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ART ET LITTÉRATURE
Ouvrage couromié par l' Académie française.
LES
ÉGLISES ROMANES
PAR
Louis BRÉHIER
Professeur à l'Université de Clermont-Ferrand
PARIS LIBRAIRIE BLOUD & G'»
4, RUE MADAME, 4
1907
Reproduction et traduction interdites.
M'
DANS LA MEME COLLECTION
DU MEME AUTEUR
Les Origines du Cruciûx dans l'Art chrétien
(287) 1 vol.
La Querelle des Images (viu* etix* siècle) (308). 1 vol.
Les Basiliques Chrétiennes (379) 1 vol .
Les Églises Byzantines (381) 1 vol.
Les Églises gothiques (382) 1 vol.
DiMiER (L.). — Les Danses macabres et l'idée de la Mort dans l'Art chrétien (IDG) 1 vol .
Germain (Alph.). — L'Influence de saint François d'As- sise sur la Civilisation et les Arts (216) 1 vol.
— L'Art chrétien en France (Sculpture, Peinture, Mobilier d'Église, etc.). Des Origines au XVI' siècle. (234) 1 vol.
St-Paul (Anthyme). — Architecture et Catholicisme. La puissance créatrice du génie chrétien et fran- çais dans la formation des styles au Moyen Age. (3-16) 1 vol.
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INTRODUCTION
LES ORIGINES
1. Définition. — Les érudits du xviii* siècle appelaient gothique rarchitecture de la période comprise entre le v' siècle et la Renaissance ; vers 182b de Gerville et de Caumont proposèrent de réserver l'épithète de romanes aux églises élevées depuis la fin de l'époque carolingienne jusqu'à l'apparition de la croisée d'ogives ; cette appella- tion a prévalu sur celles de byzantine, lombarde, saxonne que l'on a reconnu être complètement inexactes.
2. Caractères généraux. — L'église romane présente en effet des caractères bien déterminés : c'est une basilique à trois nefs dans laquelle les colonnes sont remplacées par des piliers qui supportent, quelquefois une charpente, mais le plus souvent des voûtes qui s'appuient sur des colonnes engagées. Les voûtes romanes sont : la voûte en berceau, en plein cintre (fig. i) ou en arc brisé; la voûte d'arcte sur plan cane, formée de la pcnéîratîon de deux berceaux
INTRODUCTION
(fia a) ; la coupole sur trompes et sur pendentifs. Entre les diflérentes travées sont souvent des arcs doubleaux qui
Fig. I.
font équilibre à la poussée ; à l'extérieur, des contreforts
appuyés aux murs, presque toujours très épais, rem- plissent le même office. Au delà du transept le chœur, plus élevé en géné- ral que le reste de l'église, s'étend souvent au-dessus d'une crypte ; les bas-côtés se prolongent jusqu'à la hauteur de l'abside ou môme contournent le chœur par un déambula- toire flanqué d'absidioles.
Les voûtes sont surmontées d'un comble qui supporte un
Fig. a.
INTRODUCTrON D
toit, à double rampant pour la grande nef, en appentis pour les bas-côtés moins élevés. Une sculpture barbare d'un caractère stylisé orne les chapitaux des colonnes en- gagées et les parois des façades. L'entrée de l'église est formée d'un narthex ou d'un porche flanqué de deux tours carrées entre lesquelles se termine le pignon de la grande nef ; un clocher s'élève souvent à la croisée du transept ; enfin le blocage employé pour les basiliques fait place à un appareil qui devient de plus en plus régulier à me- sure qu'on approche du xn° siècle.
3. Ecoles régionales. — Ce n'est là d'ailleurs que l'as- pect général des églises romanes ; en réalité elles présen- tent des caractères beaucoup plus variés que les basiliques, et elles sont un témoignage de premier ordre sur le carac- tère local que prirent au Moyen Age la culture et l'art. Des écoles régionales d'architecture correspondaient aux di- verses provinces comme les dialectes d'une même langue ; chacune d'elles avait ses traditions et ses procédés bien dé- finis qu'elle tenait presque toujours d'une école monas- tique. Mais il est arrivé que les pèlerinages et les établis- sements au loin de colonies monastiques ont apporté dans certains pays des types d'architecture qui leur étaient étrangers ; les frontières des différentes écoles sont souvent difficiles à déterminer et forment un véritable entre- croisement. Des procédés lombards ont été apportés en Normandie ; des e'glises auvergnates ont été construites en Espagne : les cisterciens ont importé dans tous les
()' INTRODUCTION
pays d'Europe des types d'églises particuliers à leur ordre.
4. Théories sur les origines romanes. — On a proposé deux explications de l'origine de cette architecture. Pour les romanistes elle est le développement logique de la cons- truction romaine ; elle devrait aux Romains ses voûtes et son appareil, entremêlé à l'origine de chaînages de briques ; le fond de son ornementation est la feuille d'acanthe de- formée des chapiteaux corinthiens. Elle se rattache à l'ar- chitecture romaine par l'intermédiaire des églises carolin- giennes, que nous connaissons à vrai dire très mal, mais dans lesquelles on a employé les piliers pour supporter les charpentes. D'un autre côté les orientalistes ont réussi par leurs exagérations à discréditer leurs théories ; ils ont voulu rattacher à l'art byzantin une architecture qui s'en distingue par la plupart de ses caractères et avant tout par l'emploi constant de la construction en appareil.
Est-ce à dire que l'art roman soit véritablement auto- chtone et qu'il doive tout aux traditions romaines ? Les études de M. de Vogué sur la Syrie centrale, de M. Gayet sur l'Egypte, de M. Strzygovvski sur l'Asie Mineure ont montré que l'Orient connaissait dès le iv* siècle le type de la basilique voûtée, avec piliers entourés de colonnes en- gagées et narthex flanqué de deux tours carrées de fa- rade (r). Les ruines de ces monuments ont quelquefois un aspect qui ressemble étrangement à celui de nos églises romanes et, comme elles, ils sont construits en appareil.
(i) Voy. notre ouvrage sur les Basiliques chrétiennes.
IMRODUCTION
Or, nous savons par des témoignages historiques que pen- dant toute la première partie du Moyen Age les pays d'Oc- cident ont été pénétrés par des influences venues d'Orient et apportées par ces marchands syriens qui venaient s'éta- blir dans les villes de la Gaule mérovingienne ; les étoffes, les ivoires, les pièces d'orfèvrerie qu'ils vendaient aux Oc- cidentaux ne pouvaient manquer d'exercer une action sur les artistes barbares. Ravenne, Trêves, Aix-la-Chapelle pa- raissent avoir été les principaux centres de cette propa- gande orientale qui s'exerçait sur l'iconographie, sur la miniature carolingienne, sur l'architecture. Les Orientaux qui ont introduit en Occident le type de la construction à plan central (St-Vital de Ravenne, chapelle palatine d'Aix, Germigny les Près) ont bien pu importer aussi le plan de la basilique voûtée. En un mot les découvertes archéolo- giques faites en Orient ont posé le problème jusqu'ici in- soluble de la ressemblance entre les églises orientales du y' et les églises romanes du xi' siècle. Dire que les Occi- dentaux ont pu arriver sans influence extérieure aux mêmes solutions que les Orientaux me paraît une défaite. Les intermédiaires entre le point de départ et le point d'arrivée n'existent plus, il est vrai, mais cet inconvénient gêne aussi bien la théorie romaniste que celle de ses ad- versaires. Sans doute les églises romanes présentent un grand nombre de caractères inconnus à l'architecture orientale ; l'architecture en bois d'origine barbare a dû fournir le motif de la tour lanterne ; il n'en est pas moins
8 INTRODUCTION
vrai qu'à ses origines l'architecture romane paraît être orientale, et que les Occidentaux ont seulement transformé librement et suivant leur génie des éléments qu'ils n'avaient pas créés.
Bibliographie. (Voir la bibliographie générale à la fin du vo- lume). L'exposé de la théorie orientaliste se trouAe dans le cours de Courajod recueilli par Lemonnier et A. Michel, Paris 1899. t. I. Voy. aussi Marignan. Un historien de l'art français ; Louis Courajod- Paris 1899. Cette théorie a été reprise et re- nouvelée par Strzygowski. Kleinasien, Leipzig 1908.
Théorie romaniste : Brutails. L'archéologie du Moyen Age et ses méthodes.
Influences orientales en Occident : Strzygowski Der dom zu Aachen, Berlin igoS. — L. Bréhier. Les colonies d'Orientaux en Occi- dent (Byzantinische Zeitschrift 1903). Les origines des Crucifix dans l'art. Paris. Bloud. 1908.
CHAPITRE PREMIEK
LA CONSTRUCTION DES ÉGLISES ROMANES
I. L'activité architecturale au xi" siècle. — Dans un passage célèbre le chroniqueur Raoul Glaber a décrit l'ar- deur pour les constructions d'églises qui s'empara de l'Occident vers l'année ioo3, en France, et en Italie prin- cipalement. (( Bien que la plupart fussent bâties avec un soin suffisant, ce fut à qui parmi les peuples chrétiens auraient les plus belles. Le monde semblait rejeter son an- tique dépouille pour revêtir une robe blanche d'églises. ( i) > En même temps on découvrait de toute part des re- liques destinées à sanctifier ces monuments (2). Cette ac- tivité nouvelle est le résultat de la prépondérance reli- gieuse, politique et sociale exercée alors en Europe par les ordres monastiques. La vie urbaine ayant presque complètement disparu, surtout dans le nord, les monas- tères se trouvèrent constituer les seuls centres de culture ; chacun d'eux, entouré d'un vaste territoire de domaines vassaux, formait comme un petit univers qui trouvait en lui-même les ressources matérielles et intellectuelles né- cessaires à son existence. Les grandes abbayes comme
(i) Histor. III, 4» Dans ce passage Raoul Glaber ne fait nulle- ment allusion aux terreurs de l'an mille. (2) Id III, 6.
10 LES ÉGLISES ROM AXES
Saint-Denis, Tours, Jumièges, Moissac, Cluny, Vczclay, Saint-Gall possédaient, à côté de leurs écoles instituées à l'époque carolingienne, des ateliers où se formaient des architectes, des sculpteurs, des peintres, etc. Les annales de Saint-Gall ont conservé le souvenir du moine Tuotilo qui montra au x^ siècle une aptitude prodigieuse à tous les arts, digne des artistes de la Renaissance. Mais tous les efforts de ces modestes travailleurs restés presque tou- jours anonymes, se concentraient sur l'église qui formait la partie la plus importante et comme la parure du mo- nastère ; n'était-elle pas le théâtre de toutes les pompes religieuses, des assemblées, des conciles ? Ne conservait- elle pas les reliques insignes du fondateur dont la célébrité attirait, au cours des grands pèlerinages, une affluence de population qui avait besoin de vastes espaces pour pou- voir évoluer ?
