IN ITALIA
Lasciata la Cronaca délia Novalesa^, mi tocca di navigare lungo un gran tratto di spiaggia avanti di trovare un nuovo punto d' approdo.
Il primo ch' io sappia scorger fînora mi è offerte da Guglielmo Pugliese, in quelle sue Gesta Roberti Guiscardi, di cui un luogo
1. V. Romania, XXIII, 36.
2. Non posso tuttavia lasciarla del tutto senza ritornare sulla questione cronologica. Dopo la pubblicazione mia il Cipolla, in una délie ottime disser- tazioni colle quali è venuto preludendo ai Monumenta Novaîiciensia vetiistisshna, e propriamente in quella che s' intitola Appunti dal Codice Novaliciense del « Martyrologium Adonis », série II, t. XLIV, p. 148 nelle Memorie délia R. Accademia dellc Scieiix^e di Torino (Science Morc.li, ecc), p. 36 nell' estratto, pensa che appunto dal cap. xiv del seconde libro, donde col Bethmann argo- mentavo ancor io (p. 37, n. i) una data anteriore alla traslazione a Susa del corpo di S. Giusto, s' abbia piuttosto a dedurre il contrario. Ve Io muovono gli « epythafia... capitibus çubposita « cosi di Giusto corne di un suo compa- gno di martirio, i quali non gli paiono poter essere che « libelli » collocati neir interno dei sepolcri, non potutisi conoscere se non quando i sepolcri furono aperti. In ciô il Cipolla ha ragione di certo. Ma chi legga la narra- zione contemporanea di Rodolfo Glabro vedrà che dal primo dissepellimento al trasporto a Susa trascorse un tempo non troppo brève, durante il quale Giusto e il suo compagno Flaviano furono venerati sul posto. Ora, a me sembra che precisamente in questo intervallo sia da porre la stesura di quel capitolo XIV. Giacchè non mi persuade il Cipolla pensando che al fatto solenne délia traslazione il cronista potesse astenersi dall' alludere in qualche maniera, corne a cosa che non Io concerna, se esso fosse avvenuto.
>
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 35
appartenente al terzo libro risulta scritto poco dopo il luglio del 1099, e chc perô saranno bcn state compiute parecchi anni avant! il iiir, che ci rapprcsenta 1' cstremo limite a cui la coniposizionc si potrebbe far disccndere '. Ivi, proprio alla fine, si narra come il cadavere del defunto principe (a. 1085), nientre si trasportava da Ccflilonia, venisse a sommergersi per una burrasca in prossimità dclla spiaggia pugliese, e quindi, ripcscato a fatica, fosse imbalsamato a Otranto per cura délia nioglie, Poi si prosegLie (v. 401 sgg.) :
Hinc deportari Venusinam fecit ad urbem, Qua fuerant fratrum constructa sepulchra priorum. Hos prope cum magno dux est subhumatus honore. Urbs Venusina nitet tantis decorata sepulchris. A Caroli Magni vel tempore Caesaris umquim Nullos terra pares produxit fratribus istis =.
Senza bisogno di sofisticare sul Icuipore , si pu6 bene asserire risolutamente che menzionando Carlo Magno non è la sola sua immagine che s' ha dinanzi, sibbene insieme con essa e anche più di essa quelle altresi degli eroi di cui la tradizione poetica lo rappresentava circondato e che ne costituivan la forza. Ne del resto la gloria stessa di Carlo continuerebbe ancora a risplendere dopo tre secoli e farebbe si che il suo nome s' offrisse a questo modo al pensiero, se non fosse appunto per effetto dell' epopea. E qui s' offre, si badi, alla mente di un narratore assai proba- bilmente indigeno ' ; il che perlomeno viene a dire che dai con-
1. Si veda la prefazione del Wilmans alla sua edizione, Pertz, Moiiiim. Genn., Scr., IX, 239, e si cfr. Muratori, Rer. It. Scr., V, 247. Naturai- mente, se il passo che porta l' impronta del 1099 (\- ïiï> ^' 94 ^g»-) f°sse una giunta , come , se non erro , potrebb' essere molto bene , si sarebbe sospinti verso r altro confine al di là del quale 1' opéra non si lascia collocare, che è il 1088.
2. Rcr. It. Scr., 278; Mofi. Genn., 298.
5. Taie io persisto a crederlo col Wilmans, nonostante il dissenso del- V Aman {S for ia dei Mustiïmani di Sicilia, III, 22, n. 3), e il suffragio che questi s' ebbe dal Gaspary (Gesch. der liai. Litcr., I, 27). E taie già inclino a giudi- carlo, fatta ragione dei tempi, per via di quella condizione di chierico, che
.SiOàS^
liiDmminni
3 e P. RAJNA
quistatori normanni le tradizioni epiche si soo nell' Italia méridionale irradiate ail' intorno. Perlomeno : iacchè nuUa dimostra che abbiano avuto bisogno di essere lagiù portate da loro.
Ci trasportiamo al nord con Donizone, il biogno délia Con- tessa Matilde. Dell' opéra sua sappiamo come, nonhè compiuta, fosse trascritta di già per intero in un esemplare, fctunatamente pervenutoci, destinato alla Contessa, quando . gran donna mori, il 24 luglio del 1115 '. Il lavoro délia comosizione non dovette trascinarsi in lungo ' ; ma si tratta di 2800 ersi, foggiati da un artefice punto pratico del mestiere ' ; siccb non si sarà indiscreti riportando al 11 13, o ai primi mesi lel 11 14, il
r Amari appunto , là dove il Wilmans prétende che noi si ia pienamente air oscuro, è portato ad attribuirgli ; con molta verosimigli;2a, pare a me, trattandosi di uno scrittore che s' è mosso a scrivere per coipiacere ad un papa. E nonchè italiano, vero e proprio Pugliese mi si rivela V :torcscrivendo (1. I, V. 229) : « Normanni, quamvis Danaum virtute coa; Appula rura prius dimittere ». Ma più che tutto mi muove una ragione :gativa. È mai concepibile che un Normanno scrivesse délia conquista, alloiic i fatti erano cosi recenti, senza lasciarsi andare a sfoghi d' orgoglio nazione ?
1. Ciô è manifesto dall' essere una giunta i fogli dove furascritta l'ap- pendice a cui la morte dette materia, e insieme da altre pc;liarità per le quali, pur essendo gli stessi la mano e 1' inchiostro, questa pac si distingue da ciô che antecede. Si veda il proemio del Bethmann, Ptrz, Scr., XII, 348-49. Dal silenzio che si serba suUa malattia che doveva .arre a morte Matilde nell' epistola in prosa a lei diretta scritta ad opéra fini (« ...Quod ad effectum perduximus Christi amminiculante benivolenti » ), non mi permetterô tuttavia di dedurre clie 1' epistola fosse già stesa la Fita per conseguenza finita, quando la malattia ebbe principio, il giorn di natale del II 14. Il vedere che la notizia délia morte sbalordi Donizor (« Nuncius advenit, qui me nimis obstupefecit »), fa pensare ch' egli noicredesse fine air ultimo troppo gravi le condizioni délia Contessa.
2. Neir epistola prosaica detta dianzi il fatto da cui Dnizone ebbe r impulso a scrivere si rappresenta come avvenuto « nuper espressione elastica di certo, ma a cui qui vietadi dare un significato troppJargo il con- trapposto in cui sta coi venticinqu' anni délia dimora di Donizor a Canossa. Ê si consideri anche un altro « nuper » nell' epilogo funebv : « Dictavi bines nuper cum carminé libros, Q.uos ego Mathildi coraitissae cttere dixi ».
3. « Sim licet usus Tantum plana sequi nudisque referre loielis », dice egli nel Prologo (v. 7-8).
ii-inibJIïTl W W
-Cl'
COVRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 37
cominciamentoieir intrapresa '. E sono precisamente le prime parole che fermao la nostra attenzione :
sunt édita bella sonora, quod pingit proelia scimus. vernantia facta priorum, seu vilia dicta virorum, ne possint mente recidi. tanto depromere métro nostrorum
FrancQim prosa Italiaeùe stilus Longoirdorum Impia iultorum Additiunt libris, Malo jb exemple Arduaicta ducum
A cosa s' allde mai col primo verso ? — Lecito pensare a Gregorio di Turs , a Eginardo, e agli altri storici o annalisti franchi che scrsero in prosa latina; a quel modo che ciô che si dice dei « ongobardorum » vorrà bene essere riferito a scrittori di qu^to génère, e anzitutto, crederei, a Paolo Dia- cono ^ ; ma pennio conto preferisco intendere in altra maniera, e vedo qui detro designate le Chansons de geste. E ben prima di me ce le ha^iste l'Ozanam '.
Cotale interretazione s' imporrebbe irresistibilmente a tutti quanti, dato ce 1' epiteto « sonora » fosse da collegare con « prosa » anziaè con « bella ». Per ciô che spetta in génère al- Tordine dei vciboli, la trasposizione non avrebbe nulla di singo- lare, presso Dnizone soprattutto •♦; ma ci si domanda, se in questo caso, rper di più proprio al principio, non dovesse servir di ritego la considerazione dell' equivoco a cui si dava luogo ; dacchèion è dubbio che nessuno a prima giunta suppor- rebbe che 1' agcttivo andasse staccato dal sostantivo a cui si trova
1. Inesatto, cmunque si voglia intendere, riesce il Bethmann, dicendo, « Scripsit eam iaque dedicavit exeunte a. 1114 ». Correttamente invece il Muratori : « .....laec scribenda suscepit anno 11 14. aut etiam antea » {Rer. It. Scr., V, 341.1. 2).
2. Si ponderbene il « vernantia facta », e si rifletta alla divulgazione stragrande che lopera di Paolo venne a conseguire.
3. Les poètes fmciscains en Italie au treiiième siècle, p. 55 nella 4» éd. (t. V délie Œuvres conlètes), in nota : « Dès le commencement du douzième siècle, Donizo, qui écrit en vers l'histoire de la comtesse Mathilde, connaissait les romans épiques ançais : Fraucoruin prosa », ecc.
4. O non arra egli a scrivere, p. es., i, 43, « Alta regens iustos régit hanc prudentia unctos », per dire « Aha prudentia, cunctos iustos regens, régit hanc »? Irfr. p. 42, n. i.
3 6 p. RAJNA
quistatori normanni le tradizioni epiche si sono nell' Italia méridionale irradiate ail' intorno. Perlomeno : dacchè nuUa dimostra che abbiano avuto bisogno di essere laggiù portate da loro.
Ci trasportiamo al nord con Donizone, il biografo délia Con- tessa Matilde. Dell' opéra sua sappiamo come, nonchè compiuta, fosse trascritta di già per intero in un esemplare, fortunatamente pervenutoci, destinato alla Contessa , quando la gran donna mori, il 24 luglio del 1115 '. Il lavoro délia composizione non dovette trascinarsi in lungo ^ ; ma si tratta di 2800 versi, foggiati da un artefice punto pratico del mestiere ' ; sicchè non si sarà indiscreti riportando al 11 13, o ai primi mesi del 11 14, il
r Amari appunto , là dove il Wilmans prétende che noi si sia pienamente air oscuro, è portato ad attribuirgli ; con molta verosimiglianza, pare a me, trattandosi di uno scrittore che s' è mosso a scrivere per compiacere ad un papa. E nonchè italiano, vero e proprio Pugliese mi si rivela 1' autorc scrivendo (1. I, V. 229) : « Normanni, quamvis Danaum virtute coacti Appula rura prius dimittere ». Ma più che tutto mi muove una ragione negativa. È mai concepibile che un Normanno scrivesse délia conquista, allorchè i lluti erano cosi recenti, senza lasciarsi andare a sfoghi d' orgoglio nazionale ?
1. Ciô è manifesto dall' essere una giunta i fogli dove fu trascritta l'ap- pendice a cui la morte dette materia, e insieme da altre peculiarità per le quali, pur essendo gli stessi la mano e 1' inchiostro, questa parte si distingue da ciô che antecede. Si veda il proemio del Bethmann, Pertz , Scr., XII, 348-49. Dal silenzio che si serba suUa malattia che doveva trarre a morte Matilde nell' epistola in prosa a lei diretta scritta ad opéra finita (« ...Quod ad effectum perduximus Christi amminiculante benivolentia » ), non mi permetterô tuttavia di dedurre che 1' epistola fosse già stesa, e la Vita per conseguenza finita, quando la malattia ebbe principio, il giorno di natale dei II 14. Il vedere che la notizia délia morte sbalordi Donizone (« Nuncius advenit, qui me nimis obstupefecit «), fa pensare ch' egli non credesse fino air ultimo troppo gravi le condizioni délia Contessa.
2. Neir epistola prosaica detta dianzi il fatto da cui Donizone ebbe r impulso a scrivere si rappresenta come avvenuto « nuper » ; espressione elastica di certo, ma a cui qui vietadi dare un significato troppo largo il con- trapposto in cui sta coi venticinqu' anni délia dimora di Donizone a Canossa. É si consideri anche un altro « nuper » nell' epilogo funèbre : « Dictavi binos nuper cum carminé libros, Quos ego Mathildi comitissae mittere dixi ».
3. « Sim licet usus Tantum plana sequi nudisque referre loquelis », dice egli nel Prologo (v. 7-8).
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA 37
cominciamento dell' iiitrapresa '. E sono precisamenie le prime parole che fermano la nostra attenzione :
Francorum prosa sunt édita bella sonora,
Italiaeque stilus quod pingit proelia scimus.
Longobardoruni vernantia facta priorum,
Impia multorum seu vilia dicta virorum,
Addita sunt libris, ne possint mente recidi.
Malo sub exemple tanto depromere métro
Ardua facta ducum nostrorum
A cosa s' allude mai col primo verso? — Lecito pensare a Gregorio di Tours , a Eginardo, e agli altri storici o annalisti franchi che scrissero in prosa latina; a quel modo che ciô che si dice dei « Longobardoruni » vorrà bene essere riferito a scrittori di questo génère, e anzitutto, crederei, a Paolo Dia- cono^ ; ma per mio conto preferisco intendere in altra maniera, e vedo qui dentro designate le Chansons de geste. E ben prima di me ce le ha viste l'Ozanam >.
Cotale interpretazione s' imporrebbe irresistibilmente a tutti quanti, dato che 1' epiteto « sonora » fosse da coUegare con « prosa » anzichè con « bella ». Per ciô che spetta in génère al- Tordine dei vocaboli, la trasposizione non avrebbe nulla di singo- lare, presso Donizone soprattutto ■*; ma ci si domanda, se in questo caso, e per di più proprio al principio, non dovesse servir di ritegno la considerazione dell' equivoco a cui si dava luogo ; dacchè non è dubbio che nessuno a prima giunta suppor- rebbe che 1' aggettivo andasse staccato dal sostantivo a cui si trova
1. Inesatto , comunque si voglia intendere, riesce il Bethmann, dicendo, « Scripsit eam ipsique dedicavit exeunte a. 1114 ». Correttamente invece il
Muratori : « haec scribenda suscepit anno 11 14. aut etiam antea » (Rer.
It. Scr., V, 341, n. 2).
2. Si ponderi bene il « vernantia facta », e si rifletta alla divulgazione stragrande che 1' opéra di Paolo venne a conseguire.
3. Les poètes franciscains en Italie au treizième siccte, p. 53 nella 4-' éd. (t. V délie Œuvres complètes), in nota : « Dès le commencement du douzième siècle, Donizo, qui écrivit en vers l'histoire de la comtesse Mathilde, connaissait les romans épiques français : Francorum prosa », ecc.
4. O non arriva egli a scrivere, p. es., i, 43, « Alta regens iustos régit hanc prudentia cunctos », per dire « Alta prudentia, cunctos iustos regens, régit hanc »? E cfr. p. 42, n. i.
38 p. RAJMA
accanto. Ne di un 0 bella sonora » c è da meravigliarsi troppo più che délie « tempestates sonoras » di Virgilio (Âen., i, 53).
Ma « prosa » non ha bisogno del « sonora « per riuscir appli- cabile alla forma esteriore de' poemifrancesi. Sigiudichicomun- que si vuole nella questione tanto dibattuta del « Versid' amore e prose di romanzi Soverchiô tutti ' », è ben certo che il voca- bolo, per effetto probabilmente del significato che esso aveva nella musica e nella letteratura liturgica -, si trovô a poter abbracciare nel dominio délie lingue romanze anche la poesia narrativa e pedestremente didattica : generi che per struttura ritmica, per modo di recitazione e per contenuto erano di gran lunga più lontani dalla lirica — la poesia per eccellenza — che dalla prosa in senso stretto '. E ciô si capisce viemeglio riflettendo che 1' origine di cotale uso deve riportarsi ad un tempo in cui una prosa délia sola specie che noi chiamiamo cosl le letterature volgari non 1' avevan per nulla.
Di questo che dico una prova incontrovertibile s' ha nel passo tante volte allegato del Berceo ■^. Ed io penso che a Dante stesso
1. Si veda, per menzionar solo gli ultimi che ne hanno trattato, Paris, in Romania, X, 479, XII, 459; Canello, Lavitac le opère del trovatore Arnaldo Daniello, p. 29; Renier, in dont. stor. délia Letter. it., 1, 315 ; Zingarelli, Parole e forme délia Div. Connu, aliène dal dialetto fior., p. 156 (Monaci, Stiidj di Filol. rotn., fasc. i); Scherillo, Alcuni capitoli délia Inografia di Dante, Torino, 1896, p. 272.
2. Rir.peuo a questo significato e alla sua storia la trattazione più copiosa riman sempre, se non erro, quella del Wolf, Uber die Lais ecc, p. 91 sgg. V. anche Gautier, Hist. de la poésie littirg., I, 50.
3. Si rifletta corne fino dal 698 un Maestro Stefano rappresentasse corne prosa, solo perché non obbediente aile leggi délia quantità, la sua composi- zione sul Sinodo pavese, scritta in versi di dodici sillabe, distribuiti in strofe di cinque versi raggruppate a due a due :
Mihi ignosce, rex, quaesu, piissime, tua qui iussa nequivi, ut condecet, pangere ore styloque contexere, recte ut valent edissere medrici, scripsi per prosa ut oratiunculam.
(Mon. Germ. : Scr. Rcr. Langob., p. 191).
4. E nella penisola ibcrica 1' uso s' è perpetuato fino a noi ; sicchè un invcttiva contro il Buonaparte, che qui diventa Malaparte, pubblicata dal Mildy Fontanals nel Roniaiiccrillo Catalan, Barcelona, 1882, p. 129, comincia :
Be podem tots comensà A cantâ una prosa.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 39
si faccia torto allorchè non si vuol concedere che col « quicquid redactum sive inventum est ad vulgare prosaicum » del trattato De vnlgari Eloquentia (I, x, 2) siano verosimilmente com- prese perlomenole Chansons de geste ^ Si badi. I tre volgari d'o/7, dV e di si stanno esponendo le ragioni che ciascuno di essi crede di avère al primato; e il linguaggio à' oïl menerebbe vanto di certe compilazioni storiche dove il materiale fornito dagli scrittori antichi subisce un curioso trattamento -, e trascurerebbe di allegare in favor suo una letteratura straordinariamente ricca e divulgata, che la stessa Divina Commedia, col corno di Roncisvalle (/«/., XXXI, 16), colla menzione di Gano (ib., xxxii, 122), col posto dato nella gloriosa croce del cielo di Marte, insieme con Giosuè e Giuda Maccabeo, a Carlo, ad Orlando, a Guglielmo d' Orange, e — cosa ancor più significativa — a « Renoart au Tinel » (Par., xviii, 43),mostra ben chiaro quai luogo occupasse nella mente dell' Alighieri ? A cotale letteratura s' alluderà bene colle parole « quam plures alie ystorie » , a cui sarebbe altri- menti difficile il trovare un' applicazione opportuna. E s' abbia per r Italia anche un secondo esempio, d' un contemporaneo appunto e concittadino di Dante. Nei Docmnenti d' Amore Francesco da Barberino, descritta 1' Industria, délia quale si sta per udire il « trattato », fli avvertire da lei stessa corne gli ammaestramenti suoi siano in sostanza i medesimi che quelli, uditi prima, délia Docilità :
Che ben sai : chi 1' uscir de' vizi insegna, Li rimedi mostrando, Es or ciô consigliando, È una cosa Con chi prosa D' intrar ne le vertuti ci disegna >.
1. Mi spiace di dissentire dal Paris, al quale, Rom., X, 479, n. 2, la questione parve risoluta definitivamente dal Boehmer, Uebcr Dante's Schrift de vnlgari eloquentia, p. 7, n. 2, nel senso a cui mi riesce difficile acconciarmi. Un certo quale dissenso col linguaggio che Dante usa al principio del secondo libro puo su di me assai meno délia considerazione che mi faccio ad esporre. I due passi sono verosimilmente scritti a distanza di tempo ; e tra le contradizioni dantesche è questa una délie più tenui.
2. Che ad esse voglia riferirsi Dante colle parole « Biblia cum Troj'anorum Romanorumque gestibus compilata » , fu indicato primamente dal Paris nel luogo citato.
3. P. 94 nell' edizione dell' Ubaldini, Roma, 1640.
40 p. RAJNA
Taluno potrà arzigogokre per toglier valore alla testimonianza. Ma chiunque non sofistichi , riconoscerà che se il Barberino avesse attribuito a « prosa » solo il senso che gli diam noi, non si sarebbe qui in nessun modo servito di questo vocabolo. E si ponga mente a ci6 che s' è detto prima :
Industria ci manda il nostro Sire ; E vien per insegnare Ne le vertu intrare.
Notevolissimo poi che nel caso présente la forma ritmica è taie da convenire anche alla lirica ; sennonchè prosaico rimane il contenuto; e ciô riesce a bastare. Quanto al « prosa « che udiam dalla bocca di Giacomino da Verona, De Jérusalem celesti, V. 241, « E poi canta una prosa de tanta [e] tal natura Davanço Jesù Cristo e la soa Mare pura », non trascende punto i limiti deir uso liturgico. Mérita tuttavia sempre rigtiardo per il lin- guaggio e per la data.
Che se in cotai modo si mostra soltanto che nel passo di Donizone si « possono » credere indicate le Chansons de geste, non già che « devono » , dal potere al dovere la distanza è ben poca. Se s' avesse a intendere nel modo filologicamente più ovvio, si stenterebbe assai a capire perché l'autore avesse a muovere anzitutto dalla « Francorum prosa », che io non so cosa avesse di caratteristico, e che nell' Italia del principio del secolo XII non era letta molto di sicuro. E qualcosa di veramente caratteristico nell' ordine letterario obbliga a vedere nella « prosa Francorum » il contrapposto in cui essa si trova coU' « Italiae stilus » del verso seguente. Dove s' arrischia anche proprio di esser messi colle spalle al muro ; poichè , siccome 1' « Itahae stilus » désigna di certo lo scrivere latino ', la « Francorum
I . Se non lo désignasse, mancherebbe qui ogni allusionc agli scrittori del- r antichità, ossia precisamente ai modelli a cui Donizone pensa soprattutto quando dice « Malo sub cxemplo tanto » , come si dovrebbe ritenere anche senza prove, e corne riesce dimostrato d' altronde allorchè si vede cominciare a questo modo il primo libro :
Vivus si Plato (!) foret hactenus ipseque Maro Innumeros versus daret illis fingere tempus Istud de nostris ducibus
E di Virgilio sarà poi pieno 1' ottavo capitolo di questo libro medesimo
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA 4I
prosa » che gli sta di fronte non puô, senza un grande arra- battarsi, voler esser latina ancor essa '. Solo poi corne un indizio secondario affatto, invitero ad avvertire che gli esametri leonini, di cui si compone 1' opéra delnostroautore, son governati, quan- to alla maniera délie consonanze , dalla norma medesima che signoreggia a quel tempo tutti i prodotti epici francesi. È r assonanza che lega fra loro le due parti dcl verso. Che se ciô fino al secolo xii è comunissimo nella poesia latina del medio evo fuori d'Italia -, non è invece punto cosa comune presso di noi. C erano d' altronde ragioni affiuto particolari perché 1' epopea francese, ossia la turba giullaresca che se n' era flitta propagatrice, accorresse a Matilde. La sua grande potenzae ricchezza, aggiunta alla circostanza che attraversava il cuore de' suoi dominii la Strada Francesca per eccellenza % e che non era lontana troppo da quella strada la stessa rocca di Canossa, cosi cara a lei ed a' suoi, sarebbe bastata di certo ad esercitare una viva attrazione 4, E s' aggiunge che al servigio della Contessa erano cavalier! ai quali i canti francesi parlavano la favella loro propria e sona- vano dolce ricordo della patria lontana :
Russi, Saxones, Guascones atque Fresones, Arverni, Franci, Loteringi quinve Britanni, Hanc tantum noscunt, quod ei sua plurima poscunt. Post ipsam gentes hae mittunt sepiiis enses. Omnibus ex istis équités habet alta Mathildis 5.
Ma quel ch' è più, nata di madré francese, e di una madré cresciuta precisamente in quella Lorena che dovett' essere per
(v. 680-739). Troppo note del resto corne per i nostri antichi di quel tempo e anche di due secoli dopo (si rifletta a Dante) « Italia » e « Latium », « Itali » e « Latini », « -vulgare italicum » e « vulgare latinum », fosser sinonimi.
1 . Che siano in latino le narrazioni di cose lombarde di cui si parla poi , non è punto un buon appiglio. Si veda come di quelle si discorra con tut- t' altro giro di frase.
2. W. Meyer, Der Ludus de Antichristo und ueher die lateinischen Rythmen, mSitimigsher. dell' Accad. di Monaco, Cl. filos.-filol., 1882, p. 64 sgg.
3. Mi conviene rimandare al niio scritto, Un' iscri^ione nepesina del iiji, in Arch. Stor. It., ;e 4», t. XIX, p. 27-28, 33-38.
4. V. ib., p. 44 sgg.
5- "> 35-39 (Pertz, p. 380).
42 p. RAJNA
r epopea délia Francia uno dei focolari più antichi, era la stessa Matilde. Perô, quand' anche non ci si attestasse, saremmo tratti a ritenere che la parlata materna fosse a leifamigliare.Maeccoche Donizone ce ne dà la testimonianza espressa, accompagnandola con qualcosa che pu6 ben dirsi un raggio insperato di luce :
Haec loquitur laetam quin francigenamque loquelam '.
« Laetam », si noti bene : un epiteto che, mentre ci conduce dinanzi alla mente il « delitable » di Martino da Canale e di Brunetto Latini, e la « delectabilior vulgaritas » dell' Alighieri, anticipandoli di un secolo e mezzo e di due, ci trasporta insieme in mezzo ad un mondo di suoni e di canti, dove 1' epica non puô mancare : un mondo che Donizone stesso ha rappresentato con versi ben noti, a proposito délie feste colle quali s' erano celebrate le nozze dei genitori di Matilde :
Timpana cum citharis stivisque lirisque sonant hic, Ac dédit insignis Dux premia maxima mimis ^.
Son parole aile quali, ancorchè posteriore di non troppo meno che cento cinquant' anni, puô, quanto alla sostanza, servir di efficace commento la descrizione particolareggiata che s' ha nella Flamenca ' . Che sia lecito considerarle come una notizia positiva di ciô che dovette seguire a Marego nel 1039, non saprei creder davvero. Con tutto ciô non dubito che già a quelle feste e a quel banchetti, solennissimi di sicuro, per quanto — e di ciô si vedranno poi chiari i motivi — abbia a diffidarsi di quel che ne dice Donizone, la poesia francese deva essere intervenuta. Impossibile cioè che un buon numéro di giullari non seguissero dalla Lorena, per assisterci e profittarne, lo splendido corteggio di una principessa , condotta sposa ad un barone ricchissimo e munifico. Ed eccoci cosl condotti a risentire, per quanto affievo-
1. Il, 45 (/. cit.). Il « que » enclitico aggiunto a « francigenani » ha qui la forza di un « etiam », da riferire, quanto al pensiero, a « loquitur ». Cfr. 1, 135, « Atquc pie iuste regnum régit Italicumque », da intendere, seconde nie, « Atque pie et iuste regnum régit Italicum ».
2. L. I, c. 9 (v. 830; Pertz, p. 368).
3. V. 584-1000. E proprio anche li si termina colle ricompense alla turba dei giullari, cosi splendide, « quel plus mendix , Sol non 0 joc, pot esser ries ».
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 43
lite e indistinte, anche voci délia prima meta del secolo decimo- primo.
Aile feste di Marego saranno ben state recitate talune di quelle leggende nuxiali, chc appunto da cotali occasioni ripetono, seconde me, il loro principale impulse '. E chi sa mai che non ci si possa essere udita pur quella che a noi è nota soprattutto corne la leggenda di Aleramo ^ ? Corne taie noi non la possiam seguire nelle scritture più su che la prima meta del trecento '; sicchè puô vantarsi di una tcstimonianza più antica un' altra forma più semplice , che mi si mostra la prima volta, probabil- mente nel 1279 ^, presso Tommaso di Toscana, e che appunto ha protagonisti i genitori di Matilde.
Narra Tommaso "> come la madré di Matilde fosse figliuola di taie che regnava in Costantinopoli. A quella corte era un italiano, largo, prode, doiato insomma d' ogni virtù cavalleresca epperô caro a tutti, ma non di alta stirpe. Par strano che la principessa ne innamori e segretamente lo sposi? Sposatolo, prende gioie e danaro e con lui passa in Italia, andando a fermarsi nel vesco- vado di Reggio. Il padre, che non ha altri figli se non lei, ne fa cercare ansiosamente. Si riesce a scoprirla, e si vorrebbe ricon- durla a Constantinopoli per darla in moglie a un principe di quelle parti. Ma essa rifiuta recisamente di lasciare colui che da se medesimo ha scelto ; e il padre, risaputolo (un padre davvero d' una specie rara !), manda senza indugio per lettere il suo assenso ; e insieme danaro senza fine , perché siano comperate tutte le ville e castella che ci sia modo d' acquistare, e se ne costruiscan di nuove. E allora si comperano i cosiddetti Tre Castelli; e non lontano di li si edifica Canossa. Degli altri possessi sarebbe qui inutile 1' enumerazione.
Questa, al modo stesso come la più antica, è la più particola-
1. Orig. delV Epop.fr., p. 77 sgg.
2. Ne ha trattato in modo spéciale il Carducci : Gli Aleraniici, nella Niiova Antologia, 2-' s^, t. XLII, p. 425 (die. 1883).
3. Impedisce una determinazione précisa il non sapersi a quali anni risalga la parte délia cronaca di Giacomo d' Acqui che qui ci concerne. Si veda il proemio dell' Avogadro alla sua edixione nel t. III (Script.) dei Monumenta Historiae Patriac.
4. Pertz, Scr., XXII, 484.
S- i^'-, p- 499.
44 P- RAJNA
reggiata tra le versioni che io conosca. Si riduce a un mero accenno ciô che leggiam nel Pomeriuin \ posteriore di vent' anni circa, del ferrarese Riccobaldo -; ma anche l'accenno è prezioso, in quanto, fa délia principessa fuggitiva la figliuola di un impera- tore tedesco, e propriamente d' Enrico III, a quel modo che r Adelasia od Alasia délia leggenda di Aleramo è figlia di un Ottone. E da un Enrico, che 11 invece avrebbe ad essere il seconde, la fa nascer del pari il Chronicon Brixiannm composto al principio del secolo quindicesimo da Giacomo Malvezzi, dove i ragguagli sono più copiosi, e contengono tratti peculiarmente notevoli e da giudicar primitivi >.
Tutti e tre questi scrittori hanno la prudenza di farsi schermo d' una parola atta a metterli al coperto da ogni accusa di credu- lità : « dicitur » abbiamo in Tommaso, « creditur » in Riccobaldo, « fertur » nel Malvezzi. Non c' indurremo tuttavia facilmente a pensare che i loro ragguagli provengano immediatamente d' altronde che da qualche cronista anteriore ; ma risalendo di grado in grado si flu'à pur capo a una fonte d' altra natura. E la fonte, piuttosto che una semplice tradizione, dovrebb' essere stata un poema, che non si saprebbe immaginare se non francese di linguaggio. Certo nell' epopea francese, e nella germanica da cui essa discende, il nostro ntcconto trova i suoi consanguinei. La madré di Matilde puô dirsi parente délia Maugalie del Floovent — Drugiolina nelle redazioni italiane — , délia Josiane o Drusiana del Biiovo d' Anîona, délia Galienne délia storia giovanile di Carlo, e cosi via ; e al pari di loro si rannoda nientemeno che colla Basina dell' antichissima leggenda franca di Childerico '^. La parentela apparisce più che mai chiara nel Malvezzi, in quanto ivi r amore délia fanciulla è detto espressamente violento e si vede in modo ben manifesto come sia lei a dichiararsi, e in générale ad agire, riducendo oramai Bonifazio a una parte passiva K
1. Non correggo, come s' è fatto , in Poinarium questa forma, che ripete troppo manifestamentc la sua ragion d' essere dal linguaggio volgare.
2. L' opéra fu messa insieme dal febbraio al maggio del 1297. V. Muratori, Rey. II. Scr., IX, 99. Il passo sta nella col. 121.