2. Les influences monastiques. — Les preuves de l'acti- vité artistique des monastères sont nombreuses. Un des hommes les plus considérables du xi' siècle, le lombard Guillaume (ggi-ioSi), moine à Cluny, abbé de Saint-Bé- nigue de Dijon, moit abbé de Fécamp, exerça une action considérable sur les constructions d'églises, et créa des écoles d'architecture dans les monastères qu'il traversa ; lui-même dirigea la construction de la célèbre rotonde de Saint-Bénigue à Dijon. Deux moines, Gauzon et Hézilon, constmisent la grande église de Cluny. Un autre moine bâtit à Poitiers l'église de Montierneuf. A la lin du xi° siècle Didier, abbé du Mont Cassin, fait venir de Cons- tantinople des orfèvres, des mosaïstes, des émailleurs, des miniaturistes qui >. seignent à ses moines les principes des arts décoratifs. Enfin au xn° siècle le moine Théo- phile donne la théorie de tous ces arts dans sa Diver- saram artium schedala.
L'institution monastique avait au xi' siècle un carac- tère essentiellement international et représentait l'unité
I.ES ÉGLISKS ROMANES 11
chrétienne ; les monastères étaient bâtis sur un plan assez unilorme dont le célèbre plan de Saint- Gali nous a conservé les dispositions. Il n'est donc pas étonnant que l'archi- tecture romane soit devenue commune à toute l'Europe chrélienne de rit latin, et qu'on en retrouve les éléments dans les pays les plus éloignés les uns des autres. Un cer- tain non)bre de dispositions des églises romanes montrent leur caractère monastique : le narthex, où sont relégués les simples fidèles, atteint souvent de grandes proportions; de même les dimensions nouvelles prises par les cryptes, la disposition du déambulatoire autour du chœur, qui per- met à une procession de se dérouler dans l'église, attestent l'importance des pèlerinages. Des reliques étaient souvent conservées dans les absidioles qui s'ouvraient sur le déam- bulatoire, ce qui permettait aux pèlerins de les vénérer chacun à leur tour. De même les cryptes avaient souvent devix accès qui servaient d'entrée et de sortie, et assu- raient l'ordre des processions i i).
Enfin c'est à l'influence des ateliers monastiques que les églises romanes doivent l'unité relative de leur déco- ration. Le style et les sujets ont pu varier d'une école à l'autre, surtout dans la partie purement ornementale, mais les arts qui servaient à orner l'église sont à peu près les mêmes partout. Ce sont : la mosaïque, la peinture à fresque et sui-tout la sculpture dont la renaissance en Occident est un des événements artistiques les plus consi- dérables du xi° siècle (2). La sculpture animée remplace souvent la feuille d'acanthe des chapiteaux ; elle règne
(i) De même la déviation de l'axe de l'église vers le nord en mémoire de l'inclinaison de la tète du Sauveur sur la croix est peut être une idée monastique,
(2) Nous renvoyons pour l'étude de ces arts au livre de M. A Germain, — L'art chrétien en France des origines au ivi° siècle. (Gollect. « Science et religion ».)
42 LES ÉGLISES BOMANES
sur les tympans des postails et quelquefois sur les pan- neaux, les trumeaux ou les pieds-droits des façades. Les motifs de cette décoration sont d'inspiration très variée : les étoffes persanes, les ivoires orientaux, l'orfèvrerie bar- bare et surtout les miniatures des manuscrits carolingiens en ont fourni les éléments ; les artistes romans cherchent des modèles partout, sauf dans la nature. Leur flore n'a pas cessé de se réduire à la feuille d'acanthe plus ou moins déformée ; leur faune est faite du peuple fantastique d'animaux qui illustrent les miniatures du a Physiolo- gus » (i), centaures, sirènes, néréides etc.; leurs figures sont, tantôt courtes et grosses, surtout au xi^ siècle, tantôt allongées démesurément comme au portail royal de Chartres. Leur iconographie religieuse n'a jamais été di- rigée par les règles étroites que s'imposaient les artistes byzantins ; cependant certains motifs devinrent tradi- tionnels et certains usages prévalurent. Sur le tympan du grand portail on sculpta un Christ de majesté assis au milieu d'une gloire en amande et entouré des quatre sym- boles des Evangélistes ; au-dessous du Christ on plaça les Apôtres ou les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, et quelquefois dans une troisième zone la scène du Jugement Dernier. Les statues des prophètes et des saints, ou des bas-reliefs allégoriques, ornèrent les pieds-droits. Sous la forme barbare et stylisée de ces œuvres on découvre quel- quefois un accent de vérité et une inspiration naïve qui sont les présages d'un bel avenir. Les sculpteurs du xi* et du xii^ siècle ont surtout traduit en pierre les symboles religieux, allégoriques, naturalistes, dont les miniatures de l'époque carolingienne leur donnaient les modèles. Les zodiaques, les fontaines de vie entourées de tous les ani- maux de la citation, les calendriers, les représentations
(i) Traité d'origine alexandrine qui est la source principale des « bestiaires » du Mo^en Age.
LES ÉGLISES ROMANES 13
allégoriques de l'Eglise que l'on trouve dans la sculpture romane, procodent de celte source.
3. Division en écoles régionales. — Malgré ces condi- tions si favorables à l'unité de l'art roman, la nécessité de se plier aux conditions locales a forcé les artistes à créer des types particuliers d'églises qui forment l'ex- pression originale du génie de chaque province ; c'est dans les procédés de construction, et dans la décoration que cette liberté apparaît. Comme nous l'avons vu, les li- mites qui séparent les différentes écoles ne sont pas fa- ciles à déterminer ; cependant un certain nombre de types ont des caractères trop accusés, pour que leur existence soit mise en doute. Il y a une école normande, dont on retrouve les procédés en Angleterre ; une école bourgui- gnonne, qui a régné jusque dans l'Italie méridionale ; une école auvergnate, dont on peut suivre la trace du Rouergue à Saint-Jacques deCompostelle ; une école poitevine ; une école du sud-ouest ; une école provençale ; une école lombarde ; des écoles allemandes. D'autres régions au contraire, placées entre des écoles très puissantes, ont ac cepté des influences diverses ; telles sont les provinces du Languedoc, du Limousin, du Velay, du Berry, de l'Ile de- France etc.. : elles forment comme des transitions entre les écoles originales.
CHAPITRE II
LES EGLISES NORMANDES
1. Origines. — L'architecture normande apparaît avec ses caractères originaux sous le règne de Guillaume le Conquérant. Un moine lombard, Lanfranc, abbé de Saint-Etienne de Caen, puis de l'abbaye du Bec, conseiller écouté du duc Guillaume, paraît avoir exercé une grande influence sur les origines de cette architecture et introduit en Normandie quelques procédés empruntés à l'architec- ture lombarde.
2. Les abbayes de Caen. — Les abbayes de Caen, Saint-Etienne. (Abbaye aux hommes), et la Sainte-Trinité, ,'abbayeaux Dames), furent fondées par Guillaume le Con- quérant et la reine Malthide pour accomplir la pénitence canonique que leur mariage consanguin leur avait attirée. Elles furent bâties hors de la ville sur des terrains libres de tout édifice antérieur. La consécration de la Trinité eut lieu en 1066, celle de Saint-Etienne en 1071. La Sainte-Trinité paraît avoir été remaniée et même reconstruite à la fin du XI- siècle ; au monument de la reine Mathllde n'appar- itieiinent que la crypte, les murs des bas-côtés et les par- tes inférieures des trois tours. Quoiqu'il en soit, le plan
LES EGLISES ROMA.NES
45
de cette église est encore celui d'une basilique à trois nf^fs dont les piliers tous semblables se composent d'une pile rectangulaire cantonnée de quatre demi-colonnes. Au- jourd'hui la grande nef est couverte d'une voûte gothique construite au xn' siècle ; à l'origine une charpente appa- rente la surmontait; ses bas-côtés ont gardé au contraire leurs voûtes d'arête du xi° siècle qui sont contiguës les unes aux autres, sans aucun arc doubleau intermédiaire. Celte manière de couvrir les églises resta le procédé favori des architectes normands qui se contentèrent de voûter les collatéraux, mais n'osèrent appliquer le même procédé à la nef principale avant l'invention de la voûte sur croi- sées d'ogives ; c'est ce qui explique d'ailleurs les dimen- sions importantes en hauteur et en largeur qu'ils purent donner dès l'origine à leurs églises.
Ce caractère de grandeur est encore mieux marqué à Saint-Etienne qui constitue l'édifice le plus imposant de l'école normande et montre une des premières applications du plan lombard en Normandie. Elle a ii5 mètres de lon- gueur, 2[\ mètres de hauteur. Ses nefs sont séparées par des piliers différents de deux en deux travées : les uns sont de gros supports, sur la face desquels descendent une demi- colonne et deux colonnettes ; les autres sont de courtes co- lonnes, qui reçoivent sur le tailloir de leur chapiteau de simples colonnettes. L'origine de ce plan est très ancienne, et 1 on trouve en Asie-Mineure et en Syrie des basiliques à supports alternés. En Lombardie, il servait à couvrir l'édifice d'immenses voûtes d'arêtes sur plan carré qui comprenaient deux travées de l'édifice. Pai- une véritable inconséquence, due probablement à un manque d'audace, les architectes normands l'appliquèrent à la couverture en charpente, mais avec un sens pratique des plus remar- quable.''ils surent l'adapter à sa nouvelle destination. La couverture primitive de Saint-Etienne a disparu et a été rcinplacéc au xu'^ siècle par des voûtes sur croisées d'ogives,
i8 LES ÉGLISES ROMANES
mais quelques édifices normands, l'église de Cérisy-la- Forèt par exemple, montrent le parti qui fut adopté : de deux en deux piliers on établit un arc transversal sur- monté d'un pignon qui recevait les pannes du comble. Les bas-côtés furent couverts de voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux ; ils supportent un étage de tribu- nes qui s'ouvrent sur la grande nef par des arcades gémi- nées ; au-dessus sont de hautes fenêtres en plein cintre re- liées entre elles par un passage de service qui fait tout le tour de l'édifice ; ce parti n'était possible que dans des églises sans voûtes dont on ne craignait pas d'évider les murs. Le chœur a été reconstruit au milieu du xni° siè- cle ; il comprenait autrefois deux travées accompagnées de bas-côté et terminées par une simpleabside en hémicycle; l'absence de déambulatoire est en effet la caractéristique des églises normandes. Sur les deux croisillons du tran- sept deux absidioles s'ouvrent au nord et à la croisée se dresse la tour-lanterne carrée reconstruite au xvii' siècle. La façade flanquée de deux tours, dont les belles flèches datent du xvi° siècle, est divisée par les contreforts de ces tours en trois travées percées chacune d'une porte et de deux étages de fenêtres ; entre les deux tours la grande nef se termine par un pignon ; à partir de ce niveau les tours elles-mêmes sont divisées en trois étages, dont les deux premiers sont ornés d'arcatures aveugles et le troi- sième de deux larges arcades à jour, subdivisées elles- mêmes par une colonnette ; des cordons de billettes or- nent les deux derniers étages. -^ 3. Jumiéges. — L'église principale de l'abbaye mérovin- gienne de Jumiéges fut reconstruite au cours du xi° siècle et consacrée en 1067, en présence de Guillaume le Conqué- rant ; elle est donc contemporaine des abbayes de Caen et suit comme Saint-Etienne le plan lombard. Cette église n'oflTre plus aujourd'hui que des ruines imposantes, mais qui vont en se dégradant tous les jours : une gravure de
LES ÉGLISES ROMANES 17
i8fo représente les deux tours de sa façade surmontéesde flèches ; elles ont perdu aujourd'hui ce couronnement, mais l'on voit encore leur deux étages carrés ornés d'ar- caturcs, surmontés de deux autres étages de forme poly- gonale; entre les tours s'ouvrait un large porche Comme à Caen la grande nef se terminait à l'extérieur par un pi- gnon aigu et, au-dessus des deux étages de fenêtres, on avait appliqué au mur un av«nt-corps ou brétèche qui ser- ! vait à la défense. ''A Fintérieur les trois nefs étaient sépa- rées par des arca^ês^ui reposaient alternativement sur de gros piliers cylindriques, et sur des piles cantonnées de co- lonnes dont l'une s'élevait jusqu'au comble : la nef cen- trale en eiïet était couverte en charpente; le bas-côté nord présente encore des voûtes d'arêtes séparées par des arcs- doubleaux. Au-dessus d'eux s'étendaient des tribunes voulues de même, qui s'ouvraient sur la grande nef par de triples arcades que séparaient des colonnettes. Le troi- sième étage était formé par des fenêtres hautes. A la croi- sée du transept était construite une tour-lanterne dont le mur occidental s'est conservé ; elle était couverte avant le xvi" siècle d'une flèche de plomb d'une hauteur démesurée et la seule maçonnerie s'élevait jusqu'à 4i mètres au-des- sus du sol ; cette tour-lanterne à jour restera même à l'époque gothique un des plus heureux motifs de l'archi- tecture normande. Le chœur avait été reconstruit au xiii° siècle.