3. Muratori, Rer. It. Scr., XIV, 874.
4. O//^. deir Epup. fr., p. 270-72.
5. « Tune illa furore foemineo succensa, amoris flammas cohibere non valens, quod corde conceperat explerc contendit. Et denique a pâtre aufugiens.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 45
Chi considcri corne con Matildc si sia spenta la sua schiatta, propenderà a ritenere che 1' applicazione di questo nostro tema ai cenitori suoi sia avvenuta in età assai remota : oso dire Ici viva. Dopo la sua morte si capisce chc potesse durar rigogliosa e dar luogo a flivole la memoria sua propria; ma come mai si sarcbbe favoleggiato dei parenti ? Ossia, cio si capirebbe soltanto se dalla Contessa fosse germogliato un vero e proprio ciclo epico, il quale in tal caso, giusta un procedimento comune, poteva dar luogo a propaggini anche nella direzione del passato. Ma ciô non avvenne. Bensi , che durante la vita di Matilde r epopea ahbia anche in altra maniera aleggiato dattorno a Bonifazio, è cosa poco meno che positiva. Narrando dell' andata oltralpe del nostro marchese per prendere la sposa, Donizone vuole ch' egli facesse ferrar d' argento i cavalli senza ribattere i chiodi, affinchè quell' argento si disséminasse per viaggio ad attestare la sua ricchezza ^ : — episodio leggendario, che Gaston Paris, il quale ha Gitto qui stesso uno studio quanto mai dotto e sagace di questo tema -,'Vorrà ora, spero, considerare come derivato probabilmente ancor esso da una qualsivoglia redazione di quel poema francese , a cui gli sèmbro che fossero da ricondurre in molta parte le versioni sorelle '. Uscito da un
cum Bonifacio in Italiani venit. » Primitivo di certo anclie il fare che le nozze tra i due — in quanto abbian luogo cerimonie — avvengano dopo 1' arrivo in Italia, e non prima délia fuga. E dà motivo di riflettere 1' occasione da cui ci si dice che 1' amore abbia nascimento : « Fertur quod dum ipse Bonifacius esset in curia Augustali , ipsuni Régis filia... de aula prospiciens, cum eum cerneret », ecc. In quel « de aula prospiciens « potrebbe racchiudersi un tratto molto arcaico e importante.
1. L. I, c. lo (v. Soi sgg.) : Muratori, p. 355; Pertz, p. 367.
2. IX, 515-546 : Sur lin épisode cF « Aimeri de Narhonne ». SuUe sue orme cammina il Demaison nella bella introduzione alla stampa di questo poema nella collezione degli Anciens textes français (I, CLXXi sgg.). Poichè il Paris ha riportato testii.ilmente il passo di Donizone (p. 539), sarebbe superflue il riferirlo una seconda volta. Avvertirô solo che non credo necessario, e neppure opportuno, il mutamento introdottovi di un sit in sic. Ha invece verosimiglianza anche ai miei occhi 1' altra correzione di quod in quant.
3. Che a quel tempo egli si spiegasse la cosa altrimenti (/. cit., e cfr. Demaison, p. clxxxv), dérivera dall' essergli sembrato allora troppo ardito il pensare che 1' epopea délia Francia destasse echi cosi precoci in Italia. Quanto air opinione del Grôber, che vorrebbe mettere addirittura 1' epopea fuor di questione (Zt;7. /. roman. Phil., V, 177), si vedano le giudiziose riflessioni del Demaison, p. cxciv-cxcvi.
46 p. RAJNA
poema francese, V episodio dovrebb' esser passato in un altro poema, francese dal pari, a glorificazione di Bonifazio e délie sue nozze; e non è davvero debole sostegno alla congettura il molto che, intorno ai fatti transalpini del marchese, Donizone avrebbe potuto narrare, volendo :
Egregius princeps tune gessit plurima digne Quae scribenda forent ; stilus autem currit amore Ad dominam nostram, quam valdc carmen adoptât.
Se la poesia non se ne fosse immischiata, è ben poco probabile che di quel viaggio ci fosse tanto da raccontare, e che i ragguagli fossero ancora accessibili a Donizone, tre quarti di secolo dopo. E dalla stessa fonte proverrà bene anche il ragguaglio di altre magnificenze nelle feste di Marego, che hanno troppo mani- festamente del favoloso : le spezie macinate in un mulino, corne si trattasse del grano più comune ' ; i due pozzi, 1' uno ripieno di semplice vino, 1' altro di vino condito con droghe e miele % e la secehia e la catena d' argento, che servono per attingervi 3. E una confernia assai valida che 1' epopea deva proprio aver avutostretti contatti con Bonifazio, ce la fornisce 1' epopea stessa. Inalzato alla dignità reale, trasformato in figliuolo e successore di Desiderio, o non lo troviam noi tra i personnaggi del mondo epico francese ? E sarà mai caso, che ciô avvenga nell' Aymeri de Narbonne , ossia precisamente in quella « chanson de geste »
1. Troppo ovvio il ravvicinamento col pepe che, in una délie varianti di questa nostra famiglia di racconti, Ademaro visconte di Limoges si trova avère in copia strabocchevole dentro a un magazzino « expositum solo, vekiti glans porcis servitura », e che uno de' suoi dà, o piuttosto getta colla pala al « dapifer » dell' ospite Guglielmo di Poitiers. V. Rom., artic. cit., p. 523.
2. Taie deve ben essere la bevanda che si désigna con « potio ». Si veda il Du Gange, s. v., e si tenga conto delF espressione « Potio pigmentata », che occorre sotto la voce « Pigmentum ».
3. Non s' immagini che délia provenienza di questo capitolo s' abbia comunque un indizio nel modo com' esso principia : « Heroicum carmen cupio nunc omet ovanter Facta ducis magni Bonefacii memorandi ». Con queste parole si vuol dir solo, « Ora prenderô a cantare le gesta di Bonifazio » ; ed esse non si riferiscono già nient' affatto al nostro capitolo soltanto. Vero che Bonifazio era celebrato anche nel capitolo antécédente; ma h non si trattava di <( Facta » ; e sarà anche da tener conto che quel capitolo, per eccezione, è in distici.
CONTRIBUTI ALLA STORL\ DELL EPOPEA 47
colla quale le sontuosità sbalorditoie stabiliscono un rapporte? Che se neir Ayineri nostro di ferri di cavallo non si parla punto, ciô poco importa, una volta che questo clcmento è associato di solito cogli altri ivi messi in opéra '.
Mentrc appunto Donizone attcndeva al poema suo, i Pisani coir impresa gloriosa di Maiorica (i 114-15) preparavan matCria di carme a un altro verseggiatore — diacono, pare, del loro arcivescovo Pietro II - — , che poco stante si faceva a narrare e celebrare quel fatti. Ed egli nel secondo libro conta cojiie la flotta venisse a Tarragona e alla vicina insenatura di Salou, dove si distende una « planities » :
Régis in hac Caroli dicuntur castra fuisse, Dum duro quondam certamine stravit Iberos. Hic hyemes Franci tolérasse feruntur et aestus, Quando praestanti ceperunt robore terram 3.
Carlo dovrebbe verosimilmente aver avuto qui il campo asse- diando Tarragona : un assedio ignoto alla leggenda comune '^, e
1. Beninteso, mentre la coincidenza mi par troppo singolare per esser fortuita, non pretendo punto di saper dire conie le cose seguissero. Perché ciô fosse possibile, bisognerebbe conoscere 1' Aymeri più antico di cui il nostro non è che un rifacimento posteriore di un secolo ail' opéra stessa di Donizone (Demaison, p. lxxxi, lxxxix sgg.) ; conoscere il supposto poema délie nozze di Bonifazio ; conoscere il modello a cui il suo autore ebbe, secondo me, ad inspirarsi. Certo è bensi che ipotesi atte a render conto dei fatti non mi è punto difficile il concepirne. Ma il regno délie possibilità è troppo vasto, perché io lo voglia descrivere. Dirô solo corne la scarsa probabi- lità che il poema riguardante Bonifazio fosse ancor noto nella prima meta del dugento, mi renda proclive a giudicare altrimenti che non faccia il Demaison (p. xcvi) dei rapport! tra 1' Aymeri di Bertrand de Bar sur Aube e la redazione più antica che gli sta sotto di sicuro.
2. Per fatto dell' Ughelli s' é creduto generalmente che questo scrittore si chiamasse Lor'enzo, con un epiteto variamente scritto e interpretato. Ora da uno studio di Serafino Marchetti pubblicato nel t. II degU Studi Storici editi da A. Crivellucci ed E. Pais (Jntoriio al vero autore del poema « De hello Maioricano »), risulta ben altrimenti probabile, se non proprio-accertato come crede 1' autore, che si tratti invece di un Enrico.
3. Rer. It. Scr., VI, 119.
4. L' esserci il nome délia città nel lungo catalogo che délie terre con- quistate ci dà lo Pseudo-Turpino nel cap. m, avrebbe valore solo se al nome s' accompagnasse qualche circostanza. Similmente non significa nuUa, o
4^ P. RAJNA
che dovrebbe, se mai, rannodarsi con quello biennale, che Barcellona ebbe a sopportare dai Franchi, senza che Carlo ci avesse parte, nell' 800 e nell' 801, e che terminé colla sua presa ^ Ma che nell' alludere come qui si fa ail' aspra guerra e alla conquista, rappresentandole come cose note, il cronista, fosse poi quai si voglia la tradizione locale, pensi alla spedizione famosa, a me non riman dubbio per nulla. E non ne dubite- ranno forse nemmeno i lettori, vedendogli fare altrove un ravvicinamento di nomi , che non so chi vorrebbe ritenere casuale, o voluto propriamente dalle cose narrate :
Aestuat interea castris Pisana juventus. Protiniis incipiunt pugnam Brunicardia proies Promptus Oliverius, Vada quem misistis ad arma, Rolandusque valens, Kodulpho pâtre creatus =.
Qui troverebbe il suo luogo 1' iscrizione di Nepi del 1131, se intorno ad essa non avessi discorso diffusissimamente altrove '. Mi limito dunque a ricordare come il « turpissimam sustineat mortem ut Galelonem qui suos tradidit socios » di un atto
perlomeno signifîca pochissimo , la menzione in un racconto di GofFredo da Viferbo, di cui si parlera tra brève, dove tutto si riduce ail' esserci rappre- sentata Tarragona, o, come si dice, « Terascona », quai parte del dominio del signore supremo che qui ha sede in Pamplona.
1. Si vedano gli Annali che s' attribuivano ad Eginardo, Pertz, Scr., I, 190, e r Astronomo Limosino, ib., II, 612.
2. Col. 158. Cfr. Rom., XVIII, 8. — Non s' immagini che possano aver che fare coll' epopea francese certi versi del 1. vi (col. 148) :
Ad castrum veniunt, quod rex Norguenius olim Tradiderat flammis, cum centum hispaua carinis Aequora sulcabat, spolioque ex hostibus acto, Jérusalem victor sanctas properabat ad oras.
Il « rex Norguenius » è per me un re cristiano scandinavo, e propriamente norvegese : credo Sigurd il Gerosolimitano, che sappiamo aver saccheggiato l'isola d' Iviza, dov' è il nostro castello, nel 1 109 (V. Riant, Expêd. et pèlerin, des Scandinaves en Terre Sainte, Parigi, 1865, p. 182). L' « olim » non mi apparisce una ragione sufficiente per indurmi a pensare di preferenza a ciô che fu favoleggiato intorno a dei predecessori {op. cit., cap. 11, e particolar- mente p. 120-124), quando considero chi sia qui il narratore.
3. Arch. Star. Ital., série 4^, XVIII, 329-354, e XIX, 23-54.
CONTRIBUTI ALLA STORL\ DLLl' EPOPEA 49
pubblico e solcnne , ci attesti indubbiamente nota allora a tutti la leggenda di Roncisvalle proprio ncl cuore stesso dell' Italia.
Da Nepi non dista che iina trentina di chilometri Viterbo. Ivi dovctte ben nascere, a quanto pare intorno al 1120, quel GortVedo, che tutti appunto conoscono corne GoftVedo da Viterbo". Ma non fu in patria che egli trascorse la massima parte degli anni suoi. Condotto di buon' ora in Germania dair imperatore Lotario, forse nel 1133, vi fu educato, e vi sali in onore presso gl' imperatori délia famiglia Sveva, Corrado III, Federico Barbarossa, Enrico VI, essendo adoperato di continue in ben altri uffici oltre a quello normale di cappellano e notaio. Ciô non gli toise di soggiornare a ogni poco anche in Italia, ch' egli percorse fino a Roma un numéro di volte da farstrabiliare addirittura -. Ma certamente egli è un italiano affatto « sui generis »; le sue compilazioni storiche, anche per quel tanto che sian state scritte in Italia, furono preparate industriosamente via via, approfittando di tutte le occasioni, di tutti i viaggi, con un lavoro che dovrebb' essere principiato nientemeno che intorno al 1145, e del quale noi non cominciamo a vedere i frutti altro che un trentacinqu' anni dopo K Q.uindi, perché le testimo- nianze sue possano essere riferite risolutamente ail' Italia, occorre qualche ragione spéciale. E nel caso nostro non è neppur da dimenticare che Goffredo fu moite volte anche in Francia -*.
Nulla che provi una derivazione italiana si mescola alla notizia concernente la madré di Carlo Magno, che troviam pri- mamente nello Spcciiluiii Regum, preso forse a comporre nel 1 1 8 1 ,
1 . Il Wattenbach, anche nella sesta recentissima edizione, persiste a voler ritenere col Ficker, contro H. Ulmann e il Waitz, che Goffredo sia probabi- lissiniamente tedesco. In verità, lasciando il resto, 1' epiteto di Vitcrhioisis datogli negli stessi diplomi imperiali e col quale egli ci si mostra fino dal 1 1 5 5, costituisce per V italianità una prova ben difficile da scalzare.
2. O chi crederebbe mai che nelle condizioni medievali si avesse a trovare un uomo che fosse venuto quaranta volte « Romam de Alemania » ? Si veda la dedica délia Menioria Scciûortiin a Enrico VI, Pertz, Scr., XXII, 105. E a questi viaggi se n' aggiungono altri assai.
3. Si veda la stessa dedica. lo parlo di un trentacinqu' anni, anzichè di quaranta, dovendomi riferire al tempo in cui fu composte lo Spcciiluin Rcgmii. Cfr. p. 50, n. I.
4. « Sepe in Franciani », dice nella dedica citata.
Roiiiania, XX.VL A
50 p. RAJNA
certo in quel torno \ e che, con un lievissimo ritocco, troviam poi del pari nella Mcmoria Seculonini e nelle varie edizioni del Panthéon, che délia Mcmoria vengonoad essererimaneggiamenti. Si parla di Pipino :
Sponsa fuit régi grandis pede nomine Berta : Venir ab Ungaria, set Greca matre reperta, Cesaris Eraclii filia namque fuit -.
Il « grandis pede » e 1' Ungheria riescono troppo significativi anche senza bisogno di commento.
Al suolo italiano s' abbarbico in modo tenacissimo la leggenda di Aniico ed Amelio , in quanto segnatamente si fece che essi morissero qui tra noi, per lo più nella fiivolosa battaglia di Mortara , combattendo per Carlo Magno contro Desiderio. Ed ivi se ne mostrava la sepoltura, oggetto di grande venerazione agi' infiniti pellegrini che passavan di là '. Più che probabile che ce r avesse vista e rivista lo stesso Goffredo, e che un' imma- gine concreta, e non soltanto un pensiero, s' affacciasse alla sua mente quando scriveva nella Mcmoria e nel Panthcoii , ai quali soli è da riportarsi d' ora innanzi, i versi che seguono :
Pro nece multoruni, que facta fuit, populorum, Dicitur illorum Mortaria nomen agrorum,
Qua peregrinorura stat modo grande forum.
1. Il Waitz, nel proemio alla raccolta délie Opère, t. cit. dei Mon. Gcrin., a p. 4, dice che il libro fu redatto « non diu post annum ii8o >., e adduce qualche dato, assai malsicuro a dir vero, per il 1183. Per mia parte non troverei gravi difficoltà a rifarmi anche indietro, al 1 180 o 1 179.
2. Pertz, p. 92. Nelle compilazioni posteriori (p. 206) tutta la ditïerenza consiste nel darci « Eius sponsa fuit », in cambio di « Sponsa fuit régi ». Un' allusione fugace occorre anche più oltre (p. 209) : « Pipinus moritur, consurgit Karolus acer, Natus in Ingeleheim, cui Bcrta fit Ungara mater ».