4. Saint-Georges de Boscherville. — Dans la vallée de la Seine, à quelques lieues plus haut que Jumièges, l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville fut fondée vers io5o, par Raoul de Tancarville, chambellan de Guillaume le Con- quérant, mais l'église parvenue jusqu'à nous présente par sa décoration les caractères du xii* siècle à ses débuts. Les voûtes actuelles de la grande nef ont succédé au xiii" siècle à une charpente que soutenaient de véritables fermes de maçonnerie qui reposaient sur des piliers cantonnés al-
I a
18
LES EGLISES ROMANES
ternant avec des colonnes plus basses. Au-dessus des bas- cules s'ouvre un lilforium composé de quatre petites ar- cades scpaiées par des colonnettes, et les hautes fenêtres sont reliées entre elles par un passage qui fait le tour de l'église. Le transept pourvu d'une absidiole à chaque croi- sillon, est surmonté à ses deux extrémités de deux larges tribunes ouvertes que supportent deux gros piliers cylin- driques reliés aux murs par deux belles arcades. Un choeur rectangulaire se termine par une abside flanquée de deux absidioles qui font suite aux bas-côtés. A l'extérieur le transept est très accusé et une énorme tour carrée le sur- monte; la façade comprise entre deux tourelles d'angle a la noble simplicité de celle de Saint-Etienne de Gaen. Cette belle église est avec les abbayes de Caen un des restes les plus précieux de l'école romane de Normandie.
5. L'ornementation. — Conformément aux traditions des basiliques carolingiennes la peinture continua à être employée au xi' et au \iv siècle pour l'ornementation des églises. On en voit encore les traces sur les gros chapiteaux sans sculpture de Jumiègeset à Saint-Etienne de Caen. Une petite église fondée comme Boscher- ville par Raoul de Tancarville en io5o, Saint-Jean d'Abbetot (Seine- Inférieure) a conservé des fragments curieux de sa décoration peinte : sur les fûts de ses colonnettes descendent encore des bandes multicolores qui s'enroulent à la base et les tailloirs des chapiteaux sont couverts de zig- zags et de perles ; un Christ de ma- jesté entouré des apôtres ornait le chœur. A la fin du xi" siècle cepen- dant la décoration architecturale et sculptée devient prédominante. Les arcades sont compo- sées de plusieurs moulures en forme de tores en retrait
Fig. 0.
LES ÉGLISES ROMANES 19
les unes sur les autres ; leur extérieur est orné de sculp- tures en méplat qui forment de gracieux dessins géomé- triques, le méandre, la frette, le zigzag etc.. (fig. 3). Un motif très heureux est celui des arcades entrecroisées dont on trouve un joli exemple dans la tribune extérieure de l'église de Broglie (Eure). Il faut y ajouter la triple baie composée d'une fenêtre centrale, accostée de deux ouver- tures plus petites. Les portails, comme ceux de Gaen ou de Boscherville, présentent une ouverture assez profonde composée d'arcades en retrait supportées par des colon- nettes. Sauf quelques exceptions les tympans n'offrent pas les riches décorations sculptées qu'on tiouve dans les autres provinces ; ils devaient être ornés de peintures. Les panneaux sculptés sont de même assez rares ; les façades sont élégantes, mais sévères, conformes à la simplicité de l'idéal monastique ; elles reflètent l'austérité des réforma- teurs, des Guillaume de Dijon ou des Lanfranc.
Le talent du sculpteur ne trouvait guère en réalité à s'exercer que sur les chapiteaux et les modillons. Aux cha- piteaux cubiques analogues à ceux de Jumièges, dépour- vus de tout ornement et destinés à être peints, ont succédé à la fin du xi° siècle des types plus variés. Tel est le chapi- teau à crosse dérivé du chapiteau composite, dont on n'a gardé que les volutes pour remplacer le fleuron central par une console, sur la- quelle on asseoit solidement le tailloir carré(/i2f. 4)- A Saint-Georges de Boscher- ville apparaît le chapiteau caractéristique de l'école normande, le chapiteau à go- drons,qui serait un souvenir des construc- tions en bois très répandues en Normandie ; Fig. 4. le bas de la corbeille a la forme d'une collerette plissée. D'autres chapiteaux sont ornés de têles humaines ou de véritables scènes. Un grand nombre d'autres sont formés par une corbeille de vannerie en
20
LES EGLISES ROMANES
forme d'entrelacs analogues aux dessins compliqués de l'orfèvrerie barbare (fig. 5). A Texlérieur des édifices, la corniche était supportée par une sé- 7 rie de consoles engagées dans le mur, les modillons. On trouve en Nor- mandie comme en Auvergne les mo- dillons à copeaux, souvenir visible de l'architecture en bois, mais les plus répandus sont les modillons à tète plate qui servent de supports à une série de petites arcades ou bande lombarde {fig. 6).
Les sources mêmes où les artistes sont allés puiser des inspirations prouvent assez que la sculpture n'avait dans les églises normandes qu'un rôle
décoratif d'un caractère ac-
\ j'f^^ fT^. cessoire. L'inconographie re-
(^ ij '^J ligieuse n'y tient presque
aucune place ; l'inspiration
de l'art antique semble faire
complètement défaut. Ce sont les fibules anglo-saxonnes, les étoffes persanes, les miniatures irlandaises, les ivoires orientaux qui ont donné naissance aux dessins compliquéset aux animaux fantastiques de la sculpture normande ; par la voie de la Russie méridionale un véritable courant com- mercial s'était établi entre l'Orient et les pays Scandinaves, avec lesquels les Normands étaient i-estés en rapports. Sur les tympans de la cathédrale de Bayeux, sur les chapiteaux de l'église de Gournay en Bray on trouve une variété extra- ordinaire d'imbrications, d'entrelacs, d'animaux adossés ou entrelacés à plusieurs tètes, qui mordent des monstres, ou dont la queue s'épanouit en touffe de feuillage ; à Bayeux des dragons sculptés semblent copiés sur quelque étoffe chinoise ; à Boscherville des personnages sortent de grosses tiges enroulées et, de l'autre côté, un monstre à
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corps d'oiseau et à patles de quadrupède s'apprête à dé- vorer un homme. Les scènes de la vie familière ont fourni aux sculpteurs normands des personnages grotes- ques, et leur ont permis de déployer leur verve mali- cieuse Cette tendance est surtout visible dans les scul- ptures de Boscherville : à la façade on voit un paysan qui creuse la terre en face d'un chien qui tire la langue ; sur un chapiteau du triforium une grenouille se pré- cipite la tôle en bas sur l'astragale entre deux feuilles perlées terminées en volutes ; à l'extérieur de Tab- side un ouvrier monétaire, à la tête démesurée, à la longue barbe nattée, s'apprête à frapper une pièce placée sur le coin et lève de la main droite un maillet de fer.
6. Expansion de l'école normande. — Le style des églises normandes se répandit en Angleterre à la suite de la con- quête de 1066, et y atteignit un grand développement. Les églises anglaises furent comme celles de Normandie larges et spacieuses; à Waltham-Abbey (fin du xi° siècle) on trouve l'alternance entre les gros piliers monocylin- driques et les piliers cantonnés ; Peterborough a de grands rapports avec Cérisy-la- Forêt, l'église de Saint-Alban avec celle de Boscherville. Les chœurs sans déambulatoires et composés souvent de plusieurs absides en retrait les unes sur les autres, les tours-lanternes, les façades flan- quées de deux clochers sont usités en Angleterre comme en Normandie. Dans les Deux-Siciles conquises par les Normands à la fin du xi* siècle, on ne trouve qu'une seule église qui soit une imitaticn directe d'un édifice normand, c'est Saint-Nicolas de Bari dont la construction peut se placer entre 1089-1 io5 ; sa façade rappelle cellede Saint- Etienne de Caen, tandis que la nef couverte en charpentes et surmontée de tribunes que soutenaient des colonnes antiques alternant avec des piliers cantonnés, ressemble beaucoup à celle de Jumièges. Le type Saint-Nicolas fut
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imilé au xii° siècle à la calhoJrale de Bari et à l'église de Barletta.
Bibliographie. Riiprichl Robert. L'architecture Normande. Paris s. d. 2 vol. — deCaumont. Statistique monumentale du Calva- dos, — Abbé Cochet. Répertoire archéologique des églises du dé- partement de la Seine-Infé.'"ieure, Paris, 187 1. — Besnard. Mo- nographie de l'église et de l'abbaye Saint-Martin de Boscher- ville, Paris, 1899. — Bertaax. L'art dans l'Italie méridionale. Paris, igoS,
CHAPITRE III
LES EGLISES BOURGUIGNONNES
1. Origines. — Comme en Normandie on trouve un Lombard, Guillaume né à Novare, abbé de Saint-Béni- gue de Dijon en 996, aux origines de Tarcbitecture bour- guignonne. Guillaume avait amené avec lui une véritable colonie de moines lombards et ce fut l'un deux, Hunald, qui construisit sur ses plans, la fameuse rotonde de Saint- Bénigne, à trois étages surmontés d'une coupole octogonale, et ornée à l'intérieur de trois rangs de colonnes ; ce curieux édifice, encore intact au xvni" siècle, fut détruit sous la Ré- volution. A la suite de cette contruction s'élevèrent au xi'' siècle les grandes églises bourguignonnes, Saint-Phi- libert de Tournus, Cluny, Autun, Beaune, la Madeleine de Vézelay, Paray-le-Monial, Langres etc.. Mais tandis qu'en Normandie les architectes avaient conservé la char- pente pour couvrir la nef centrale, les Bourguignons ont trouvé dès le xi® siècle un système original de voûtes qui abrite toutes les parties de l'église.
2. Saint Philibert de Tournus. — L'abbaye de Tournus (Saône-et-Loire) fut colonisée en 875 par des moines de Noirmouliers, chassés par les Normands, qui, après avoir
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séjourné à Soint-Pourçain, en Auvergne, apportèrent en Bourgogne le corps de Saint-Philibert. L'église actuelle, une des plus anciennes églises bourguignonnes, comprend des parties d'époques très différentes. De l'église construite à la suite de la destruction du monastère par les Hongrois, et incendiée en 1066, ne subsiste plus que le narthex, cons- truction lourde et massive divisée en trois nefs par quatre énormes piliers qui supportent des voûtes basses, sous les- quelles la lumière pénètre à peine par des fenêtres, étroites comme des archères ; la partie centrale est couverte par trois voûtes d'arêtes, que séparent des arcs doubleaux ; les deux collatéraux, par une disposition très rare, sont sur- montéesde berceaux transversaux en plein cintre ; l'appareil est formé de petits moellons réguliers ; l'ornementation est nulle, les piliers n'ont même pas de base ; un étage voûté en berceau surmonte cette ancienne église. La façade comprise entre deux tours offre d'ailleurs la même austé- rité ; elle n'a d'autres ornements que des bandes lom- bardes et deux lignes de zigzags à la naissance des tours. Cette façade sans contreforts et le premier étage du nar- thex remonteraient à la première partie du xi' siècle. C'est à cette époque, en loig.que fut consacrée l'église actuelle, reconstruite après l'incendie par l'abbé Bcrnier. A celte période appartiennent les trois nefs séparées par deux ran- gées de cinq piliers cylindriques ; les voûtes seraient seu- lement de la fin du xi* siècle. Celle de la grande nef offre la même forme de berceau transversal ; les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arêtes séparées par des arcs doubleaux et très élevées. Le transept, à cause de son appareil et de son ornementation plus soignée, semble contemporain de l'abbé Pierre I (1066-1 107) ; à la croisée s'élève sur quatre arcades une tour-lanterne couverte d'une coupole sur trompes. Le chœur présente une disposition inconnue en Normandie, le déambulatoire, sur lequel s'ouvrent trois absidioles rec- tangulaires ; l'abside principale voûtée en cul-de-four est
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supporlce par six grosses colonnes, que surmonte un étage de fcnclrcs richement ornées ; ce chœur fut consacré par le papcCalixle II en 1120. Au-dessous s'étend une crypte pourvue aussi d'un déambulatoire et de chapelles rayon- nantes.
3. Clany. — Tournus ofTre déjà les principales dis- positions adoptées par l'école de Bourgogne, mais le chef- d'œuvre de cette école devait être la grande église abba- tiale de Cluny, commencée en 1089 et achevée en it3i, année de sa consécration. Les architectes étaient deux moines de l'abbaye, Gauzon, auteur du plan, plus tard abbé de Bcaune et le flamand Hézelon. Par ses dimensions qui en faisaient l'église la plus grande de la chrétienté et égalaient presque celles de l'église actuelle de Saint-Pierre de Rome, la basilique de Cluny était le symbole de la puissance de l'oi'dre réformateur dont les colonies cou- vraient toute l'Europe. Elle avait 171 mètres de longueur. 4o mètres de largeur, 45 mètres de hauteur. Son plan, unique au Moyen Age, était celui d'une croix archiépis- copale à double traverse. Après avoir franchi un premier portique surmonté d'une élégante arcature copiée sur celle de la porte romaine d'Autun, on accédait par un vaste perron au grand portail surmonté d'une rose et compris entre deux tours carrées, dites de Barrabaus. Le narthex, était a lui seul grand comme une église, longue de 87 mètres, large de 27 mètres, haute de /lO mètres, pourvue de trois nefs et de trois étages. Un nouveau portail orné de huit colonnettes et de bas-reliefs formait l'entrée de la grande église, divisée en cinq nefs, barrée par deux tran- septs, terminée par une absides circulaire, couverte de 68 colonnes, éclairée par 3oo fenêtres. Le rond-point du chœur était séparé du déambulatoire par des colonnes de marbre précieux venu de Grèce ; sur ce déambulatoire s'ouvraient 5 chapelles absidales ; le petit transept était interrompu par 5 chapelles analogue s de formes diverses
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le grand transept en avait deux à chaque croisillon. Le ber- ceau qui couvrait la grande nef était interrompu par des arcs doubleaux ; la toiture reposait directement sur les voûtes sans 1 intermédiaire d'un comble. Enfin une tour- lanterne s'élevait à la croisée de chacun des transepts et le gros clocher quadrangulaire du grand transept était flan- qué de deux autres tours, dont celle du midi, dite de l'eau bénite, subsiste encore. A part ce débri en effet, ce vénéi'able monument n'est plus c^u'un souvenir ; il était encore •* peu près intact en 1800, mais il fut alors livré à des spéculateurs qui le dépecèrent pour en vendre les matériaux.
l\- Caractères de ï école de Bourgocjne. — L'abbatiale de Gluny devait rester un monument unique, mais sa construction eut pour conséquence de dégager les règles suivies par les architectes bourguignons. Avec une vé- ritable hardiesse, ils surélevèrent le berceau central afin de pouvoir éclairer la grar:de nef par des fenêtres ; les bas-côtés qui contrebutcnt la nef centrale sont seulement voûtés d'arêtes et de faible hauteur, mais leur voûte étant abritée sous un comble, on a pu ménager sous l'appentis un triforium qui s'ouvre sur la grande nef par des arcades ai^alogucs à celles de la porte d'Autun. A la Madeleine de Vézelay, la voûte d'arête est employée pour la nef cen- trale. Entln vers iioo, afin de pouvoir construire des voûtes plus hautes et de diminuer la poussée, on adopta la forme du berceau brisé non seulement pour la voûte, mais même pour les arcades placées entre les nefs; la lar- geur de ces arcades fut diminuée eton eutdespilicrsmoins massifs et plus élégants presque toujours Cî...,,elcs. La cou- pole sur trompes, à l'inlertranscpt, et le chœur en déambu- latoire, sur lequel s'ouvrent des absidioles, caractérisent aussi l'école bourguignonne.
5. Décoration. — Enfin la Bourgogne a été le centre d'une des principales écoles de sculpture romane : peu
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dV'gliscs du xu*^ siècle ollrenl une décoration aussi riche, des profils aussi purs, des moulures aussi fines que les églises de Bourgogne. L'inllucnce des monuments an- tiques, dont les vesliges couvraient la province, est visible, mais il faut signaler aussi la distance extraordinaire qui sépare la sculpture purement ornementale de la sculpture animée : autant l'une est voisine de la perfection, autant l'autre est encore barbare et maladroite. Ce contraste éclate dans les admirables portails de Saint-Lazare d'Au- tun, de la Madeleine de Vézelay, de Saint-Lazare d'Avallon, du prieuré de Charlieu qui sont les plus beaux spécimens de l'art bourguignon du xu'' siècle. Ces portails se com- posent de profondes voussures en retrait les unes sur les autres, dont chacune repose sur des pieds-droits et des co- lonnettes, par l'intermédiaire d'une corniche qui épouse la forme des divers ressauts. Une ornementation toute an- tique couvre les pieds-droits, les pilastres, les chapiteaux des colonnettes, les archivoltes. A Saint-Lazare d'Avallon on a ainsi quatre archivoltes formées d'enroulements, et de rosaces que séparent des cordons da. méandres, de rin- ceaux et de l'osettes ; les colonnettes ont des chapiteaux corinthiens et des fûts tantôt droits, tantôt de forme torse, tantôt unis, tantôt ornés d'une véritable orfèvrerie de pierres : leurs bases ne sont pas moins décorées et reposent sur une grosse moulure que supportent des animaux fan- tastiques posés eux-mêmes sur des pilastres carrés déco- rés de nattes et de rinceaux. Le portail de Charlieu est encadré de deux pilastres ornés de grecques et de galons perlés qui rejoignent une bande lombarde ; les colonnettes qui portent l'archivolte sont entourées de bagues.
Sur les linteaux et les tvmpans de ces portes au con- traire, sont sculptés en faible relief les sujets de l'icoffo- graphie religieuse. Tels sont les Jugements Derniers de Saint-Lazare d'Autun et de la Madeleine de Vézelay. Un Christ de proportions colossales, la tête entourée du nimbe
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crucifère, apparaît dans une gloire elliptique. A Autun, saint Pierre et les élus sont à droite, les damnés à sa gauche. A Vézelay, il est entouré des apôtres et sur le linteau sont deux processions de signification obscure ; tous les personnages sont de courtes figurines en propor- tion du Christ.
6. La réforme de Citeaux. — La richesse décorative des églises monastiques de Bourgogne trouva un adversaire résolu dans saint Bernard (lOQi-iiS^), le fondateur de l'ordre des Cisterciens. Dans ses ouvrages il s'élève non seulement contre le luxe du mobilier, mais aussi contre la sculpture qui couvre l'église d'animaux fantastiques. Sous son influence se forma en Bourgogne le type des églises cisterciennes qui devait se répandre dans toute la chrétienté. Toute ornementation peinte ou sculptée était proscrite en principe ; les tours en pierre devaient être remplacées par une modeste lanterne en bois à la croisée du transept. L'avenir de l'art chrétien entier eût été com- promis si les cisterciens en adoptant le style gothique n'avaient trouvé des tempéraments à cette austérité.
7. U expansion du style bourguignon, — Les grands mouvements monastiques qui eurent leur point de départ à Cluny, à Clairvaux ou à Citeaux eurent pour résultat l'introduction de l'architecture bourguignonne dans les pays les plus divers. Dans l'Italie méridionale M. Bertaux a reconnu le plan et le style bourguignon à la cathédrale d'Acerenza, à la Sainte-Trinité de Venosa, etc.; plu- sieurs portails à l'ébrasement profond, aux archivoltes ornées de rosaces, et supportés par des colonneltes torses ou des pilastres offrent de grandes analogies avec le por- tail d'Avallon. En Espagne, où les moines de Cluny ont fondé 25 prieurés et occupé un moment tous les sièges épiscopaux, des cathédrales comme celles de Siguenza et de Lugo (xii" siècle) rappellent les dispositions de Saint- Lazare d'Autun. L'église Saint-Vincent d'Avila dont le
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chevet est auvergnat a des nefs voùlées à la mode bour- guignonne, dont li) trlforium rappelle Vézciay, et une façade flanquée de deux tours massives analogues à celles d'Autun ; le grand portail est digne de celui d'Avallon. En lin l'arcliitectui-e cistercienne a étendu sur toute l'Eu- rope son uniformité : son monument le plus septentrio- nal, l'église d'Alvastra (Suède) et son monument le plus méridonial, Saint-Nicolas de Girgenti (Sicile) sont presque semblables et procèdent d'un type commun qui est Fon- tenay près de Montbard.