3. Si veda il passo di Goffredo citato qui sotto. Ed anche la « chanson de geste » francese pubblicata dal Hofmann, dove, i due compagni muoiono a Mortara bensi, ma di malattia, dice che « Li pèlerin qui vont parmi 1' estree Cil sevent bien ou lor tombe est posée » (v. 3497-98). Si consideri che Mortara era ancor essa suUa Via Francesca, o, per chiamarla con un altro suo nome (V. Giorn. Stor. délia Letkr. it., VI, 129), Roniea. Delduplice scpolcro, del pari che délia morte, fa menzione anche il Liber de landibiis Papiae, spettante al 1330 : « Ibi jacent corpora Amelii et Amici , quorum unus erat filius Comitis Andegavensis, quorum vitae miri actus Icguntur, quorum etiam, ut dicitur, sepulcra mirabilitcr unita sunt » (Mukatori, R. It. Scr., XI, 21).
COXTKIlîUTI ALLA STOKL\ Dl-LL EPOPEA 51
Tliiic duo consocii, mcritis vitâquc bcati, Amis et Amiliiis p;irili sunt mnrtc necati ;
Karulus hiis tribuit digna scpulcra satis '.
Molto notevole, in un testo latino, 1' « Amis », chc ci riproduce talquale la forma francese, ossia, badiam bene, quella spettante al linguaggio a cui nell' Italia settcntrionale 1' cpopea carolingia si mantcnne fedelc fin tardi.
Gli è subito dopo, a proposito dcll' asscdio di Pavia, ossia in un' occasione spiccatamente italiana, che Goffredo nomina la prima volta Orlando ed Ulivieri :
Dux ibi mirandus tenuit vcxilla RoUandus, Sic et Oliverius sotia probitate notandus; Hos pro rege duces tune habuere truces.
Non so se la menzione sia suggerita da qualche « chanson de geste » non pervenuta a noi, corne sarebbe a dire da una reda- zione dei tatti di Uggeri anteriore aile nostre, oppure invece da qualche cronaca -, od anche da tradizioni locali. A Pavia si doveva mostrare una grossa pietra , che si diceva lanciata da Orlando '. Ciô apparisce da una notizia riferita da Galvano Fiamma dove narra délie prove di forza portentosa che avrebbe dato nel secolo xiii un cotai Uberto délia Croce. « Ipse », si dice nella Galvagnana, « proiecit lapidem in Papia queni Rolandus proiecerat ^ ». E nella Cronica Maior : « Item, cum fuisset sibi ostensus iactus lapidis Rolandi, ipse eumdem lapidem equali
1. PeRTZ, p. 211.
2. O cosa sarà stata mai la « Cronica Desiderii contra Karulum », che Galvano Fiamma annovera tra i fonti suoi al principio délia Cronica Maior} Un' induzione ben ovvia, rinfrancata da indizi positivi, porta a ritenere che si trattasse di un documento che avrebbe interesse per la storia délia leggenda epica.
3. Non si pensi, corne potrebbe f;ir supporre il D' Ancona, Remlic. délia R. Accad. dei Liiicei, 1889, i» sem., p. 420, che la pietra si mostri tuttora, o si mostrasse almeno in lempi a noi vicini.
4. Cod. Braidense AE^ X, 10, ï° 931. Il passe si trova a stampa negli Annales Mcdiolanenses pubblicati dal Muratori, R. II. Scr., XVI, 645, in quanto la Galvagnana è inserita li dentro. V. Ferrai , in Bullcltino del- V Istiluto storico Italiano, n° 7, p. 99; no 10, p. 100.
52 p. RAJNA
distantia iacit '. » Di Uberto il cronista conta in générale attin- gendo al De niagnalibus civitaiis Mediolani di fra Bonvicino ; ma la prova del sasso non è presa di li ^.
L' italianità rissce ancor più aperta nell' altra menzione, spesso citata , cui dà luogo il preteso passaggio di Carlo per la Sicilia al ritorno dal favoloso pellegrinaggio di Gerusalemme :
Mons ibi stat magnus, qui dicitur esse RoUandus, Alter Oliverius simili ratione vocandus;
Hec memoranda truces constituerc duces 3.
Desidero, per attenuare uno sfregio alla modestia dei due pala- dini, che non provenga qui da Goffredo una chiosa nel codice parzialmente autografo ^, giusta la quale i « truces duces » che cosi vollero sarebbero stati gli stessi « Rolandus et Oliverius » ; e, lasciando altro, me ne dà speranza il confronto del passo esaminato prima, dove la medesima espressione pare usata per designare i loro compagni ">. Sia come si vuole, sotto la favola esposta da Goffredo c è un £xtto reale toponomastico ; ed è su di esso che va fermata l' attenzione.
1. Cod. Ambros. A, 27/, /«/., f° 229^; Miscellanea di Storia ilaliana, t. VII, Torino, 1869, p. 760.
2. Essa non si contiene nel testo del De niagnalibus, scoperto di récente dal Novati (V. i Rciidic. del R. Istit. Lomb., 1895, p. 1085-1095), il quale ebbe la cortesia di comunicarmi il capitolo relative ad Uberto : guasto in qualche parte nel codice per via dell' umidità, ma non in maniera da togliere che si segua il senso. E che la mancanza non dipenda da una tradizione diplomatica difettosa, apparisce chiaro se col De niagnalibus e colla Cronica Maior si con- fronta la Galvagnana, non lasciandosi ingannare da una falsa interpunzione e distinzione di caratteri, a cui trascorse, per aver franteso, il Muratori.
3. Pertz, p. 223; R. It. Scr., VII, 419.
4. V. la prefazione del Waitz, p. 13-14; e cfr. p. 5.
5. Che il soggetto rimanga ivi sottinteso, come con « dicunt » , « ferunt » ecc, riesce duro da ammettere. Del « pro rege » la spiegazione risulta dal verso seguente : « Visitât interea regina potentia Romam ». A Orlando ed Ulivieri rimane affidato il comando supremo durante 1' assenza di Carlo. Cfr. ciô che dice nel Manip. Flor. Galvano Fiamma, R. It. Scr., XI, 600 : « Tune Rex Desiderius Papiac se communivit, quam anno Domini 783 Carolus obsedit, ubi et Pascha celebravit. Postea in obsidione Rolandum et Oliverium relinquens , Romam causa orationis ivit ; inde ad obsidionem Civitatis Papiensis remcavit », ecc.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPF.A 53
Il « Mons Oi'hindus » sarà di sicuro, corne si ritiene dal Pitre ^, il notissimo Gipo d' Orlando, sulla costa settentrionale deir isola. Quanto al « Mons Oliverius », è erroneo quelche si scrive dal Pitre medesimo, che un « Munti Oliveri » s' abbia alla foce dcl fiume che si chiama « Oliveri » ancor esso, a levante delT antica Tindari e del capo che da essa si chiama. Ma se non c è propriamente un monte, c è con questo nome un borgo, spalleggiato da un castello posto in cima a un piccolo poggio - ; e borgo e castello son ricordati da Edrisi verso la meta del nostro stesso dodicesimo secolo con parole che mette conto di riferire : « E bello e grazioso casale, con un gran castello in riva al mare. Avvi un mercato, un bagno, délie case, délie buone terre da seminare e délie acque perenni, sulle sponde [dei quali rivi] si stendono dei campi da seminare, e sonvi piantati dei molini. Possiede anche un bel porto, nel quale si fil copiosa pesca di tonno '. » Per noi riesce particolarmente ragguardevole il porto, in grazia délia molta notorietà che ne doveva risultare 4 ; e s'avverta come da Oliveri prenda nome anche attualmente la baia che quiabbiamo. Non dubito pertanto che con questo Oliveri non vada connesso ciô che da Goffredo si dice, comunque poi si voglia spiegare il dissenso tra le sue
1. Le lraâi::JQtii cavallcreschc popolari in Sicilia : Romaiiia, XIII, 380, e Usi e costumi, credeiiie e pregindiii dcl popolo siciliaiio, Palermo, 1889, I, 241.
2. Le condizioni topograficlie del casiello , non cliiare nelle carte del- r Istituto Geografico Militare, poco csatte in questo punto, m' erano state pre- cisate dal cortese Segretario del Comune stesso di Oliveri, sig^ Enea Drago. E dalla medesima fonte avevo avuto altri ragguagli negativi e positivi. Ma poi mi capitô la fortuna di poter anche far tesoro délia pratica pienissima che, per effetto degli scavi di Tindari, ha di questi luoghi 1' insigne archeologo prof. Antonino Salinas. Con lui ehbi F opportunità d' intrattenermi a voce; e grazie a lui dcl castello di Oliveri mi stanno in questo momento sotto gli occhi belle vedute fotografiche.
3. Amari, Bibl. Araho-Sicula, Vcrsioiic italiaiia, Torino, 1880, éd. in-fo, p. 17; Amari e Schiaparelli , V Italia descritta nel « Lihro del Re Riiggero », Roma, 1883 {Mcin. dcUa R. Ace. dei Lincei, se 2», vol. VIII), p. 30.
4. Anche descrivendo il contorno dell' isola Edrisi rinomina Oliveri : Bibl. Ar.-Sic., p. 32, U Italia, ecc, p. 67. E la menziona altresi Ibn Qiilâqis, di poco a lui posteriore (V. Amari, St. dei Mus. di Sic., III, 541) in un verso riferito da Yaqùt, Bibl. cit., p. 54.
54 P- RAJNA
parole e le condizioni che ci si offrono '. In pari tempo tuttavia mi tengo anche certo che il nostro « Oliveri » non ebbe che fare in origine col paladino, e indicô semplicemente che il territorio era coltivato ad ulivi, ossia, come qui suona il vocabolo, ad « olivere » -. Dovettero essere i naviganti, che, andando lungo queste coste, dettero al vocabolo 1' interpretazione di cui GoflVedo ci trasmette 1' eco. Ed io non so se mai non sia stato per effetto di questa interpretazione stessa che al Capo d' Orlando fu imposta la denominazione sua attuale ">, forse di data abbastanza fresca al tempo di Goftredo, se è lecito far qualche fondamento sul silenzio di Edrisi •^.
Al ritorno dair Oriente e dall' Italia si fit tener dietro r impresa di Spagna. Goffredo ne discorre nientemeno che in un centinaio di versi, che narrano solo gli antecedenti, e non gli antecedenti immediati, délia Chanson de Roland , la materia délia quale parrebbe riserbarsi a un' esposizione prosaica, che invano si cerca e desidera :
Qualiter Ispanos superavit Carolus olim, Huius ego libri titulis subscribcre nolim ;
1 . La spiegazione più semplice sarebbc che, esagerando, si sia dette « Mons » il poggio su cui sorge il castello, ancorchè non sia alto che una quarantina di metri. Mapotrebbe darsi altresi che anticamente si fosse chiamato « Oliveri » qualcuno dei monti più prossimi. E mi sorride particolarmente 1' ipotesi che da gentc di mare il nome sia stato attribuito al Tindaro (« u Tunnàru » dicon gl' indigeni quando parlan spontaneo), cioè al monte che va a finire nel capo omonimo. Esso s' inalza a ridosso, dalla parte di nord-ovest, e si trova essere il solo nelle vicinanze che abbia forme spiccate. In questo caso Orlando ed Ulivieri si farebbero esatto riscontro, a levante c a ponente del Capo Calavà.
2. Questa notizia dialettologica mi viene dal sig"" Drngo, il quale sponta- neamente, e in modo cosi aiïermativo da farmi crcdere a un' idea ben radi- cata negli indigeni, mi espose altresi 1' etimologia a cui io pure m' ero condotto, confcrmatami anche dal fatto, che nell' uso locale, come ho dal Salinas, il nome del borgo riceve l'articolo : « l'Oliveri ». Che in queste parti sia « olivera » ciô che a Messina è « olivara », dipende da un' azione « lombarda ». V. de Gregorio, Saggio di Foiidica SiciVuvia, Palermo, 1890,
P- 13-
3. Ciô diventerebbe quanto mai verosimile, se stesse 1' ipotesi che ho
esposto qui sopra nella nota i .
4. Dove avremmo a trovarlo, incontriamo invece una « Piccola Cefalù » : BibJ. Ar.-Sic, p. 32 ; A' Italia, ccc, p. 68.
CONTRIBUTI ALLA STORLX DELL EPOPEA 55
Altcrius modiili sors dabit illa coli. Prorsus ab liac cède mccum, nica Musa, recède '.
Anche la purte dataci costituiscc uiui ricca materia di studio : ricca troppo, perche 1' esame non voglia essere istituito separa- tamente. Qui esso non potrebbe muoversi a suo agio, od occuperebbe assai maggior spazio di quelle che sia ragionevole concedergli. Bensl ho da mettere in rilievo una nota specifica nostrale. Il nome di Gano vi suona « Gaino » o « Gainus » - ; e « Gaino » o « Gayno » porta non so quante volte la lezione che délia Chanson de Roland ci dà il codice IV di Venezia '• ne dicono altrimenti il cosiddetto Viagoio di Carlo Magno pubblicato dal Ceruti ^, e due frammenti di non so che romanzo o. romanzi, che detti luori io stesso > : tutti document! che spettano air Italia, e propriamente aile sue regioni settentrionali ^.
Ma non son già sole le scritture a fornirci le testimonianze délia divulgazione dell' epopea carolingia e délia gran presa che
1. Pag. 225.
2. « Gaino prior comitum dat consilium variari » ; « Ob invidiam satagit me tradere Gainus » : v. 14 e 32 de! capitolo.
3. V. la riproduzione diplomaticadelKôlbing, Heilbronn, 1877. « Gayno», V. 161, 210, 214, 229, 274, 377, Qcc, ecc. ; « Gaino », 380, 398, 401, 452, 468, ecc. ecc. E non difleriscono essenzialmente da queste forme le altre « Gaynes », v. 218, 221, ecc, « Gayne », 283, ecc, e « Gaine », 150, ecc.
4. Bolognu, 187 1; nella5a7/rt di Ciir'wsità letlerarie, disp. CXXIIIe CXXIV. Si guardi soprattutto, t. II, p. 1 16 sgg., dove il nome ritorna con frequenza. L' editore stampa « Gaino » ; ma il codice portera probabilmente « Gayno » .
5. Rivista di Filologia roiiiaiii^a, I, 174 e 176; linea 14 nel primo fram- mento, lin. i nel secondo.
6. Dair Italia settentrionale pro verra certo anche il Gailone , figlio di Buovo e di Brandoria e antenato di Gano, di cui molto ci parlano i Rcali di Francia, 1. iv, c. 45 sgg., e 1. v (V. Rie. int. ai R. di Fr., p. 204). Benchè Andréa da Barberino non paia essersene avvisto, Gailone non sarà altro che un Gainoiic , modificatosi per effetto di una tendenza dissimilatrice (cfr. velcno , Bologna), favorita anche dall' Z di Gueneloii, ecc, riuscita altrove a farsi valer tanto, da produrreil Galelonem dell' Iscrizione di Nepi,eil Galalon spagnuolo. Qiianto air origine délia forma Gaino, son portato a cercarla in un' azione indebitamente analogica esercitata da CarJo Maine, Naiino; od anche nel- r erronea credenza di ricalcare la forma francese, che, sempreper ragione d' analogia (it. viano, pane, lana, ecc. : fr. main, pain, laine), poteva credersi Gaine.
56 p. RAJNA
essa aveva sulle menti. Ci restano altresi, e vorranno bene con- siderarsi corne superstiti di una generazione più numerosa, due monumenti artistici, di specie diversa, remoti 1' uno dall' altro neir ordine geografico, e in pari tempo associati in modo assai stretto dai personaggi che ci metton dinanzi e dai fatti a cui tacitamente od espressamente ci riportano, e non meno che da ciô dalla consacrazione religiosa che in entrambi si vede confe- rita alla leggenda. Voglio alludere al mosaico di Brindisi ed ai bassorilievi di Verona : questi secondi notissimi da tempo ; il primo invece non ancora abbastanza conosciuto.
Brindisi possedeva una cattedrale, che, consacrata nel 1089, presa a ricostruire verso la meta del secolo successivo, cbbe, pochi dccenni più tardi, e propriamente, stando ail' Ughelli, ncl 1178, ad essere ornata con un pavimento di mosaico '. L' edificio fu distrutto in gran parte dai terremoto del 1743 ; ma del mosaico s' è conservata una porzione ragguardevole ; e ciô che di essa ci riguarda puô vedersi rappresentato nella tav. xlv dell' Atlante che accompagna la bellissima opéra di H. VV. Schulz, Dcnhmàlcr der Kunstdes Miifelalters in Unieritalien, Dresda, 1860. E si puô anche vedere in due opère di Eug. Mûntz : Mosaïques chrétiennes de l'Italie, fasc. III, p. 11, e Etudes iconographiques et archéologiques sur le moyen âge, Parigi, 1887, p. 121 -.