Bibliographie. — Foisset, l'architecture romane en Bourgogne (Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, vi). — Klcinclaus:. L'art roman en Bourgogne (Revue bourguignonne de l'Ensei- gnement supérieur 1899). — Virey. L'architecture romane dans lancien diocèse de Màcon, i893. — Vircy. Les dates de la construction de Saint-Philibert de Tournus. (Bulletin monu- mental igoS). — Eiilarl. L'architecture gothique en Italie. — Berlaux. L'art dans l'Italie mcridoniale. Paris igoa.
CHAPITRE IV
LES EGLISES AUYEnG^ATlCS
I. Or'ujines. — L'architecture auvergnate apparaît au xi' siècle toute formée avec des caractères qui lui sont propres et un système original de construction. L'incerti- tude la plus grande règne sur ses origines ; certains dé- tails cependant tels que l'emploi de l'arc en fer à cheval ou celui de la coupole sur trompe, que nous avons trouvée aussi en Bourgogne, semblent indiquer des influences orientales. La tradition, d'après laquelle les moines de la Chaise-Dieu auraient inventé les procédés de l'architecture auvergnate, paraît aujourd'hui fausse ; ses éléments ont dû se constituer peu à peu. Près de Clermont l'église de Chamalières offre encore, sous ses remaniements du xir et du xvu® siècles, le plan d'une basilique carolingienne dont la grande nef, couverte d'une charpente à l'origine, était séparée par de gros piliers carrés de bas-côtés voûtés d'arête : un narthex étroit était relié à la nef par trois arcs en fer à cheval reposant sur une colonne antique sciée en deux par l'intermédiaire de lourds chapiteaux sculptés à la virole ; trois absides terminaient les trois nefs. Sous le chœur de la cathédrale actuelle de Clermont, on a retrouve
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les restes de i'éJilice consacré en q'jG par l'évêque Etienne II ; il se terminait comme les églises d'Auvergne par un chœur entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvraient quatre absidioles. Enfin la petite église de Glaine-Montaigut paraît être l'exemple le plus archaïque que l'on possède d'une église dont la nef centrale est voûtée d'un berceau unique, tandis que les voûtes des collatéraux présentent cette disposition originale du quart de cercle qui forme comme un arc-boutant continu entre la voûte centrale et les murs extérieurs ; à la croisée du transept est posée une petite coupole. Ce sont là quelques- uns des procédés de l'école auvergnate ; malheureusement pour faire de cette église le t\pc précurseur des églises d'Auvergne, il faudrait connaître la date de sa construc- tion, car la maladresse peut se confondre quelquefois avec l'archaïsme.
2. Notre-Dame du Port. — L'église ?Sotre-Dame du Port à Clermont, construite dans la deuxième moitié du xi" siècle présente le premier exemple d'une église bâtie entièrement suivant la formule auvergnate. Le plan est celui de la croix latine. L'église est précédée à l'ouest d'un narlhex surmonté d'une tribune qui communique avec l'église par trois arcades. Les trois nefs sont séparées par des arcades que supportent des piliers alternativement ronds et rectangulaires, les premiers cantonnés de quatre, les seconds de trois colonnes. Les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arêtes séparées en compartiments par des arcs doubleaux qui retombent sur une petite corniche sup- portée par des pilastres appuyés aux murs extérieurs. La nef centrale est voûtée par un berceau continu que viennent contrebuter à sa naissance les voûtes en quart de cercle des tribunes qui surmontent les bas-côtés {fuj. 7) ; c'est là un perfectionnement du procédé appliqué à Glaine- Montaigut. Ces tribunes ont jour sur la grande nef par de jolies arcades en forme de ti'èfles que supportent d'clé-
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LES EGLISES ROMA.NES
gantes colonneltes ; les arcades sont groupées trois par trois entre chaque travée.
Le transept se compose de deux croisillons \oûtés en
berceau, perpendiculai- res à l'axe des nefs et de l'inlertransept. Les murs sont interrompus à l'est par deux petites absides voûtées en cul- de-four. Les murs nord et sud éclairés chacun par trois fenêtres sont en outre décorés de trois arcs aveugles, composes d'un arc en mitre accosté de deux arcs en plein cintre; la forme de l'arc en mitre se retrouve au temple Saint-Jean de Poitiers. La croisée du transept est surmontée d'une coupole sur trom- pes appuyée sur qua- tre grands arcs ; les trompes sont formées de petits arcs qui reposent sur des corbeaux : c'est le procédé que l'on trouve dans les églises asiatiques ou égyptienne du iv« siècle. En outre, au nord et au sud la coupole est contrebutée par une haute voûte en quart de cercle qui forme à l'extérieur un massif d'aspect assez lourd.
Le chœur élevé de plusieurs marches au-dessus de la crypte se compose d'un rond point central déterminé par un hémicycle de sept arcades supportées par des piliers
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cylindriques ; il est voûté en cul-de-four et éclairé par un étage de fenêtres ; autour de lui règne un déambulatoire flanqué de quatre absidioles que séparent des fenêtres ; il est couvert d'une série de voûtes d'arêtes habilement disposées. Ainsi dans son ensemble l'église n'est éclairée que par les fenêtres des bas-côtés, du transept et du sanctuaire : la grande nef est complètement aveugle ; la fenêtre qui s'ouvre dans l'axe de l'église et que l'on devrait apercevoir à travers l'arcade centrale du rond-point, est masquée aujourd'hui par le grand orgue.
Au-dessous du chœur s'étend une crypte à laquelle on accède par deux escaliers ouverts primitivement dans les bras du transept : elle reproduit le plan du sanctuaire et ses voûtes sont supportées par de gros piliers cylindriques aux chapiteaux dépourvus d'ornements ; un puits s'ouvre au milieu.
L'extérieur de l'église est mal dégagé ; la façade occiden- tale a été complètement restaurée ; celle du nord est en- clavée entre des maisons ; celle du sud est la plus intéres- sante. Elle est interrompue par des contreforts droits reliés ensemble par des arcs qui leur donnent plus de rigidité et servent à l'ornementation. L'entrée est formée par un portail rectangulaire dont le linteau supporte un tympan triangulaire qui semble être un souvenir de l'architecture antique. La corniche qui termine la toiture est soutenue par des modillons à enroulements ou à copeaux qui sont une des caractéristiques de l'art auvergnat. Les absides et absidioles qui forment le chevet sont la partie la plus ornée ; des colonnes engagées servent de contreforts ; la toiture de chaque abside est indépendante ; il y a donc un étagement successif qui va du toit des chapelles rayonnantes à celui du rond point et qui produit le plus heureux effet. La partie haute des murs est ornée de pierres multicolores et d'incrustations de briques qui dessinent des étoiles ou des damiers. A la croisée du transept s'élève un clocher poly- I
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gonal moderne, bâli suivant la tradition de l'école auver- gnate.
3. Principales églises d^ Auvergne. — Sur le modèle de Notre-Dame du Port s'élevèrent au xi® et surtout au xii* siècle les grandes églises d'Auvergne ; Saint-Paul d'Issoire, (autrefois Saint-Austremoine), dont les nefs sont plus spa- cieuses que celles de l'église de Glermont ; Orcival, dont le berceau central est coupé par un arc doubleau, et qui pos- sède la plus belle crypte de l'école auvergnate ; Saint-Genès de Thiers ; Saint-Amable de Riom où l'on a adopté le ber- ceau brisé pour le tracé de la voûte ; Saint-Nectaire avec ses deux tours carrées de façade et ses gros piliers cylin- driques aux chapiteaux couverts de larges feuilles ; Enne- zat qui a conservé sa nef romane ; Saint-Julien de Brioude; Ghauriat, remarquable par la variété des dessins poly- chromes qui couvrent ses murs ; Saint-Saturnin où le rond-point n'est plus flanqué de chapelles rayonnantes.
Toutes ces églises sont bâties en bel appareil avec une sorte de grès du pays, l'arkose qui présente des tons dorés ; la lave ne fut employée pour les édifices qu'au xni" siècle. L'église si pittoresque de Royat mérite une place à part au milieu de ces monuments ; c'est un véritable château fort dont les murs percés d'étroites ouvertures sont cou- ronnés de créneaux et de mâchicoulis ; elle a la forme d'une croix, mais ne comporte à l'intérieur qu'une nef unique couverte d'un berceau (i).
4. Ornementation. — La peinture a probablement tenu une grande place dans l'ornementation intérieure des églises : comme nous l'avons vu l'ornementation archi- tecturale et la sculpture sont au contraire d'une grande so- briété. La sculpture tient peu de place sur les façadei qui
(i) Le style roman se perpétua en Auvergne jusqu'à la fin du iii"^ siècle ; l'église de Montpensier construite après itgS est encore bâtie sur le modèle de iNotre-Darae du Port.
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sont loin de présenter la richesse des églises bourgui- gnonnes. Au portail méridional de Notre-Dame du Port deux longues statues d'isaïe et de saint Jean-Baptiste ornent les pieds-droits ; sur le linteau on voit l'adoration, des Mages, la Présentation au Temple et le Baptême du Christ, au tympan un Christ de majesté entouré des sym- boles des évangélistes. Sur le portail nord d'Issoire est fi- gurée une Multiplication des pains d'aspect barbare, et un zodiaque orne les absidioles à l'extérieur. Les plus belle» sculptures se rencontrent sur les chapiteaux : les uns sont imités des chapiteaux composites ou corinthiens ; les feuille» d'acanthe sont souvent traitées avec une grande finesse et laissent parfois sortir de leurs touffes des figures humaines ; d'autres sont ornées de fruits, raisins, pommes de pin ; sur d'autres enfin sont sculptés des monstres, des animaux: affrontés, griffons buvant dans un calice, centaures ou de véritables scènes. Les chapiteaux des chœurs de Notre- Dame du Port et d'îssoire sont consacrés à des sujets évan- géliques ou bibliques, A Issoire et à Chauriat, par une disposition naïve, la table où le Christ célèbre la Cène se déroule autour de la corbeille du chapiteau. A Notre-Dame du Port sont représentés les combats des vertus et des vices personnifiés sous la forme de chevaliers vêtus du haubert du xu' siècle. A l'extérieur de l'abside de Gannat la Nativité est représentée sur un chapiteau extérieur de l'abside. A Ennezat l'artiste a montré le châtiment de l'avare. A Mozac domine la faune fantastique. Enfin à la sculpture auvergnate appartiennent les statues de bois de» Vierges assises sur des trônes et tenant l'Enfant sur leurs genoux ; leur fracture est en g énéral barbare, les plis de leurs vêtements sommaires, leurs visages dépourvus d'ex- pressions.
5. Les églises du Cantal. — Les églises du Cantal for- ment au milieu de l'école auvergnate un groupe particu- lier qui a subi dans une certaine mesure des influences
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extérieures. L'église de Notre-Dame desMiracles à Mauriac, celle d'Anglard de Salers, celle de Lanobre, pour ne citer que les mieux conservées, présentent bien le même mode de Yoûte que les églises de la Basse-Auvergne, mais le berceau de leur nef centrale est divisé à la mode limou- sine par des arcs-doubleaux qui retombent sur les colonnes engagées des piliers. A Mauriac le berceau et les arcs- doubleaux affectent la forme brisée.