Orbene : tra una moltitudine di roba di tutt' altra natura, il mosaico ci pone sotto gli occhi scène spettanti alla battaglia di Roncisvalle K Procedendo da sinistra a destra, si présenta anzi-
1. ItaVia Sacra , éd. Coleti , IX, 35. Il mosaico vorrà ritenersl compiuto nel 1178; che in quelT aniio fosse anche cominciato, mi par cosa più che dubbia.
2. Di queste due opère non ho avuto alla mano che la seconda, dalla quale m' è parso risultare che il Mùntz abbia preso dallo Schulz le riproduzioni sue. Opportune avvertire che le figure non son divise in due ripiani, comc, per nécessita di formato, stanno nelle Éludes, bensi vengon tutte di seguito. Privo délie illustrazioni grafiche, lo scritto délie Etudes in cui s' è tratti a parlare del mosaico di Brindisi — La tèsrendc de Cliarleiiuwne dans l'art du moyen a'p'e — cra prima stato pubblicato qui stesso nel t. XIV. Si veda la p. 536.
3. Questa parte del mosaico è accuratamente descritta nel suo testo dallo Schulz, I, 303-305. E anche 1' interpretazione è incompleta bensi, ma sostan- zialmente buona. Quanto al Mûntz, non ha latto, mi pare, che compendiare un po' distrattamente ciô che dallo Schulz s' era detto.
>
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELL EPOPEA 57
tutto un personaggio a cavallo con una coperturadi capo caruLte- ristica, suU' essere del quale ci chiarisce subito una scritta : LARCEVESQUE TORPIN ". Ha il braccio destro alzato, e r inten/ione dovett' essere di rappresentarlo in atto di parlare, oppure di benedire. Gli tien dietro un altro cavalière, in cui il lungocorno che ha alla bocca ta subito ravvisare Orlando. Quindi seguono cinque cadaveri allineati, verso i quali scende un angelo ; e ai cinque ne aggiunge un sesto lo stesso ROLLANT, qui designato in modo espresso, che lo vien trasportando sulle spalle. Chiaro troppo come s' abbia la scena che la Chanson de Roland ci descrive nei versi 2184 sgg. Chi sia quello tra i pari di cui Orlando appar carico, non sarebbe chiarito abbastanza da un R, che sembra la sola lettera rimasta, o tuttora leggibile, di una scritta , che ad esso si deve ben riferire ; ma una volta che un nome c' era, è molto probabile che sia qui da ravvisare Ulivieri. Del quale noi vediamo h appresso la morte; chè è troppo manifestamente lui 1' ALVIER disteso a terra supino, dalla cui bocca esce 1' anima in forma come di un bambino che stende le braccia al cielo. Davanti al cadavere , appoggiato sulla spada in atteggiamento di dolore e col corno che pende sul dorso, sta di nuovo ROLLANT; e puô benissimo aver ragione lo Schulz nel ritenere che il paladino stia qui facendo lamento sul suo defunto compagno (V. Ch. de R., v. 2206 sgg.). lo non mi tengo peraltro sicuro che non si sia invece voluto rappresentarlo quando, mancatigli tutti i suoi , egli sente la morte avvicinarsi a lui stesso e ripensa la sua vita Qb., v. 2259 sgg.). Seguono, mutili délia parte superiore, due cavalieri, il primo dei quali conduce 1' altro per la briglia; ed ha colto nel segno il medesimo Schulz, aiutato da un residuo di scritta % scorgendo ancora Orlando nel primo, Ulivieri nel secondo. Ed egli non ha neppure avuto torto nel chiedere a un passo del Rolandslied di Corrado — solo che il passo s' intenda a
1. La lettera finale, che coUo Schulz trascrivo .V, pare un JV. Ma se taie è realmente, non puo trattarsi che di un errore materiale di esecuzione. Q.uanto air intenzione originaria, non si puô oscillare che tra A' ed M.
2. IVIR dice lo Schulz ; ma 1' R non è nella stessa linea dell' IVI, sicchè frammezzo puô benissimo mancare un E.
58 p. RAJNA
dovere ' — la spicgazione délia scena. Per noi tuttavia riesce aiîcor più seducente 1' aiuto offertoci da versioni italiane : dalla Spagtia inottava rima e dal poemetto che a meaccadde di battezzare La Rotta di Roncisvalle ^■, nelle quali, con applicazione diversa, ci si aftaccia la rappresentazione medesima che nel poema tedesco. Nella Spagna Ulivieri, chiesto perdono ad Orlando deir averlo, perché più non ci vede, percosso sul capo creden- dolo un nemico (C/;. de R., v. 1989 sgg.), aggiunge una pre- ghiera, che, insieme con cio che ne consegue, manca di rispon- denza nei testi francesi délia Chanson :
Non ne stian più; ma tra la gente fella
Mi metti ove la schiera è più calcata.
Allora Orlando nïente favella,
Ben si pensô morire a quella fiata ;
El caval d' Ulivieri per lo freno
Pigliô, e volge ove lo stormo è pieno, Dicendo : Fieri, cognato mio forte!
Ora se' nello stormo grande e spesso '
Ne altrimenti la Rotta, nella quale, pregato allô stesso modo da Ulivieri,
Orlando el prese allora pella briglia, E miselo pel stormo e fè ritorno +
1. « Ruolant ime thannen half, Then zugel er ime umbe warf », dice Corrado, v. 6428-29; il che, stando al Bartsch {RoJaudslicd, p. 247), signifi- cherebbe che Orlando avrebbe ravvolto la briglia intorno al compagne, « damit er tester auf dem Rosse sàsse » ; e a questa idea si conforma la tra- duzione pubblicata dall' Ottmann nella Utiiversal-Bihtiothi'Jc del Reclam (p. 270). Ma la versione è assurda per più rispetti; e che sia invece da inton- dere « gli voltô, prendendo la briglia, il cavallo », indicala figura che accom- pagna il testo nel codice di Heidelberg e che in dimensioni ridotte si puo vedere nel volume stesso dell' Ottmann, e a me è stato messo fuor di dubbio dal giudizio di quell' autorevole germanista che è il prof. Michels di Jena. Si cfr. la frase italiana « voltar la briglia », che ha per 1' appunto anch' essa * il valore da attribuirsi al suo corrispondente tedesco.
2. V. il mio lavoro, La rotta di Ronc. nella lettei . cavall. il. : Propiigualorf, vol. IV, pe 2^ p. 53 sgg.
3. Cfr. Propngn., vol. cit., p"^ i», p. 370. Mi attengo suppergiù alla lezione del codice Laurenziano PI. XC inf. ^ç.
4. Cfr. ib., pc 2», p. 70. Superflue richiamar 1' attenzione sull' importanza che per la storia délia Ch. de Rot. viene ad avère la corrispondenza spéciale che qui si manifesta, di frontcai testi francesi pcrvenuti a noi, tra le redazioni
CONTRIBUTI ALLA STORL\ DELL' KPOPEA 59
Ne mi par poi difficile che il combattimento col quale si chiude nello stato suo odierno la série délie rappresentazioni, sia quelle in cui Ulivieri è ferito ed ucciso (Ch. de R., v. 19 13 sgg.). Apparterranno forse alla scliiera dell' « Algalife » i quattro guerrieri, che si trovano qui rappresentati. Certo uno di costoro che, seduto a terra, brandisce a due mani 1' ascia in atto di ditesa, ha un ceÛ'o ben dcgno di figurare tra 1' orrida genia che r « Algalife » conduce. Se quel ceffo sia anche nero, corne a rigore dovrebb' essere, è cosa a me ignota, e che poco mi preme di sapere.
Un' avvertenza rispetto ail' ordine. Le due prime figure in cui ci siamo imbattuti vengono prime anche nella successione dei fatti ; chè Turpino fu certo voluto rappresentare quando la battaglia stava per aver principio {Cb. de R., v. 1124 sgg.), oppure, se mai ciô non fosse, nell' atto di metter pace tra Orlando ed Ulivieri venuti a contrasto (v. 1737 sgg.); e quanto al suono del corno, è ben quelle poderoso noto a tutti (v. 1753 sgg.), non r altro fievole che abbiamo più tardi (v. 2104). Nel resto invece la successione è da destra a sinistra ', turbata solo qualche poco là dove abbiamo Orlando aftranto dal dolore, se délie due spiegazioni addotte fosse vera la seconda : turba- mento minimo ad ogni modo per la diversità del piano che il paladino occupa, e giustificato d' altronde anche da particolari opportunità di spazio. Per ciô che spetta al disordine grave e incontestabile, non so fino a quai segno si lasci imputare a chi dopo il terremoto del secolo scorso ricompose i mosaici, e li ricompose in altre parti disordinatamente -. Per mio conto sono
nostre e la germanica indicata di sopra, coll' aggiunta del mosaico quai terzo testimonio. Che presse Corrado Orlando tragga Ulivieri fuori délia battaglia (cfr. anche lo -Stricker, v. 7541, « er half im von dem strîte ») e nei testi italiani invece lo guidi nel fitto di essa, non è cosa che valga a distruggere il riscontro, se si pon mente alla grande prossimità délia collocazione rispettiva nelle narrazioni, prima o dopo del colpo menato dall' inconscio Ulivieri ad Orlando. Questo riscontro potrebb' essere invocato dal Golther come una conferma délie conclusioni sue nel lavoro sul poema di Corrado (Dus Rolands- lied des Pfaffen Koiirad, Mùnchen, 1887).
I. È dunque sostanzialmente nel vero lo Schulz, scrivendo, p. 305, n. i, « Der Fortgang der Erzàhlung findet... von der rechten Seite her statt ».
2. Schulz, p. 302.
6o p. RAJNA
anche disposto ad ammettere che il peccato possa esserc origi- nale '.
Air importanza di questo monumento toglie qualcosa il suo apparirci in territorio normanno. E s' aggiunge che il vescovo Guglielmo da cui i mosaici faron fatti eseguire, era esso stesso, al dir dell' Ughelli, « natione gallus ». Ma se era di schiatta franccse il committente, taie non doveva essere nient' affittto r esecutore, fosse poi, com' è verosimile, oppure anche non fosse, tutt' uno col Pantaleone, a cui si deve il pavimento a mosaico délia vicina cattedrale d' Otranto, anteriore di poco più che dieci anni ^. V arte, discretamente rozza, di questi mosaici è arte da potersi dire oramai paesana, quand' anche sia un paesano che sempre si risenta di bizantino \ E nei nomi stessi, ancorchè datici — il che non farebbe meraviglia nemmeno in una regione che non fosse normanna — in forma francese, non manca un' ombreggiatura indigena. Alvicr si supporrebbe a torto un semplice pervertimento grafîco. L' A iniziale non è insolito qui da noi, dacchè va ricoUegato coU' Au- dell' Aiiliveriiis, che le carte italiane di provincie disparate ci danno molto spesso '^, e che non è se non un caso specifico di un fenomeno fonetico ben noto, che per 1' appunto nelle parlate del lembo sud-est délia penisola è stato rilevato anche oggidl 5. Ed ivi stesso abbiamo proprio anche la riduzione dell' au ad rt ^
1. Si badi che la nostra seconda rappresentazione s' innesta su quella che le sta accanto in modo che bisognerebbe strapparnela con violenza.
2. Ughelli, /. cit., p. 57; Schulz, p. 261 sgg. Anche qui c' incontriamo in un personaggio del mondo cavalleresco , cioè in un REX ARTVRVS. Ma esso ci apparisce armato di una gran clava e montato, dice lo Schulz (p. 265), « auf einem Ungeheuer von deni Aussehen einer Gemse » : ossia in maniera da farci pensare a un ordine di tradizioni diverse da quello che s' ha di consueto nei romanzi délia Tavola Rotonda.
3. Schulz, p. 261-62. Ciô che qui è detto del mosaico d' Otranto s' applica di nécessita anche a quello di Brindisi, una volta che tra i due c' è innegabile affinità (p. 302-5).
4. Un duplice « Auliverius » occorre, per es., nei codice diplomatico Astigiano detto « de Malabayla ». V. V « Index hominum » nelT ed. del Sella. Altri esempi qui stesso, p. 64 e p. 65 (testo e n. 5).
5. MoRosi, // vocaîismo de] dialetto leccese, in Arch. GlotloL, IV, 140; e si veda Meyer-Lûbke, Ilalienische Grauimatik, p. 81.
6. L' au èa Lecce del contado, mentre Yak délia città, il che costituisce già di per se stesso un indizio che 1' uno è la forma arcaica e 1' altro quella
CONTRinUTl ALLA STORLV DLXL' EPOPLA él
Chc r idea di mppresentare sul pavimento délia cattcdralc di Brindisi i fatti délia tîloriosa lotta di Roncisvalle sia da ricon- nettere col continuo salpare che di cola si faceva per andar a combattere in Palestina contre i medesimi nemici a cui avevan dovLito soccombeie Ulivieri ed Orlando, è una congettura assai plausibile dello Schulz; '. Non c era tuttavia bisogno di questa circostanza spéciale perché i due apparissero degni di una consa- crazione ecclesiastica. Ben più oltre che a Brindisi s' è andati per questo rispetto a Verona, dove i due paladini (nessun dubbio che chi è accoppiato al modo che qui avviene con Orlando possa essere altri che Ulivieri 2) sono rappresentati proprio, 1' uno a destra 1' altro a sinistra, sugli stipiti délia porta principale del duomo '. Essi sono collocati qui corne cam- pioni per eccellenza délia fede. Di questi bassorilievi la data non puô precisarsi quanto si desidererebbe; ma al massimo saranno posteriori di ben pochi anni al mosaico pughese. Se dalla con- sacrazione che délia cattedrale \eronese si fece da Urbano III nel II 874 s' argomenta coUo Schulz 5 che essa fosse ricostruita dopo il terribile incendio patito dalla città nel 1172^, assegne- remo a quel tempo le nostre scolture, cui dà carattere arcaico anche la mazza con palla a punte di cui è armato Ulivieri. Ma c è il caso che il duomo, o almeno la sua fronte, sia passato illeso attraverso ail' incendio; e allora saremo fortemente incli-
che ne è emanata. Ma non c' è bisogno di questo per dissentire dal Fumi, Miscdlanca Caix-Catiello, p. 95-99, clie vorrebbe invece vedere nell' au il prodotto di un incrociamento dclle forme con rt e di quelle colF 0 primitivo. E al Fumi s' è già opposto anche il Meyer-Lùbke, /. cit., in nota. S' intende che non tutti gli a atoni di prima sillaba sono da riportare ad un im di fase antécédente.
1. P. 305.
2. Con ciô rispondo a nie stesso : Propugn., III, pe 2^, 593.
3. Di questa rappresentazione, oltre a parlare, dette anche il disegno il Maffei nella Verona illustrata (II, 62-63 nell' ed. originale). E il disegno fu riprodotto più volte ; e si puô vedere nelle stesse edizioni scolastiche délia Ch. de Roi. del Gautier (p. 381).
4. Ughelli, Italia sacra, V, 809.
5. Op. cit., I, 305. Si noti che nel rogito délia consacrazione, pubblicato dair Ughelli, si vedono concesse indulgenze a chi faccia largizioni per la fabbrica délia chiesa.
6. Non 1162, come dice lo Schulz. V. Rer. It. Scr., VlII, 621.
62 p. RAJNA
nati a riportarci più addictro dall' essere più che verosimïl- mente 1' artefice che esegui 1' opéra, o la diresse, quel mede- simo Niccolô, che lavorô al duomo di Ferrara nel 1135 '.
Facciamo ritorno ai monumenti letterarii. Negli Annales Ccccancnses — di Ceccano , presso Frosinone — , compilati sul principiare del secolo xiii, è inserita sotto 1' anno 1192 una composizione poetica, in cui , non sappiamo quai contempo- raneo% narra e vitupéra i fatti del tedesco Diopoldo, conducen- doli fino al 1205. E siamo appunto al 1205, e precisamente agh undici di giugno, quando avviene che Gualtiero di Brienne sia da Diopoldo sorpreso e sopraffatto suUe rive del Sarno :
Est Runcevalli similis devictio Sarni, Qiiando nepos magni Caruli, fortissimus armis, In campo victus, Ganulus cum tradidit Ipsum, Qui revocare tuba dominum sociosque réfutât >.