6. Expansion du slyle auvergnat. — Les rapports entre monastères et les pèlerinages contribuèrent à répandre les procédés de l'architecture auvergnate qu'on retrouve em- ployés à Saint-Etienne de Nevers, à Saint-Hilaire de Poi- tiers et dans la basilique aujourd'hui disparue du Saint- Sauveur de Limoges ; cette basilique consacrée par le pape Urbain II en logô était voûtée suivant la formule auver- gnate, mais elle renfermait des dispositions originales : le» collatéraux et les tribunes qui les surmontaient se prolon- geaient autour du transept et venaient se raccorder au dé- ambulatoire. La même disposition se retrouve dans de^ églises que l'on a considérées comme auvergnates et qui semblent plutôt se rattacher à l'Auvergne par l'intermé- diaire de Limoges, à Sainte-Foy de Conques (Aveyron) et à Saint-Sernin de Toulouse, qui furent consacrées en 109G, mais achevées seulement dans le cours du xii' siècle. Ces deux églises sont les jalons qui relient l'école auvergnate k l'Espagne, où Saint-Jacques de Compostelle reproduit les mêmes dispositions et notamment le collatéral surmonté d'un triforium autour du transept. De même le chevet de Saint- Vincent d'Avila avec son étagement d'absi- dioles est tout auvergnat ; enfin en Italie, dans la pro- vince de Sienne, l'église de Sainl-Amiato reproduit le plan auvergnat avec déambulatoire et chapelles rayon- nantes, d'un caractère absolument étranger dans cette ré- gion.
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Bibliographie. Une étude d'enseaible sur l'école romane d'Au- vergne sera publiée par M. Chardon du Banquet dont le cour» professé à l'Université de Glermont a été recueilli par M. Vcr- nière (Revue d'Auvergne i()oo). — Ma/iaj'. Eglises romano byzan- tines du Puy-de-Dôme, Glermont, i84i. — de Rochemonteiœ . Lei églises de la Haute-Auvergne. Paris, 1903. — de Lasleyrie. L'abbaye de Saint-Martial de Limoges. Paris, 190a. — Bouillst. Sainte-Foy de Conques, Sainte-Sernin de Toulouse, Saint- Jacques de Compostelle (Mémoires d« la société des Antiquaire* de France Lllij.
CîIAriïRE V
fcBS EGLISES POITEVINES ET LES EGLISES 4 COUPOLES DU SUD-OLEST
I. Origines. — Il semble qu'on doive chercher les ori- gines de l'école poitevine dans la région de la Loire com- prise entre Tours et Angers. L'église du monastère de Saint-Martin de Tours consacrée en ioo5, et dont on a retrouvé les restes, avait comme les églises d'Auvergne, comme la cathédrale de Clermont consacrée en 9/46, un chœur à déambulatoire couronné d'absidioles. A Saint-IIilaire de Poitiers, consacrée en 1094, la nef centrale était primitivement couverte d'un comble, mais le déambulatoire existait déjà ; il en était de même à Sainte Radegonde consacrée en 1099. A cette époque cependant l'école poitevine était déjà constituée avec ses procédés originaux et au début du xu» siècle elle était en pleine activité.
a. Saint-Savin. — L'église de Saint-Savin paraît repré- senlerundesplnsanciens types d'église poitevine. Les détails révèlent encore des caractères très archaïques ; lescontreforts qui la flanquent au nord sont postérieurs à la construction primitive ; l'appareil régulier à l'extérieur n'est en , réalité qu'un revêtement qui cache un blocage fait de ma- tériaux de tout genre ; la décoration architecturale, com- plètement absente à l'extérieur où les murailles sont en-
LES Er.I.lSI'.S UOMANES
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tièremeiit nues, est rudimentairc à l'inlcricur. Par contre cette église présente déjà tous les caractères de récole poi- tevine. L'entrée principale est surmontée d'une grosse tour carrée, vrai donjon orné de deux arcades aveugles sur chaque face (la flèche actuelle est du xV siècle). Sous celle tour se trouve un narthex voûté en berceau, inter- rompu par un arc doubleau et surmonté d'une tribune, qu'unmurséparedel'église. L'église comprend troisnefs très hautes ; la nef centrale privée de jour est couverte d'un berceau central que viennent enserrer les voûtes d'arêtes des collatéraux assez élevées pour les contrebuter. Un toit à double rampant enveloppe l'ensemble des voûtes. Tell*; est la solution originale que l'école poitevine apporte au problème de la couverture des églises : les voûtes des colla- téraux appuyées elles-mêmes sur les murs extérieurs vien- nent contrebuter le berceau central à sa naissance. Les ar- chitectes poitevins ont donc renoncé à éclairer la grande nef comme les Bourguignons, et à la border d'un triforium comme les Auvergnats. A Saint Savin de grandes fenêtres en plein cintre s'ouvrent dans les murs extérieurs dos collatéraux. Le berceau central est continu, sauf dans Ips trois premières travées pourvues de doubleaux ; il n'en est pas de môme pour les collatéraux dont les voûtes d'arête sont conliguës. Les arcades qui séparent les trois nefs reposent sur des piliers de forme diverse : c'est d'abord un faisceau de quatre colonnes, puis un pilier carré à quatre colonnes engagées, puis le pilier monocylindrique ; les chapiteaux ont une corbeille lisse ou décorée d'entre- lacs. Cette église a aussi un transept, sur les croisillons duquel s'ouvrent deux absidiolcs à l'est ; à la croisée se trouve une coupole supportée par des piliers, dont la saillie est si forte, qu'ils masquent presque l'entrée du chœur. Le chœur, élevé de c[uelques marches au dessus d'une crvple, se compose d'un rond point déterminé par onze arcades très étroites ; il est entouré d'un déambula-
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tolie sur lequel s'ouvrent cinq chapelles rayonnantes. 3. Caractères de C architecture poitevine. — Les procédés de construction employés à Saint-Savin apparaissent plus perfectionnés dans les églises poitevines du xu' siècle. A. Poitiers l'église Notre-Dame la Grande offre la disposition de la nef centrale voûtée en berceau et contrebutée par les voûtes d'arête très élevée des collatéraux, mais la construc- tion est plus régulière : des arcs doubleaux divisent en travées distinctes le berceau de la grande nef et les voûtes d'arête des collatéraux ; les piliers sont carrés avec, sur leurs quatre faces, des colonnettes engagées qui reçoi- vent la retombée des arcs doubleaux et des arcades ; à la croisée s'élève une tour carrée à deux étages pei'cées de fe- nêtres ornées de moulures ; elle est couronnée d'un lan- ternon circulaire formé de petites arcades qui se termine par une flèche conique à écailles de pierre. Deux lanter- nons analogues flanquent la façade principale. Les murs extérieurs sont couronnés d'un parapet défensif et les con- treforts sont reliés entre eux par des arcatures, comme à Notre-Dame du Port.
A l'église de Parthenay-le-Vieux la voûte poitevine subit la même modification que la voûte bourguignonne du xu° siècle : elle affecte la forme du berceau brisée et il en est de même des arcades qui séparent les nefs : en outre, aous l'influenee de l'architecture auvergnate, les collaté- raux sont voûtés en quart de cercle ; la coupole centrale est surmontée d'une jolie tour octogonale.
4. La décoration. — Gomme dans les autres provinces, la décoration intérieure des églises fut d'abord demandée à la peinture qui à Saint-Savin couvrait non seulement les murailles, mais les fûts et les chapiteaux des colonnes ; elles avaient le même caractère religieux que les mosaï- ques des églises byzantines ; l'église actuelle conserve en- core une partie notable de cette décoration. A la fin du il® siècle, au cuuUuùc, wl :iuii,jut auxit'aiccle, la sculpture
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poitevine prend un développement qui peut être comparé à celui de la sculpture bourguignonne ; de simples églises rurales présentent aujourd'hui encore des façades joliment historiées, car ce fut de ce côté que se porta tout l'efTort des sculpteurs. On abandonna les clochers formant façade (Sainte-Radegonde, Saint-Porchaire de Poitiers) et on les remplaça par des façades plus développées offrant un champ libre au sculpteur. Les Bourguignons réservaient la sculp- ture aux portails : les Poitevins en couvrirent toute la fa- çade : au lieu de la concentrer sur le tympan qui n'existe pas dans la plupart des portails, ils la firent déborder tout autour. Enfin la décoration végétale ou géométrique tient moins de place chez eux que la'sculpture animée ou l'ico- nographie religieuse. A Saint-Pierre d'Aulnay (Charente- inférieure) les quatre voussures qui forment le portail sont ornées d'une succession de figures minuscules qui repré- sentent une faune fantastique, ou des personnages religieux, les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse par exemple. Un type de façade très usité est celui de Parthenay-le- Vieux ou de Civray : trois grandes ax'cades décorent le rez- de-chaussée et le premier étage, mais seules les doux ar- cades centrales sont percées, l'une d'une porte, l'autre d'une haute fenêtre ; les quatre autres sont entièrement remplies par des sculptures ou dessins d'appareil. A Par- thenay sous les deux arcades latérales du bas sont sculptés deux cavaliers reproduits sur d'autres façades du sud-ouest et dans lesquels on a voulu voir Constantin et Charlema- gne. La façade de Notre-Dame la Grande à Poitiers, celle de la cathédrale d'Angoulême présentent quelques va- riantes : les trois arcades du premier étage sont remplacées par une fenêtre centrale accostée de plusieurs registres su- perposés de sculptures. Celle de Poitiers qui offre déjà l'unité de plan des façades gothiques, est consacrée à la chute de l'homme et à sa rédemption. La sculpture poite- vine fit école dans tout le sud ouest : sur un pilier de la
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façade de l'église de Souillac se déroule une mêlée fantas- tique d'hommes et d'animaux chimériques qui s'entredé- vorent les uns les autres. Des scènes analogue ornent les chnpitaux des églises poitevines, ceux de l'église de Ghau- vigny par exemple.
5. Les églises à coupoles. — Un certain nombre d'églises du Poitou et d'Aquitaine diffèrent par leur forme de celles de l'école poitevine et soulèvent un problème dont on na pas donné jusqu'ici de solution satisfaisante : ce sont les églises à coupoles. A Périgueux, l'église Saint-Front est bâtie sur un plan à croix grecque couronnée par cinq cou- poles qui reposent sur de grandes arcs de forme brisée par l'intermédiaire de pendentifs ; les murs de clôture, d'une faible épaissseur, sont percés de fenêtres en plein cintre ; ies coupoles sont apparentes à l'extérieur. La cathédrale d'Angoulême a la forme d'une croix latine dont la nef unique est couverte par une série de trois coupoles ana- logues abritées sous un même comble, et par consé- quent invisibles à l'extérieur ; les croisillons voûtés en berceau se terminent chacun par deux tours. La nef unique sans transept qui forme la cathédrale de Cahors est surmontée de deux coupoles analogues ; il en est de même a l'église de Souillac, tandis que le plan d'Angou- lême est reproduit à Fontevrault.A Poitiers l'égUse Saint- Hilaire, dont la nef centrale était primitivement couverte d'une charpente, est surmontée depuis le xn' siècle d'une série de coupoles octogonales ; la nef paraissant trop large, on a élevé, pour les contrebuter, des piliers massifs qui sont jeliés aux murs de l'ancienne nef par des arcades. L'église de Solignac (Haute-Vienne), bâtie en forme de croix latine, est couronnée de quatre coupoles qui couvrent la grande nef et le chœur. Des coupoles analogues à celles de Saint- Hllaire surmontent la cathédrale du Puy. Enfin, on re- trouve celte architecture à coupoles loin du Périgord, dans i'église de Pupen(Julland), fondée parCanutIlauxii°siècle.
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La théorie mise en honneur par de Verneilh, d'après laquelle celte architecture serait d'origine byzantine, a sou- levé de nombreuses objections. Il est faux que l'église ac- tuelle de Saint-Front soit celle qui fut rebâtie par Saint-Fro- taire de 976 à 991 ; cette église couverte d'une charpente a été incendiée en 1120; les restes d'une basilique latine qui précède l'église à coupoles peuvent seuls remonter à cetle époque. L'église actuelle date du xn" siècle et il n'est pas certain, qu'elle soit le prototype des autres églises h coupoles. Dune manière générale ces églises diffèrent com- plètement des églises byzantines. Les coupoles ne sont ni en blocage, ni en briques, mais en claveaux taillés suivant la courbe que l'on voulait former et dont les assises régu- lières ont dû être construites à l'aide d'un cintrage ; les profils des pendentifs et des calottes ne sont nullement byzantins ; l'emploi de l'arc brisé pour les grandes axxades, la couverture des coupoles au moyen de combles, le plan en croix latine sont encore des caractères propres au sud- ouest. S'ensuit-il de toutes ces différences qu'il n'y ait eu aucune influence extérieure sur la genèse de cette archi- tecture ? La théorie nouvelle, d'après laquelle elle serait autochtone, paraît tout aussi aventureuse que la théorie byzantine. Le plan de Saint-Front est incontestablement le même que celui de Saint- .Marc de Venise et des Saints Apôtres de Constantinople; si les procédés employés ont un- caractère local, l'idée même de la coupole et du plan à croix grecque n'a pu venir que du pays d'origine de cette archi- tecture, c'est-à-dire de l'Orient.
Bibliographie, Berlhelé. Recherches pour servir à l'iiisloire de»- arts en Poitou. Melle 1890. — de Verneilh. L'architeclure byzan- tine en France. — Caries. Monographie de Saint-Front. Péri- gueux 1871. — Berlhelé. La question et le date de Saint-Front (Revue de l'Art chrétien iSgô )• — Brutails. La question de- Saint-Front (Bulletin monumental iSyS). Voyez dans le même recueil l'article de Spien.) — Bertaitr. L'art dans l'Italie mério- dionale (étude sur les églises à coupoles de l'Italie du Sud),
CHAPITRE VI
LE3 ÉGLISES PROVENÇALES
î. Architeclare. — Il n'y a pas à proprement parler d'école provençale d'architecture. Aucune église romane de Provence, qui soit véritablement complète, n'est par- venue jusqu'à nous. Sous les remaniements postérieurs ces églises montrent l'influence des traditions de la basi- lique romaine et des écoles auvergnate et poitevine. Une seule église, celle de Valence, présente un déambulatoire qu'elle doit à une importation auvergnate. L'église Saint- Trophime d'Arles au contraire, voûtée vraisemblablement à la fin du xi' siècle, associe le plan de l'ancienne basi- lique au système des voûtes poitevines. Elle comporte une nef accostée de deux bas-côtés très étroits et un transept k trois travées sur lequel s'ouvre directement une abside en hémicycle sans l'intermédiaire d'un cliœur : c'est le vieux plan des basiliques romaines du ive siècle. Sa grande net' est voûtée par un berceau brisé coupé par des arcs dou- bleaux et contrebuté par les voûtes d'arête des collaté- raux : c'est l'ordonnance de l'église du vieux Parthenay. Le berceau brisé, qui indique une date postérieure, carac- térise les églises de Provence et il est vraisemblable qu'il
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a succédé i une charpente. Les larges piliers qui sup- portent les arcades sont garnis sur leur face antérieure de doubles pilastres, et reliés par des arcades doublées qui présentent à leur sommet une brisure insensible. Enfin dans quelques églises, à Avignon et à Nîmes par exemple, on a transformé les travées des bas-côtés en chapelles laté- rales, si bien que l'église paraît n'avoir qu'une seule nef. Les églises de Vaison, de Saint-Paul des ïrois-châteaux^ de Saint-Guilhem du Désert présentent les mêmes dispo- sitions que Saint-Trophine d'Arles. L'église de Saint-Gilles «si une immense basilique qui ne put être achevée faute de ressources et fut pourvue plus tard d'un déambulatoire gothique ; les croisées d'ogives de sa crypte ont remplacé des voûtes d'arêtes.
2 Ornementation. — Ce ne fut pas dans l'architecture, mais dans la sculpture des portails et des cloîtres que l'école de Provence affirma sa personnalité. La réputation de ses maîtres d'oeuvre s'étendait au loin, et les compagnons tailleurs de pierre qui traversaient le pays, ne manquaient jamais d'aller visiter le célèbre escalier tournant, dit la vis de Saint-Gilles. Des œuvres comme les façades de Saint- Trophime d'Arles, de Sainte-Marthe de Tarascon, de Saint-Gilles, comptent parmi les plus belles des écoles ro- manes. Ces sculptures sont en quelque sorte indépen- dantes de l'économie architecturale, et plaquées suivant le système romain contre les façades entièrement nues. C'est ainsi que la façade de Saint-ïrophime se compose du simple pignon de la grande nef, accompagné des deux toits en appentis des bas-côtés, sans aucun ornement ; dans l'axe du monument s'ouvrent deux fenêtres, l'une simple, l'autre géminée ; l'admirable porche sculpté forme une saillie contre cette façade, et recouvre entièrement les deux contreforts dont on aperçoit l'extrémité qui dé- passe son fronton.
Le portail de Saint-Trophime est formé d'une grande
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baie qu'un trumeau divise en deux et que surmonte ua tympan encadré par une archivolte aux moulures élé- gantes. Les pieds-droits qui supportent l'archivolte sont couverts de bas-reliefs qui se continuent sur la façade et sur deux petits côtés en retour d'équerre. Un Christ de ma- jesté entouré des quatre symboles des Evangélistes couvre le tvmpan; conformément à rhabitu«de romane, il est assis sur un trône, couronné du diadème impérial et porte à la main le livre de vie : au-dessous de lui. sur le lin- teau, sont les douze apôtres assis ; la voussure qui en- cadre le tympan est couverte de figurines d'anges en buste -disposés sur deux rangs : les trois anges du sommet :sonnent la trompette du Jugement Dernier. Un large bandeau, qui forme comme le prolongement du linteau, montre à gauche la procession des élus dirigée vers un ange qui dépose les âmes dans le sein des patriarches, à droite les damnés écartés par l'ange du paradis ou entraî- nés dans les flammes par les démons. Au-dessous une frise représente les scènes de l'enfance du Clu-ist ; viennent finsuile les grandes figures en pied des apôtres et de Saint- Trophime, que séparent des rinceaux et des colonnettes. •L'architecture faite de fragments d'entablement supportés par des colonnes ou des pilastres cannelés, est toute an- tique. Le style des sculptures est celui des sarcophages gallo-romains conservés en si grand nombre aux Alis- camps ; les figures sont un peu courtes et ramassées ; elles -dififèrent entièrement des statues allongées du portail royal de Chartres qu'on a voulu en dériver et qui leur sont anlérieuies, ainsi que l'a montré l'étude si péné- trante de M. de Lasteyrie. Les sculptures de Chartres se- raient du milieu, celles d'Arles de la fin du xn® siècle. La riche décoration des cloîtres, celle des portails de Saint- Gilles et de Tarascon procèdent de la même école. Tout récemment un historien de l'art italien, M. Venturi, a fclrouvc dans l'Italie du nord les traces de l'influence He
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l'école de sculpture provençale qui par le relief, et l'élé- gance de statues, constitue l'école romane la plus voisine des traditions antiques.
Bibliographie. Revoil. Architecture romane du midi de la France, Paris, 1S66-73. — Bernard. La basilique primatialc de Saint-Trophirae d'Arles, Aix, iSgS, — de Lasteyrie. Gloitre et façade de Saint-Trophime d'Arles (Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions 1901). Les sculptures du portail royal de Chartres (Monuments Piot VIII). -
CHAPITRE VI!
LES REGIONS DE TRANSITIO»
A côté des provinces dont les écoles artistiques ont des caractères bien déterminé, et sont arrivés à résoudre d'une manière originale le problème de la construction et de la décoration des églises, un grand nombre de régions se sont contentées de juxtaposer ensemble des éléments venus de directions différentes ; elles n'en ont pas moins produit quelques monuments remarquables.
1. Ile-de-France et Champagne. — Les architectes du domaine royal et de la Champagne ne paraissent avoir trouvé d'autre solution au problème des voûtes que la croisée d'ogives dont les premiers essais remontent peut- être à la fin du xi' siècle. Comme les Normands, ils se contentaient de couvrir les collatéraux de voûtes d'arêtes et établissaient une charpente sur la nef principale. Les trois nefs étaient même quelquefois couvertes ainsi, comme à l'église de Vignory (Haute-Marne), qui conserve encore ses charpentes apparentes ; la seule partie voûtée com- mence après l'arc- triomphal et comprend le berceau du chœur qui se termine par une abside en cul-de-four. La nef de Saint-Germain- des-Prés consacrée avant ici 4»
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celle de Saint-Remy de Reims ù peu près contemporaine , étaient couvertes de même. La voûte d'arêtes n'était guère employée que pour les cryples. La sculpture ornementale analogue à la sculpture normande était d'un faible reliel, et aimait les ornements géométriques, les lignes brisées, les damiers, les entrelacs, les figures affrontées etc.. Dès le XI* siècle cependant les architectes de l'Ile-de-France élèvent les jolis clochers percés de baies nombreuses, et divisés en trois étages surmontés d'une flèche, qui donnent à leurs églises un caractère si gracieux.
2. Bretagne. — Il reste peu d'églises romanes en Bre- tagne. L'église Sainte-Croix de Quimperlé consacrée en io83, se compose d'une rotonde centrale à laquelle viennent s'ajouter une nef, un chœur et les deux bras du transept. Ce type d'église uniforme imité de l'église Saint-Sépulcre fut employé dans toute l'Europe et ne caractérise aucune école. L'église Saint-Sauveur de Dinan possède une fa- çade sculptée qui rappelle l'école poitevine.