Il rifiuto di suonare il corno — uno tra gli episodi più caratte- ristici del poema di Roncisvalle — non si riflette, si noti bene, in Turpino. S' ha bensi nel Carmen de prodicione Gnenonis^, che al pari del nostro anonimo si serve del vocabolo « tuba> ». A cotale accordo non attribuirei tuttavia peso alcuno^, quan-
1 . L' identità délia persona si deduce dall' identità dei versi con cui Niccolô è designato a Verona e a Ferrara. V. segnatamente C. Cipolla, Pir la storia d' Italia e de suoi co)iquistatori nel medio evo più antico, Bologna, 1895, p. 603 sgg. Il Cipolla (p. 627, n. i, e cfr. p. 660-62) assegnerebbe i rilievi « al 1130-40 incirca »; ma gli argomenti per la determinazione specifica non riposano su salde fondamenta.
2. Non già, corne fu creduto, il Decano ne un altro monaco di Monte Cassino. V. Ulmann , JJeber die angehlichen Ferfasser des Gedichtes in den Amiales Ceccanenses, nel Neiies Archiv der Gescllschaft fïir altère dentsche Geschichtslnmde, I (1876), 191.
3. Pertz, Scr., XIX, 292; MuRATORi, R. It. Scr., VII, 880. Di queslo passo toccô il Torraca, Nuova Antologia, gennaio 1890, p. 175 (ristamp. in Nucrve Rassegne, Livorno, 1895, p. 172-3).
4. Se ne cerchi il testo qui ncUa Romania, XI, 466 sgg.
5. V. 225 ; e non altrimenti v. 365.
6. Gli è per ragione di consuetudine latina e di chiarezza che s' è portati a dir « tuba » ; e « tuba » chiama pertanto 1' « olifant » anciie Turpino, quando si trova a discorrerne (p. 46 nelF éd. Castets). Che se 1' autore del Carmen più oltrc usa poi « cornu » (v. 460 e 461), ciô non fit se non confermare che in quel « tuba « egli non ha messo nessuna spéciale intcnzione.
CONTRIBUTl ALLA STOKIA DELL' KPOPEA 63
d 'anche dal Caniwn non ci discostasse più ancora che da Turpino la forma « Ganulus '», torse foggiataliberamentesii «Ganellone », fors' anclie riflesso pre/iosamente arcaico di un « G(u)anle », che indarno cerchiamo nei testi francesi pervenuti a noi ^
Siamo andati scorrazzando per ogni parte d' Italia ; e questo stesso scorrazzare è ricco di ammaestramento, dando a vedere come la leggenda epica tosse divulgata dovunque. Seguitiamo il vagahondaggio per fissar gli occhi sulla cronaca faentina di un Maestro Tolosano', che gli atti dell' archivio capitolare di Faenza ci mettono innanzi continuatamente, rivestito délia dignità di canonico, per più di un trentennio, principiando dal 1188 +, e che, colpito da paralisi nel 1219, mori nel 1226. Dentro a questa cronaca c è da raccoglier più cose. Anzitutto un accenno comprensivo. Carlo Magno « Saracenos, qui erant in Germania , Britania, Yspania, modis omnibus flagellavit, et infinitos ad tidem Christi convertit », al termine di un capitolo nel quale mérita pure di essere rilevato 1' acquisto délia Puglia e délia Calabria, sebbene non sia detto a chi si togliessero >. Quindi una brève narrazione « De prelio Pallatinorum apud Runcivallem et obitu eorum » : « Huius siquidem imperatoris Karoli ^ .XII. Pallatini , videlicet Turpinus archiepiscopus
1 . Turpino in certi codici ha Gaiialo -onis, in altri Gaiialonns. V. Paris, in Rom., XI, 487.
2. V. Paris, ib., p. 486. Inesatto cio che qui si legge rispetto ail' -a-. Nei testi latini del secolo ix, al modo stesso corne « Wenilo », abbiamo anche « W'anilo ».
5. Fu pubblicata prima dal Mittarelli, nelle Accessiones bistoriccc Favcnliihe alla raccolta muratoriana degli Scriptores, Venezia, 1771 ; poi dal Tabarrini, nel t. \T dei Document i di Storia Italiana puhUicati a cura délia R. deputa^ioue sugli studi di Storia Patria per le Provincie di Toscana, ecc, quale era stata allestita per la stanipa dall' insigne medico Gio. Batt. Borsieri, a cui il Mittarelli rubo le mosse.
4. Mittarelli, p. 7-8.
5. Accessiones, col. 17-18; Documenti, p. 604. Nel riportare i passi mi tengo stretto quanto è possibile al codice Manfrediano, di cui altri due più recenti, usati ancor essi dal Borsieri e smarritisi poi, mi paiono essere emanazioni. Avverto che conosco il codice solo attraverso ai precedenti editori, non in tutto fra di loro concordi.
6. Un « tempore » o « temporibus «, qui aggiunti, dal Mittarelli il primo, dal Borsieri il seconde , non si posson dire propriamente necessarii, come il Borsieri stesso vede ed avverte.
64 P. RAJNA
Remensis, Rolandus et Auliverius, Guarinus de Anfelice,
cornes G ', Berengarius, Ivus de Avolio, Angelerius et
Saxonundus, Anseis, qui alio nomine dicitur Stultus, Girardus de [Rusijlione ^ et Rizardus Senex, cum infinitas sepissime de Saracenis, Deo iubente, habuissent victorias, anno DGCCXV ' cum Marselio rege Yspanie et eius exercitu, apud Roncevallem, a mane usque sero gravissimum comiserunt prelium. Sed cum Rolandus suo innumerabiles interfecisset gladio tota die4,siti et estu laborans, pretiosam omnipotenti Deo reddidit animam. Auliverius vero et alii fere omnes, martirio coronati, migrave- runt ad Dominum. » E qui si soggiunge altresl : « Dicitur etiam de Karolo quod civitatem Jérusalem, diu a Saracenis detentam, occupasset K » Finalmente, narrandosi délia prima crociata, si riconnettono coll' epopea cavalleresca tre principali eroi délia nuova impresa. Tra coloro che passarono oltremare,
1 . L' iniziale sola riusci leggibile al Mittarelli e a! Borsieri ; e io non so se mai il loro C non fosse un O, in cui sarebbe da vedere il principio del nome « Oto » od « Otto », cioè Ottone : uno de' più stabili nella lista dei Dodici Pari.
2. Al prenome segue nel codice qualche lettera non saputasi decifrare ; indi lione, preceduto da qualcosa che fu stampato a, ma che il Mittarelli (vedansi le note del Borsieri) aveva prima creduto essere un. Data questa lettura, si sarebbe condotti a « Munlione », ossia alla designazione che accompagna presso di noi il nome di Gualtieri; un « Monlione » che trova i suoi anté- cédent! nel codice IV Marciano délia CJmiisoii de Roland, dove abbiamo, v. 740 « leon gualter », v. 743 « Galterlion », v. 22 11 « Gauter leon », e v. 2155 addirittura « gauter da monleu », ed anche in un ritocco del codice d' Oxford, V. 803. (Si esamini il facsimile fotografico, non interpretato esattamente dallo Stengel). Il Tolosano avrebbe in tal caso commesso un errorc. Ma è senza confronto più probabile (per accorgermene mi ci voile un avvertimento amichevole di P. Meyer!) che il codice dicesse nsi, non ini, sichè si ottenga r epitcto legittimo di Girardo.
3. Cosi il Mittarelli; il Borsieri invece « DCCCXI ». Che il dissenso nasca da un errore materiale di lettura, mi par poco verosimile; e perô mi sono indotto a supporre che col « DCCCXI » si sia voluto rimediare, col minor mutamento possibile, a un anacronismo troppo patente e stridente. V. anche p. 66, n. I.
4. La virgola sta meglio qui per un verso; starcbbc meglio dopo « gladio » per un altro.
5. Access., col. 21-24; Dociiiii., p. 604-605.
CONTRIBUTI ALLA STORIA DELl' EPOPEA 6)
troviam detto, « très inventi sunt ccu stelle fulgentes, quorum primus est dominus Balduinus, qui de proienie Karoli dicebatur; secundus Gotefredus de Bulglone, qnem ultramontani de stirpe Auliverii esse dicebant; tertius Abuiamons, qui de semine Guilliclmi de Orenga ab omnibus existimabatur '. »
Questi racconti scemercbbero per noi alquanto d' intéresse, se il Tolosano, giusta un sospetto ben naturale passato per la mente del Mittarelli ^, fosse nativo di Tolosa; dove ciô che abbiam visto délia vita sua non impedirebbe che egli avesse trascorso, nonchè la fanciullezza, anche 1' adolescenza, prima, poniamo, di venirsene agli sîudi a Bologna 5. Ma per me credo ben più pro- babile che « Tolosano « fosse il nome suo proprio , come se n' incontrano tanti e tanti délia medesima specie, e che la ragione del portarlo sia da ritenere più remota. Che se al dominio provenzale converrebberole forme « Auliverius »e« Marselio», esse non convengono meno al romagnolo ■*. E nonchè for- nirci tracce, che si sarebbe certo in diritto di aspettarsi, di un' origine straniera, 1' opéra s' inspira a sentimenti taentina- mente patriottici, e vi si usa, come s' è visto dianzi, il vocabolo « ultramontani » per designare (nessun dubbio quanto a ciô) i « Gallici » >.
La specificazione cronologica che accompagna il racconto del fitto di Roncisvalle suscita un certo sospetto che il Tolosano, anzichè direttamente dalla tradizione epica, prendesse i ragguagli
1. Access., col. 17-21 ; Dociiui., p. 614.
2. P. 4 : « Non requirimus, an ex urbe Tolosa oriundus foret... »
3. Si noti ch' egli ha il titolo accademico di « Magister )>.
4. Per « Auliverius » (di « Marselio » è fin superfluo il parlare) mi conten- terô di aJdurre ad esempio « Auliverio » in carte faentine del 1184 e 1192 (Mittarelli, Access., col. 454 e 457); « Aulivarium « e « Taudeschis >•> negli Annales Cacsenates {R. It. Scr., XIV, 1117 e 11 36).
5. Non mi fonderô invece punto suUa notizia délia malattia del Tolosano quale è data dal suo continuatore : « Anno Domini .MCCXVIIII. compiiator libri huius, magister Tolosanus nomine, sancte Faventine ecclesie diaconus, dum ad mensam cum fratribus cibum sumeret, nostris exigentibus meritis, paralisis rnorbo percussus, cum sensu loquelam fere amissit « {Access., col. 159-60; Docuni., p. 708). In quel « fratres » non vedo gicà dei « fratelli » in senso carnale, bensi dei « confratelli », cioè degli ecclesiasiici coi quali il Tolosano convivesse. Cfr. Fantuzzi, Mon. Ravcnn., VI, 24 e 34).
Roman ta, XX^I. )
()G p. KAJNA
da Lina scrittura ' : una scrittura tuttavia che ragioni generiche, suffragate altresî dalla forma « Avolio » in cambio di « Ivorio », porterebbero a ritenere pur sempre nostrale ^. Curioso rispetto ad « Avolio » il suo esser ridotto a far da epiteto ad « Ivo ». La strettissima fratellanza tra i due personaggi ha qui messo capo ad una fusione, che palesa un difetto di dottrina cavalle- resca, solo in parte scusato dal trattarsi di figure prive di rilievo. Considerando questo difetto sono portato a supporre il « Guarinus de Anfelice » conseguenza di una confu- sione duplice : quella del « Gerin » délia Chanson de Roland col « Garin de Anseune » del ciclo narbonese % e quindi di « Anseune » città con a Anfelix » eroina del Foulque de Candie 4. Ed ecco scaturire di qui una testimonianza per la précoce divulgazione di questo poema ^. Quanto ail' identificazione , stranissima in apparenza, di « Anseis » con « Stultus », cioè con « Astolfo » (Turpino « Estultus », testi fr. « Estolts », « Estoults », ecc), ha forse ragioni profonde, sebbene non chiare ^.
1. Si consideri corne in Goffredo da Viterbo 1' impresa di Spagna occupi r ultimo posto tra i fatti di Carlo, precedendo immediatamente la successione al trono di Lodovico, che si assegna ail' 815 (Pertz, p. 225); e si confronti anche Turpino , dove similmente la morte del grande imperatore tien dietro « Post exiguum... tempus ». Cio che h abbiamo ci si rappresentà dunque corne una specie di anello intermedio tra la datazione determinata e 1' epopea, che al tempo délia dolorosa disfatta rappresentava Carlo siccome assai vecchio. Son blanchi i suoi capelli, è bianca la barba, e di lui dice Marsilio, « Mien escient dous cenz anz at passet » {Ch. de R., v. 524).
2. « Ivorius » ncUa Cronaca turpiniana, « Ivorie » (nel v. 1895 del testo d' Oxf. « Yvoeries »), abitualmente almeno, nei testi francesi schietti, e •anche (propr. « Yvoire ») nella cosiddetta Prise de Pampehiiie (v. 1504,
15 17, ecc). Che « Avolie « abbia il cod. IV marciano délia Ch. de R. nel V. 1186 (ma V. 2013 « Yvoire », 2538 « Yvoires »), è cosa tutt' altro che anomala.
3. 11 « Guarinus » da solo non sarebbe ncmmeno da rilevare, quan- d' anche non ci présentasse talora « Garin » più di un nianoscritto délia Ch. de R. in forma rimata : Foerster, Dus aJtfr. Rolandslied , Text von Paris, ecc, p. 64, 65, 122.
4. In se stessa 1' intrusione di personaggi spettanti a questo ciclo c un fatto notoriamentc comune a Turpino.
5. Cf. Paris, La iHter.fr. au moyen d^e, p. 70.
6. La spinta si direbbe venuta dallo studio di conciliare detcrminazioni diverse c di assicurare ad Astolfo un posto (ra i dodici pari. E qui pute
CONTRIBUTI ALLA STOIUA DELl' EPOPEA d']
Dissente dalla tradi/ione piïi antica X inclusione di « Riçardiis » nella schiera dei pari; ma consente con essa 1' cpiteto di « Senex » chc gli è dato '. Per « Saxonundus » il dissenso sarà solo alla superficie, sembrandomi assai probabile che sia da ravvisarvi « Sanson ». Porrô termine a queste osservazioni col rilevare come la morte di Orlando avvenga, par bene, « siti et estu », conformemente per ciô che spetta alla sete (il caldo non ne è che una specie di complemento) con una tradizione assai divul- gata, che trova una certa quale corrispondenza in Turpino-.
Non molto posteriore alla cronaca del Tolosano è un succinto trattato di governo scritto in servigio degli uomini di médiocre coltura chiamati ail' ufficio di podestà, che s' intitola curiosa- mente Ocuhis pasloralis , pascens officia et continens radium diilci- bus poniis suis 3. Lo trasse in luce il Muratori 4, cavandolo, più che monco e malconcio, da un codiceappartenente ail' Argelati, donde egli aveva cavato di già il De ohsidione Anconae di Boncom- pagno, e nel quale si contenevano questi due scritti soltanto '> .
rischierebbe di esserci di mezzo una caratteristica , che prese consistenza segnatamente in Italia (V. Propiignat., vol. IV, pe 2^, p. 83-85). Ma è da notare altresi che hi dove nclla Ch. de R. la brigata dei pari si viene racco- gliendo la prima volta, il codice d' Oxford, v. 796, dice, « Et vint i astors et anseis li veillz » (Ven. IV, v. 755, « Sanson li dux et anseis li fier «); dove queir « Astors », associato, come si vede, precisamente con « Anseis », mi fa ancora pensare ad Astolfo, a quel modo che mi ci fece pensare più di vent'an- ni ta (Trop., l. cit.'). — A chi, fondandosi sopra una indicazione mia pro- pria (ih., p. 84-5), fosse tentato di ravvicinare in qualche modo coll' Anseis del Tolosano « lo Sciocco Guglielmieri » délia Rotta , sono in debito di far avvertire che costui in qualche luogo del poemetto è chiamato invece « el fil Schot ».
1. V. il testo d' Oxf., v. 171, 3050, 3470; e cfr. Ven. IV, v. 3238 e 3639. Tra le redazioni francesi seriori ha « Richars li Viex » in un luogo il codice parigino (Foerster, op. cit., p. 170). Che questo sia 1' unico esempio, non assicuro nient' aff"atto.
2. V. Paris, Hist. poét., p. 273, n. 4; Propugn., t. cit., p. 73-74.
3. Cfr. la Régula pasloratis di Gregorio Magno. Quanto al radium, mi suscita ben gravi dubbi. Ho pensato a radicem senza sapermene appagare.
4. Ant. It. M. Ae., Diss. xlvi ; t. IV, 95 sgg., nell' éd. originaria.
5. Il codice è assai probabilmente da riconoscere in uno ora a Cheltenham, pervenutovi poco meno probabilmente dalla dispersa biblioteca Archinto. V. Gaudenzi, s alla cronologia délie opère dei dettatori bolognesi da Buoncompagno a Bene di Lucca, nel n° 14 del Biillettino deW Istitiito Storico Italiaiw, p. 90.
68 p. RAJNA
Coiale associazione gli suscitô un vago sospetto che autore deir opéra potesse forse essere Boncompagno medesimo. Il sospetto troverebbe un conforto nella cronologia; dacchè, se non si capisce corne mai il sommo erudito modenese abbia posto determinatamente la composizione dell' Ocidus « çirciter Annum Christi mccxxii. », sta il fatto che il passo su cui egli si fonda ci porta al tempo in cui teneva 1' impero Federico II (2onov. 1220 — 13 die. 1250) ', e perôad un periodo in cui del- r operosità letteraria di Boncompagno vengono ancora ad esser compresi quindici anni almeno. E giudicando in digrosso, V opéra parrebbe convenire a lui assai bene. Esaminate tuttavia le cose da vicino, il più récente illustratore délia vita e degli scritti del grammatico da Signa, Augusto Gaudenzi, giudica che r ipotesi sia da scartare per via di dissensi con altre opère colle quali VOculus verrebbe ad avère comune la paternità -. Délie osservazioni messe innanzi dal sagace professore dell' Univer- sità di Bologna, molta parte cade e prende anche un aspetto opposto, se si pon mente al prologo da cui l' Oculiis è prece- duto 5 ; ma qualcosa rimane ; e sta poi soprattutto la mancanza di ragioni positive specifiche su cui la congettura possa fermar bene il piede. Questa pertanto non ha di sicuro che un grado
1. Allargata a questo modo, la datazionc è stata accolta, e suffragata con un argomento suo proprio, dal Gaudenzi nello scritto citato, p. 116. Solo, egli pone il seconde limite al 1245, ossia al tempo délia deposizione di Federico nel concilio lionesc ; limitazione che puo allegare per se I' « ad reverentiam et timorem Ecclesiae sanctae Dei » da cui T « et gloriosissimi Domini nostri F. Romanorum Imperatoris Augusti » è preceduto, ma che non mi pare propriamente sicura, considerato altresi che si fo omaggio alla Chiesa, non al Pontefice (cfr. Gaudenzi, p. 117, n. i). Qiianto alla possi- bilità da taluno afifacciabile che 1' iniziale « F. » sia stata surrogata ad un' altra da qualche lettpre o trascrittore per mettere il testo d' accordo colle condizioni del présente, ha contro di se il nuovo argomento che il Gaudenzi ha scovato, posto che esso regga, cd anche, se non erro, ragioni d' indole più générale.
2. Nelle pagine p. 115-117 del lavoro indicato. Dal SnxXQX, AiisLchcn iiini Schriflen des Magiskrs Boncompagno, Freiburg i. B. u. Leipzig, 1894, V Oculus non è preso in considerazione.
3. Che stile e lingua siano più semplici di quel che portano le abitudini di Boncompagno, non è una ragione allegabile contro 1' attribuzione, mentre nel prologo è detto, « stilo clariori et simplici dictamine fungar ; quoniam
CONIRIBUTI ALLA STORIA DELL' EPOPEA 69
assai tenue di probabilité, conformemente del resto colle inten- zioni del Muratori stesso, al quale cssa non impedl di scrivcre sul frontespizio spéciale deir i)iiihis « Anonymo Auctorc ». E torse anche il poco chc ora io devo lasciar sussistere, sarà spazzato via da un' indagine veramente accurata, délia quale, in pari tempo che di una nuova e più corrctta edizione, 1' opéra è ben meritevole '.
Motivo di dar qui luogo ail' Oculus pastoral is c un passo di un discorso che nella « Sexta divisio », c. i, è messo sulla bocca di un giovane desideroso diguerra. Il passo è scorretto, corne il rimanente; ma si pu6 rabberciare colla certezza di non alterarne il senso, ancorchè con grave pericolo di non riprodurre proprio il dettato dell' autore. « Ecce, illorum quos flima probos prédicat armis, post transitum naturalem memoria vivit, nec dépérit nomen ipsorum in secula, sicut poetarum manifestant historié, et Francigenarum commendatorum vulgaris idioma describit in diversa volumina diutius diffusa per orbem, quibus utriusque sexus gratulantur corda nobilium et aliorum; que cum legun- tur a lectoribus vel recitatoribus, [accipiuntur ab auditoribus] auribus intentis et animo diligenti ; et que alias quomodolibet literati perlegunt per se ipsos » -.
Efficace questa rappresentazione, che ci pone innanzi gl' ita-
simplicitas est arnica laicis rudibus et modice literatis, ad utilitatem quorum... sequentia componuntur ». Da considerare anche la dichiarazione dell' autore di scrivere « rogatus, quasi invitus », che sarebbe atta a render conto di certe differenze tra le vedute spontanée di Boncompagno, e quelle che nell' Oculus erano, si puô dire, imposte dal soggetto.
1 . Che un' indagine siffatta non riesca a designarci 1' autore, poco impor- tera, purchè determini meglio la questione dell' ambiente a cui ci s' abbia da riportare. Il Gaudenzi vorrebbe che fosse pur sempre Bologna, e la Bologna del 1240 air incirca. L' idea trova un certo ostacolo nell' imperiahsmo che apparisce sulla fine, disgraziatamente lacunosa, délia « Quarta divisio » : uno dei tratti sicuramente su cui saranno da fissar bene gli sguardi.
2. Oltre al supplemento chiuso tra parentesi quadre, sono correzioni mie « lectoribus » (Muratori « Rectoribus ») ; « que cum leguntur » (Mur. « qui inde leguntur »), dove il « cum », se ci si riporta al compendio suo e di ciô a cui si surroga , non è punto licenzioso come ne ha 1' aria ; « que alias » (Mur. « qui alias »). « Vulgaris » in luogo di « vulgare » ho rispettato ; ma dubitando forte che qui pure la colpa sia d' un' abbreviazione. Riguardo a « commendatoruin », V. la nota seguente.
70 p. RAJNA
liani delhi prima meta del dugento , uomini e donne, nobili e popolari, attnitti ed avvinti dalle narrazioni délie prodezze guerresche. E non è dubbio per me che col « Francigcnarum commendatorum » s' intende di alludere anzitutto alla materia epica francese '. « Lancilotto, Tristano e gli altri erranti », siano pur prodi quanto si vuole,son troppo impigliati negli amori , troppo dediti aile avventure , troppo poco alla vera guerra, perché possano rispondere aile condizioni d' animo di chi è qui introdotto a parlare. Gli è nelle mani oziose dei Paoli e délie Francesche e di chi corne loro ha sete di piaceri, non in quelle di chi anela ai campi di battagUa, che noi dobbiamo aspettarci di trovare i romanzi che ne contano i casi. Confer- merà quest' idea il non vederne menzione in un noto passo deir opuscolo De iis que sunt necessaria ad stahiJhnentum castri teinpore obsidionis, ecc, attribuito ad Alfonso X di Castiglia e certo spettante suppergiù ail' età sua ^, che puô opportunamente paragonarsi col nostro. Bensl il confronto verra a rafforzare r idea, già anche senza di esso da accogliere, che insieme colle Chansons de geste vere e proprie sia da pensare ad altre materie, e segnatamente al ciclo dell' antichità. Il vero o supposto Alfonso menziona le storie di Alessandro; e noi aggiungeremo quelle almeno di Troia e di Cesare. Ma poichè le Chansons de geste vogliono ad ogni modo il primo posto, è notevole che già alla mente dell' au tore dell' Oculus pastoralis ancor esse si pre- sentino dunque sotto la forma di « volumina « \ che chi sa poco o tanto di lettere legge da se medesimo.
1 . Mi resta invece una dose di dubbio non piccola, se il « commendatorum » non fosse mai da correggere in « commentatorum », suscettibile, considerati bene i significati che « commentor » aveva anche nell' età média, di essere preso corne sinonimo di « inventor », e perô di « trouvère ». Dato clie si scrivesse « commentatorum », « Francigenarum » non potrebbe aversi in conto d' ahro che di un aggettivo accordato con esso; e taie, per via délia collocazione , io credo di doverlo ritenere quand' anche ci si tenga paghi di (' commendatorum » , nonostante la spinta che a farci vedcr qui dei « com- mendatores Francigenarum » tenterebbero di dare i « cantatores Françigino- rum » del decrcto bolognese famoso che menzionerô anch' io tra poco.
2. V. MilA, Poes. her.-pop. ccist., p. 536, e cfr. la nota 9 a p. 35 del t. XVIII di questa stessa rivista.
3. Anche per questo rispetto il passo del trattatello De iis, ecc, riesce un paragone giovevole.
CONTRIBUTI ALLA STORL\ DHLL EPOPEA 7I
Più oltre d'i cosi non c opportuno avanzare. Raccoglierô tuttavia, perché appunto qucsti « volunîina » non generino idée false sul modo corne le cosc procedevano solitamente, la men- zione, fatta conoscere di récente da Nino Tamassia, che nel commento di Odofredo al Codice conseguono, sebbene per ragione non punto lusinghiera, gli « orbi qui vadunt in curia communis bon[oniensis] et cantant de domino Rolando et Oliverio » '. La testimonianza non è suscettibile di una data- zione précisa; ma puo mettersi verso il 1260 -; ossia, come qui stesso fu già detto dal Paris ', précède di un trentennio quella consimile délia deliberazione famosa citata e ricitata infinité volte, che io ricordo specialmente per divulgare la notizia che essa non è già del 1288, bensî del 1289, e precisa- mente dell' ultimo di novembre 4-. E per eccezione spingerô il capo anche nel secolo successive, si da raccogliere certe parole di Albertino Mussato, aile quali appunto la data relativamente tarda, e insieme poi 1' uscire dalla bocca di uno tra gl' inizia- tori del rinnovamento classico, conferisce una spéciale significa- zione. Vero che Albertino non parla in nome proprio. Sono i suoi confratelli notai che per indurlo a scendere dalle sue altezze e a degnarsi di ritrattare in versi, con forma piana, da riuscire, in pari tempo che gradevole, intelligibile a loro e ail' altra gente infarinata appena di lettere , i fatti dell' assedio che negli anni 13 19-1320 Padova aveva sostenuto da Can Grande e vitto- riosamente respinto, gli rammentano « solere etiam ... amplis- sima Regum gesta, quo se vulgi intelligentiis conférant, pedum syllaharumque mensuris variis linguis in vulgares traduci ser-
1 . Odofredo, in Atti e Memorie délia R. Députa:^, di Storia pat. per le Prav. di Roniao-iia , série y, XII (1894), 375. Ecco il passo tutto intero nella lezione data dal Tamassia, da me non potuta sottoporre a riprova : « Undc domini ioculatores qui ludunt in publico causa mercedis , et domini orbi qui vadunt in curia communis bon. et cantant de domino Rolando et Oliverio, si pro precio faciunt, sunt infâmes. » Sarei curioso di sapere chi mai tra costoro lo facesse altrimenti che « pro precio ».
2. Ib., p. 192.
3. XXIV, 160.
4. Fl. Pellegrini, // Sei-veiitese dei Lanibertaiii e dei Gereiuei, negli Atli e Mcwo/à'citati, stessa série, IX, 90-91, in nota. E qui si troverà per la prima volta anche il testo propriamente esatto délia provvisione.
72 p. RAJNA
mones , et in theatris ' et pulpitis cantilenarum modulatione proferri » ^ Ma Albertino mostra anche col fatto di dar peso air argomento; e cosi il suo poemetto \ per quanto diuorme dalle Chansons de geste, vien corne ad esserne un prodotto, a quel modo che dalle Chansons de geste veniva ad essere fomentato il desiderio di un' esposizione poetica nell' animo de' suoi supplicatori.
Taie la condizione che ci si oftVe in Padova nel 1322 't. Altrove il gusto aveva camminato di più, e la materia di Francia era già venuta a noia. Per eccitar gli animi potranno anche servire, « ubi non omnino sunt vetera, que scribuntur de Tabula et de Hector et aliis, dummodo vilitates Cornwallensium
1. Su questo « theatris », che richiamerà alla mente di parecchi un certo passo citato in addietro da quanti parlavano dei primordi dell' epopea caro- lingia in Italia ed ora sfatato (v. Rom., XVI, 614), ci sarebbe da discorrer parecchio. Ma volendo esser brève, mi limiterô, a dire concisamente come « theatrum » abbia qui, o il significato ben noto per il medioevo di piazza destinata ai mercati e ad altre adunanze (v. Du Cange, s. v., e Fumagalli, Aiiticliità longdbardico-mitanesi , I, 165 sgg.), oppure, e forse meglio , quelle di « suggestum », « impalcato », col quale occorre presso Landolfo il Giovane {R. It. Scr., V, 499 e 500-501 ; Pertz , Scr., XX, 39). Posta la seconda interpretazione, penserei che quel duplice « in theatris et pulpitis » non sia da attribuire a niera esuberanza oratoria. « Theatrum » designerebbe, come presso Landolfo , un impalcato capacc di moite persone ; « pulpitum » qualcosa su cui potesse starne una sola o poco più, come suole avvenire per il pulpito délie chiese.
2. R. II. Scr., X, 687.
3. Che i tre libri poetici a cui va innanzi il proemio donde son tratte le cose e le parole riferite, ben lungi dall' essere parte intégrante dcl De £[cslis Itaticorum post Henriciun Caesarcm, come si credette fino a poco tempo fa, costituiscano un poemetto spéciale, dove si rimaneggia ed amplifica una materia che Albertino aveva già esposto nell' opéra prosaica, fu messo in chiaro da M. Minoia (Dt'//rt Vita c dclJc Opère di Atbertino Miissato, Roma, 1884, p. 193 sgg.), ritrovatore di sette nuovi libri del De gestis , e fra essi di quello in cui il poemetto trova corrispondenza.
4. Gli ultimi due versi provano bene che la composizione è anteriore alla notizia délia sconfitta e cattura di Federico d' Austria per parte di Lodovico il Bavaro (28 sett. 1322); c impediscono di riportarla al 1521 1" andata di Albertino a Federico stesso, la precedenza dclla narrazione prosaica, e r insistenza di cui ci fu bisogno (« Percontamini me frcquens », ecc.) perché il desiderio de' notai fosse assecondato.
»
CONTRIBUTI ALLA STORLA DF.LL EPOPEA 73
(Jcrclinquas, Tristaniim proptcrca non obmittcns. De paladinis autcni loqui hodic \idctur exosuni ; iicc niultum cam Icctura gcstULim Guillelmi de Auringia et similiuiii, quorum fabule tam apcrta fingunt inendacia. Novitates tamen palatii domini Guillelmi adhuc iiidicant magna fecisse. » Cosi Francesco da Barbcrino , notaio ancor egli, nel Commente ai Documenti d' Aniore \ Che questo passo rispecchi tuttavia il gusto che prevaleva in Firenze negli anni che tennero dietro ail' esilio di Dante — di quel Dante da cui, come accadde di rammentare^, ebbe un posto segnalato nel cielo lo stesso Renoart au Tinel — , mi par difficile, Gli è ben piuttosto a un' ispirazione proven- zale che queste parole, scritte verosimilmente in Provenza ', oppure, quando cio non fosse, dopo la dimora in quelle parti ^, vogliono essere attribuite >. Del resto quand' anche e in Toscana e in tutta Italia alla genre colta Roncisvalle, Aspramonte, Mon- talbano, fossero venuti a parère vecchiumi, il popolo, saldo sempre ne' suoi amori, non si lascio smuover per nulla. E cosi seppe tener viva e prosperosa 1' epopea, fino a che, un secolo e mezzo dopo, r arte, fissandola in volto, la riconobbe degna di miglior sorte, e, abbigliatala con non più usate eleganze, la introdusse di nuovo nelle corti, e inalzô per lei de' palagi, di cui il rina- scimento non vide altri più splendidi.
Pio Rajna.
1. Thomas, Francesco da Barhcrino et la Littér. pro-v. au moyen âge en Italie, r- 173-
2. V. p. 39.
3. V. Thomas, p. 71.
4. Si badi a quel che è detto del « palatium » di Guglielmo.
5. Si ponga mente anche alla differenza tra il « loqui videtur exosum » che si adopera per i paladini, e il « nec multum cara lectura » per gli eroi méridional!.
\'ERSION NAPOLITAINE
D'UN TEXTE CATALAN
DU SECRETUM SECRETORUM
Cette version et le manuscrit italien 447 de la Bibliothèque Nationale qui la contient, bien qu'ils soient connus et aient été signalés à diverses reprises, réclament encore une étude atten- tive dont je voudrais a 1 moins fournir les éléments à de plus versés que moi dans l'histoire littéraire napolitaine. Il importe en premier lieu d'arrêter la circulation d'erreurs assez nom- breuses qu'a commises Marsand", en décrivant le ms. 447, et dont quelques-unes seulement ont été rectifiées, d'une part par M. L. Delisle % de l'autre par M, E. Pèrcopo ' (d'après une communication de M. Couderc).
Après avoir parlé d'un autre ms. du même fonds italien, n° 917 (ancien 7728), l'un de ceux qui portent au dernier feuillet la marque gra senescarco, et dit qu'il renferme le même ouvrage, c'est-à-dire le Secretum secretoriim, et la « même traduc- tion » que le n° 447 (ancien 7729), Marsand passait à la description de ce dernier volume : « il traduttore ch' è un « Giovanni Cola dice che dal greco fu essa (opéra) dapprima « posta in ebraico; che indi dall' ebraico fu trasportata in « latino; da questo in lingua catalana ; ed in fine per lui « Giovanni in vuJgare italiano. Creda chi puô cotali asserzioni. » Puis, pour caractériser le dialecte du traducteur, il continuait en ces termes : « Sembrami proprio la volgare anzi la plebea
I. I manoscritli ilaJiani deUa Regia Bihlioteca parigina, Paris, 1835, t. I,
P- 75-
2. Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Impériale, t. I, p. 228.
3. La prima imituT^ione delV Arcadia , Naples, 1894, p. 9. Je dois à son auteur la connaissance de cet intéressant travail.
VERSION NAPO FAINE
D'UN TEXTE ATALAN
DU SECRETUM SEC TORUM
Cette version et le manuscrit itali Nationale qui la contient, bien qu'il'- signalés à diverses reprises, réclame; tive dont je voudrais ai moins fou; versés que moi dans l'histoire littér en premier lieu d'arrêter la circula breuses qu'a commises Marsand', e' dont quelques-unes seulement ont é M. L. Delisle% de l'autre par M. communication de M. Couderc).
Après avoir parlé d'un autre m^ n° 917 (ancien 7728), l'un de cei feuillet la marque gra senescarco, et ouvrage, c'est-à-dire le Secretum secre. tion » que le n° 447 (ancien 77' description de ce dernier volume « Giovanni Cola dice che dal grecc « posta in ebraico; che indi dall' « latino; da questo in lingua ca « Giovanni in vulgare italiano. Creda Puis, pour caractériser le dialecte d en ces termes : « Sembrami propri
447 de la Bibliothèque oient connus et aient été encore une étude atten- ir les éléments à de plus e napolitaine. Il importe jn d'erreurs assez nom- décrivant le ms. 447, et rectifiées, d'une part par . Pèrcopo ' (d'après une
du même fonds italien, qui portent au dernier : qu'il renferme le même um, et la « même traduc- ), Marsand passait cà la « il traduttore ch' è un u essa (opéra) dapprima braico fu trasportata in ana; ed in fine per lui lii puô cotali asserzioni. » traducteur, il continuait la volgare anzi la plebea
I. I manoscritti italiani deJIa Regia Biblicca parigina, Paris, 1835, t. I,
P- 75-
2. La Cabinet des mamiscrits de la Bibliotlh e Impcriak, t. I, p. 228.
3. La prima imita:^ione delV Arcadia, N;:es, 1894, p. 9. Je dois à son auteur la connaissance de cet intéressant traiil.
RÎT
m
k
'îî
«
\
V
\4t/
i^^ \
TEXTE CATALAN DU SECRETUM SECRETORUM 75
« niipoletana ; cio clic io deduco altresi dalla seguente sottoscri- « zione , che sta in fine del codicc : Qusto mûsco scrpto et « racopato pcr me Gioane Cola de le muro de Napoli ano « Dno MCCCCLXXVIIII. » On se demande comment un érudit de la valeur de Marsand a pu accumuler tant d'inexactitudes en si peu de lignes : il faut croire qu'il aura rédigé cet article de son catalogue sans avoir le ms. sous les yeux et d'après des notes prises un peu trop à la hâte.
Parlons d'abord du texte transcrit dans le ms. 447. Ce texte est une version italienne du Secretum secretoruni tirée d'une autre version catalane. Pourquoi douter de la véracité du tra- ducteur qui nous affirme avoir traduit du catalan? H. Knust s'est déjà étonné des réserves de Marsand ^ Il a eu bien raison, et j'ajouterai qu'il serait permis sans doute de suspecter un traducteur du moyen âge déclarant qu'il a mis en vulgaire un ouvrage hébreu, grec ou arabe, la connaissance de ces langues n'étant point alors chose commune; mais traduire du catalan : la belle affaire ! Qui aurait jamais eu la pensée de se vanter indûment d'une telle prouesse? Donc, si le traducteur italien dit qu'il a suivi un original catalan, c'est qu'il l'a suivi en effet. On pourrait objecter, j'en conviens, que les Italiens du moyen âge n'ont jamais fait d'emprunts à la littérature catalane, qu'ils ignoraient ou méprisaient, — quoiqu'àla vérité on connaisse au moins un ouvrage catalan traduit en italien % — mais il s'agit ici précisément d'un cas tout à foit exceptionnel et dû à une cause fortuite, comme nous l'apprennent et la dédicace du traducteur et son « congé » à la fin du volume, morceaux qui, s'ils avaient été intégralement et exactement publiés par Marsand, auraient convaincu tout lecteur de bon sens, et Marsand le premier, de la parfaite sincérité du volgari:;^:(aton' : je les repro- duirai tout à l'heure aussi fidèlement que possible. Auparavant, il fiiut montrer par un autre argument que le Secreto italien procède bien d'^un Secret catalan; j'entends qu'il faut simplement comparer la version italienne à l'original dont elle se dit issue.
1. Jahrhuch fiïr romanische und englische Literatnr, X, 164.
2. Les ordonnances palatines de Pierre IV d'Aragon (ms. de la Bibliothèque Nationale, Italien 408). Cette compilation n'appartient pas, il est vrai, à la littérature proprement dite : la traduction en italien de cette étiquette est due aux circonstances politiques qui ont établi à Naples le régime aragonais.
76 A. MOREL-FATIO
Nous possédons au moins trois mss. du Secret catalan; l'un est à Oxford ', les deux autres à la Bibliothèque Nationale de Madrid. Aucun n'a été intégralement publié ; mais M. J. Massô Torrents- a donné d'un des mss. de Madrid des extraits qui nous permettent d'instituer cette comparaison et d'en tirer des conclusions auxquelles, je l'espère, chacun s'associera.
Texte catalan Texte italien
(Madrid, Bibl. nac, ms. L. 70) (Paris, Bibl. nat., ms. ital. 447)
Letre \deT] qui aqiiest ÎUbre trcshda Lictra ik qtcillo que quisto libro copiao
de arahich en lati, la quai trames al de hahrayco in latino, lo quale tramesse
hishe de Tripoli , la ténor de la quai es a lo episcopo de Tripuli, lo tînore de (sic)
aquesta : quisto :
Al senyor molt excellent e en la A lo mio singnore multo excelente creença de la religio christiana molt et nela credencza de la religione cris- fervent, mon senyor en Grido vero, tiana multo feruente, myo signore de la ciutat de Valencia nadiu e de la Incrido vero, de la citate de Vallencia gran ciutat de Tripol de Siria glorios nato et de la grande citate de Tripuli bisbe e prélat, Phelip, lo menor dels de Soria uiscopo et perlato, Felippu,lu seus clergues, si mateix ab feel devo- menore de li soy eclerici, de se mides- cio a tots sos manaments profereix e simo cum bono (sic) deuocione a tucti présenta. soy comandamenti proferto et présente.
Senyor, aytant quant la lluna sobre Signore, tanto quanto la luna de
les stèles es pus Huent e lo raig del sol supra li altre stille e piu lucente et lo
de la luna pus clar e fulgent, aytant rayo de lo sole supra de la luna piu
la claritat del vostre engeny e enteni- chiaro et furigente, tanto e la claritate
ment e la pregonesa de la vostra scien- de uostro ingengnu et intendimentu
cia de sa mar et de lia mar als barbres et la profundecza de la vostra sauiecza
e als llatins sobrepuja. E no es negu de questa mare e de ipâ (sic) mare a
qui saviament en aquesta sentençia li barbari et a li latini supra poia. Et
pogués contrestar ne contradir; car non enixuno que sauiamcnte in questa
coni lo donador de les gracies, del sentençia poccza contrastare ne con-
qual tots los bens venen e proceexen, tradire; che como lo donatore de li
als seusamatssingulars dons e gracies gracii, del quale tucti béni venino et
de totes les sciençies aja infusos e procedino, a li soy amati particularii
donats, car en tu totes plegades les doni et gracie haia donato , pero que
gracies dels sants son atrobades : en in tu specialmente li donni et le gracie
1. Voy. A. Mortara, Catalogo dei manoscrilti ilaliaui che solto la dcnoiniua- :{ione di codici canoniciani italici si conservano nella biblioteca bodleiana di Oxford, Oxford, 1864, p. 290.
2. Manuscrits catalans de la Biblioteca nacional de Madrid, Barcelone, 1896, p. 61 et suiv.
TEXTE CATALAN DU SECRETUM SECRETORUM 77
tu es atrobada la puritat de Noc, la de tuctc li scencie aia infusi et doiiato
feeltat de Abraani, la confiança de che in tu tucti plicati li gracie de li
Vsach, la llargoesa de Jacob, la soti- sancti sonno trouati : in te e atrouato
rença de Moyses, la fcrmetat de Josue, la poritate de Noe , la fedelitatc de
la perfeccio de Eliseu , la benignitat Abramo, la confidancza de Isac, la
de Daviu, lo seny de Salamo, la pacien- largueccza de Jacobo, la sofferencza de
çia de Jop , la castetat de Daniel, la Moyses, la firmitate de Josue, la per-
parlaria de Ysayes, la perseveranza de ficcione de Aliseo, la bengnitate de
Geremies, ab totes les altres virtuts Dauid, lo sinno de Salanione, la pa-
dels sants, en tu plenariament habiten. ciencia dejopo, la castitate de Adaniel,
Tu encara en les sciençies est molt la parola de Isaya, tucti li altri vertuti
letrat, en Uibres devinais e morals de li santi ne la tua plenariamente
molt informat. E perço digne cosa es abitano. Tu hancora ne li sciencie
que la vostra clemencia lo llibre de la multo lecterato, in libri eclesiastiqui
présent obra haja, en la quai casi de multo informato, in libri diuinali et
totes sciençies alguna cosa util e pro- morali multo informato, et perczoque
fitosa e[s] sumariament contenguda. la vostra clemencia lo libro de la pré- sente opéra haia ne la quale quasi de tucti scentencie halcuna utilitate et profectuosa cosa e summariamente contenita.
Com, donchs, senyor, vos e yo fos- Como vuy, signore, et yo fussimo
sem en Antioxia e aquesta preciosa ad Antiochia et questa preciosa perna
perla de philosophia haguessem tro- de philosofia auissimo trouata, piaccze
bat, plagué a la vostra senyoria que la ad vostra signoria que la supradicta se
sobredita se tresladas de lengua ara- copiasse de lingua abrayca in latina... biga en llatina...
Lo prolech de la llaor de Aristotil : De lo prolico del laudo de Aristo-
taly.
Deu tôt poderos , guart lo nostre Deu tucto poteruso, guarde lo nos-
rey, gloria dels creents, e conferm lo tru re, grolia de li viuenti, et contîr-
seu reaime de guardar e servar la sua me lo suo reame ad gardare et seruare
ley divinal e façal perdurar ab exalta- la sua lege deuinale et lo faccza per-
ment e llaor de tots bens. durabeli in xalczamentu de honore et
in laudancza de tucti béni.
Yo, seu seruent, he cercat aquest Eu, lo suo seruente, aio circato
llibre, lo quai es apellat secret dels aquisto libro, lo quai fichie et con-
secrets, loqual feu et componé Aristo- puse Aristotali, figlio de Nitomasi de
til, fin de Nichomach de Macedonia. . . Medecina. . .
Lo prolech de Johan qui trasiladâ Lo prolico de quello que copiao lo
aquest llibre : regu... de aquisto libro dicto Johanne.
Yo, Johan, fill de Patrici, gran tor- Eu, Johanne, figlio de Patrice,
simany de totes lengues, no lexî Uoch grandy turchiemanno de tucte lingue,
ne temple en lo quai los antichs phi- non lassay locu ne templo in lo quale
78 A. MOREL-FATIO
losophs staven e abitaven que no cer- li antiqui philosofi staiiano et abitaua-
quas ni savi negu que yo cregues no que non circasse ne sappe nixuno
haver noticia de les scripturesantigues que yo credisse auere noticia delli
que yo nol visitas, e tant e tant çerqué scripturi antique che yo non lo vesi-
fins que vengué a l'oracle del sol, lo tasse, e tanto sequiui intro (?) che
quai edifichd e construy Sculapides, nixuno (sic) al horacle de lo sole, lo
en lo quai atrobé un hom solitari, en quali edificao e custrue Sculapedes, in
philosophia molt entenent , al quai lo quali hatrouay vno homo sollitario,
me agenolli e preguil molt humilment in philosofia multo intendente , a lo
que degués mostrar los llibres secrets quale me ingenocchiay pregandolu
de l'oracle, lo quai ho feu molt volen- multo humilimente que me vollise
ter. Entre los quais, aquest desijat mostrarilisicretilibri de quillo horacle,
llibre atrobi, lo quai molt havia çer- lu qualli illo lu fichie multo volenteri.
quat e per lo quai molt havia tre- Intra li quali, aquisto dessiderat libro
ballat, lo quai traslladi, de llengua atrouay, per lo quale multo auiatraua-
caldea que era, en llengua arabicha, gliato et lo copiay, de lingua caltea
lo quai llibre comença a una letra, la que era, in lingua abraycha, lo quale
quai tramés lo quai (lire gran) philo- libro inconmencza .A. in litra lu quali
sof Aristotil al gran rey Alexandre trametio lo grandi philosofu Aristotali
sots la forma quis segueix... a lo grandi re Allissandro, in la forma
que se sequixi...
Un détail bien caractéristique de ces trois morceaux suffit à lui seul à démontrer l'origine catalane de la version italienne. Dans le premier prologue, le traducteur catalan ayant à rendre les mots latins : « Domino suo... Guidoni vere de Valentia', » a traduit : « Al sen3^or... mon senyor En Grido Çsic^ vero^, de la ciutat de Valcncia nadiu. » Or, qu'a fait notre Italien? Il n'a pas compris la valeur de ÏEn et a mis ///, il a conservé la faute Gndo pour Guida, qui ne se trouve, à ma connaissance, dans aucune version latine ou française, il a réuni les deux mots en altérant encore un peu plus le second Qncrido) et a respecté le vero. Après cela, il me semble superflu de poursuivre la compa- raison entre les deux textes qui s'adaptent parfaitement l'un à l'autre , sauf de très légères diff'érences provenant de ce que nous n'avons pas dans le ms. de Madrid la copie elle-même qui a servi au traducteur, mais une autre copie quelconque du texte
1. Voyez le texte latin de ce prologue dans un article de M. P. Meyer sur les versions françaises du Sccretum secretorum publié dans la Roiiiania, XV, 167.
2. Ce vi:ro répond-il d'une façon quelconque au vcrc du latin, qui est obscur, ou bien a-t-il la valeur de varô î
TEXTE CATALAN DU SECRETUM SECRETORUM 79
catalan. D'ailleurs, la table des chapitres du ms. de Madrid, telle que la donne M. Massé Torrents, concorde aussi très exactement avec celle du ms. 447.
Et maintenant, peut-on expliquer cette préférence accordée par un Italien à une version catalane ? Oui, sans doute, si l'on envisage les circonstances au milieu desquelles s'est effectué le travail de traduction , et c'est ici qu'il convient de décrire en détail le ms. 447, en communiquant an lecteur, dans leur inté- grité, les pièces personnelles qui y figurent et qui révèlent le pourquoi de ce fait, assez extraordinaire au premier abord.
Le ms. 447 compte quatre-vingt-deux feuillets dont trois feuillets de garde au commencement et un à la fin.
Au v° du fol. 3 se trouve la peinture barbare que reproduit le fac-similé ci-joint : l'auteur, chargé de chaînes, y est repré- senté adressant à l'écusson royal', symbole du roi Ferdinand I" de Naples, une ardente prière qui rappelle plusieurs versets de la Bible : « Salvos fac. Domine , servos tuos et erue eos ab ista « crudelissima captivitate. » Sous l'écusson, une circonférence ébauchée avec des divisions intérieures : peut-être une roue de la Fortune. Suivent, au fol. 4, le titre de l'ouvrage et une dédi- cace ainsi conçue :