3. Région de la Loire et centre. — Dans les provinces riveraines de la Loire s'est formée une école mitoyenne qui participe des caractères des écoles voisines, poitevine, bourguignonne, auvergnate. La cathédrale Sainte-Croix d'Orléans construite au xi' siècle et dont on a retrouvé les restes, comprenait une nef centrale couverte en charpente et accompagnée de quatre bas-côtés ; nous savons combien cette disposition était rare au xi*^ siècle. L'ancienne abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire possède encore le narthex massif de l'église qui fut élevée sous le Roi Robert, avant 1026: c'est un quinconce de fortes piles, ouvert de trois côtés et surmonté de voûtes d'arêtes ; les doubleaux qui les séparent reposent sur de grosses colonnes engagées ; chaque pilier quadrangulaire est flanqué de quatre co- lonnes de ce genre ; une salle voûtée de même, mais plus haute, s'étend au-dessus. Dans les églises du Berry oa trouve toute les voûtes romanes employées ainsi que la
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coupole sur trompes à la croisée du transept ; un plan exceptionnel est celui du chœur de Châteaumeillant ter- miné par sept absides de longueur décroissante et séparées les unes des autres par d'élégantes claires-voies formées de colonnettes.
Dans le Nivernais le style bourguignon domine à la Charité-sur-Loire dont l'église possède un triforium élevé ; l'église Saint-Etienne de Nevers avec son chœur entouré d'un déambulatoire à trois chapelles, sa nef centrale cou- verte d'un berceau interrompu par des arcs-doubleaux et contrebuté par les voûtes en quart de cercle des tribunes, ses contreforts extérieurs reliés par des arcatures, ses arcs en mitre et en trèfle, doit beaucoup à l'école auvergnate ; cependant l'influence bourguignonne se fait sentir dans la solution hardie qu'on a adoptée pour éclairer la grande nef par de hautes fenêtres placées au-dessus des tribunes ; les façades latérales avec leurs arcatures ressemblent à la façade méridionale de Notre-Dame du Port. Enfin on retrouve les influences combinées de la Bourgogne du Poitou et de l'Auvergne dans les églises du Bourbonnais. à l'abbaye de Souvigny qui comprend cinq nefs, à l'église d'Izeure-lez-Moulins dont les voûtes et les arcades sont de forme brisée et disposées suivant la méthode poitevine. A Souvigny on conserve un célèbre calendrier, pilier histo- rié sur ses quatre faces et qui constitue un monument cu- rieux de la sculpture romane.
4. Velay. — Les églises du Velay ne doivent rien, malgré la proximité, à l'école auvergnate : elles n'ont ni la voûte en quart de cercle destinée à contrebuter le ber- ceau de la grande nef, ni, à l'origine du moins, le chœur à déambulatoire ; elles sont couvertes suivant les modes poitevin (nef aveugle) ou bourguignon (nef éclairée) ; en outre, plusieurs églises à une nef et couvertes en berceau se rattachent à des modèles provençaux. De même la mar- queterie polychrome, si fréquente en Auvergne, est assca
I i:.s Kc.r.iSF.s r.oMwcs
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rare ; en revanche on a employé souvent des claveaux allcrnativemcnt blancs et noirs, ce qui donne aux églises un aspect mauresque.
L'édifice le plus important du Velay, la cathédrale du Puy, ne doit à peu près rien à cette école et n'a exercé sur elle aucune influence. C'est un édifice unique qui est peut- être ce que l'architecture romane a produit de plus puis- sant et de plus étrange. Le plan qui est celui d'une église en croix latine dont la grande nef est couverte d'une série de coupoles octogonales sur trompes, rappelle celui de Saint-Hilaire de Poitiers, mais sa situation pittoresque, ses proportions grandioses et l'austérité élégante de son ornementation, dont le principal motif consiste dans l'al- ternance continuelle des claveaux noirs et blancs, en font une œuvre bien originale. La façade à laquelle on accède par un escalier qui semble interminable est décorée uni- quement de trois étages de baies ou d'arcatnres brisées, en plein cintre, ou en trèfle très évasé : trois fi-ontons indé- pendants la surmontent. Le porche monumental d'un ni- veau inférieur à celui de l'église, venait autrefois débou- cher par un nouvel escalier en face du grand autel. La nef accompagnée de bas-côtés est divisée par de grands arcs doubleaux en six travées couvertes de coupoles octogonales, recouvertes d'un comble (i). Deux autres porches très profonds s'ouvrent sur les côtés et, au midi, s'étend un cloître merveilleux, aux chapiteaux variés. Ce monument auquel les archéologues ont attribué longtemps une an- tiquité fabuleuse paraît avoir été commencé à la fin du xi' siècle et achevé dans le courant du xii® siècle ; il occupe la place d'églises antérieures et de monuments païens dont on a retrouvé les restes.
5. Lyonnais. — Les traditions gallo-romaines ont persisté très longtemps dans le Lyonnais. La première
(i) Le sanctuaire elle clocher sont inoilcrnes.
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église abbatiale d'Âinay (église Saint-Martin) fut construite en 966 ; c'est une nef unique voûtée, aux dimensions res- treintes (17"' sur 9") dont la voûte est soutenue par dix colonnes aux bases régulières. A la fin du xi' siècle le, style bourguignon s'introduisit à Lyon. La deuxième église d'Ainay consacrée par le pape Pascal lien 1108, marque ce changement ; sa voûte en berceau plein est épaulée par celles des bas-côtés. Les arcades sont suppor- tées par des colonnes surmontées de chapiteaux corin- thiens : deux de ces monolithes de granit proviennent de Tautel de Rome et d'Auguste ; une tour s'élevait à la croisée ; une autre, à la façade, forme porche.
6. Provinces du midi. — Les provinces du midi, Languedoc, Gascogne. Roussillon, Béarn n'ont pas eu à l'époque ro- mane d'architecture bien caractérisée et ont subi, comme le nord de l'Espagne, des influences étrangères. Nous avons vu que l'art auvergnat avait pénétré, probablement par l'intermédiaire du Saint-Sauveur de Limoges, jusqu'à Toulouse et à Compostelle ; l'architecture à coupoles s'implanta dans le Quercy. De tous ces éléments il se forma un style bâtard qui persista dans certaines provinces jusqu'au xiv' siècle ; beaucoup d'églises romanes de ces régions ont été bâties en pleine période gothique. La cathédrale de Lescar (Basses-Pyrénées) élevée au début du xu° siècle, présente une disposition unique : sa grande nef voûtée en berceau séparé par des arcs-doubleaux. est con- trebutée par les berceaux transversaux en plein cintre élevés au-dessus des bas-côtés ; ces berceaux étranges ont probablement succédé à des charpentes apparentes. Il s'est iôi'mé en revanche au xii' siècle en Languedoc une école do sculpture qui a laissé un ensemble important, la façade de l'église Saint-Pierre de Moissac. Sur le tympan le Christ est assis dans une gloire elliptique bordée d'étoiles, vêtu du manteau impérial, la couronne sur la tète en- tourée d'un nimbe crucifère ; il porte une longue barbe
LES ÉGLISES ROMANES 53
et lève la main pour bénir : à ses côtés deux anges dé- roulent des phylactères et au-dessous de lui sont assis, divisés en trois registres, les a4 vieillards de l'Apocalypse, tenant chacun un instrument de musique et un vase de parfums ; un juge autorisé a pu rapprocher ce magnifique tympan de celui de Saint-Trophlme d'Arles (i). Autour de ce motif central s'étend une décoration fantastique, pleine de verve et de fantaisie. Sur la face antérieure du trumeau sont étages symétriquement trois couples de lions et de lionnes ; sur ses faces latérales sont deux saints person- nages tenant des livres et des phylactères. Isaïe, le prophète de l'ancienne Loi, et saint Pierre l'apôtre de la Nouvelle Loi, sont sculptés sur les pieds-droits. Des deux côtés du porche les sculptures couvrent les murs latéraux, et sous des arcatures en plein cintre on voit à droite des scènes de la vie de la Vierge et de l'enfance du Christ, à gauche la mort du mauvais riche et des personnifications assez réa- listes des viees. A l'église de Moissac s'appuie un cloître dont les colonnes jumelles sont surmontées d'un chapiteau unique ; la fantaisie la plus originale s'est exercée sur ces chapiteaux ornés comme d'une orfèvrerie de palmetles, de rinceaux, d'enroulements perlés au milieu desquels se joue tout un peuple d'animaux fantastiques empruntt's à la faune du bestiaire. Le musée des Augustins à Toulouse conserve quelques beaux spécimens de chapiteaux sem- blables destinés à surmonter les colonnes jumelles du cloître de la Dalbade. Leur style est voisin de celui des chapiteaux de Saint-Trophime.
Bibliographie. Lejevre-Pontalis. L'architecture riioiiuiïientdilc dans l'ancien diocèse de Soissons au ii« et xii« siècle. De la Monneraje. Essai sur l'histoire de l'architecture religieuse en Bretagne (xi-xn» s.). Rennes, i83i. — Buhot de Keisers.
(l) De LiiSUyrie, Monuments Piol, l. YIII.
54 ÏI^S lîiiLISKS nOMANES
Caractères de l'architecture religieuse en Berryà l'époque ro- mane. (B, A, C. T. H. 1890. p. 25). Histoire et statistique mo- numentale du département du Cher. Bourges, 1875-99.8 v. — Bourassé. Esquisse archéologique des principales églises du dio- cèse de Nevers. INevers, i844' 8° — Thiollier. L'architecture reli- gieuse à l'époque romane dans l'ancien diocèse du Puy, Paris, 1900. — Raidn. L'abbaye et les cloîtres de Moissac, Paris, 1897. — de Lafiondls. Les églises romanes de l'Aricge. B. A. C. T. H. iSqQ, — BriUails. Notes sur l'art religieux du Roussillon. B. A. C. T. H. J893. — ThiolUer. Vestige de l'art roman en Lyonnais. B. A. G. T. IL 1892.
CîIAriTiŒ VIII
LES ECOLES ÉTHA.NGÈUES. LOMBARDIE ET ALLEMAGNE
Comme on a pu le voir l'influence des écoles romanes de France s'est exercée au loin hors des frontières. L'An- gleterre a accepté l'architecture normande qui a pénétré jusqu'en Norvège, où elle a vécu à côté de l'architecture de bois. L'Espagne, l'Italie méridionale ont reçu par l'inter- médiaire des ordres religieux, les procédés d'architecture de diverses provinces. Cependant deux grandes écoles se sont formées hors de France, l'une en Lombardie, l'autre en Allemagne.
I . L'architecture lombarde. — Les archéologues ont vieilli outre-mesure la plupart des églises et des cloîtres lombards ; pendant longtemps on n'a pas hésité à faire dater du xi" siècle les voûtes sur croisées d'ogives de Saint- Ambroisede Milan. On a reconnu aujourd'hui que les dis- positions archaïques des basiliques à colonnes ont été em- ployées longtemps en Lombardie, comme dans tout le reste de l'Italie, Il est probable cependant que la Lombardie a eu dans la première moitié du xi' siècle une des plus an- ciennes écoles romanes qui ait existé en Europe. Le plan architectural introduit par Lanfranc en Nonaandic était
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LES EGLISES ROMANES
déjà appliqué en Lombardie d'une manière beaucoup plus rationnelle. Les Lombards, en effet, eurent l'idée d'employer exclusivement la voûte d'arêtes sur plan carré pour couvrir les nefs de leurs églises ; mais comme la grande nef était deux fois plus large que les collatéraux, on fit correspondre une travée de cette nef h deux travées des collatéraux. Les arcades qui séparaient les nefs repo- sèrent donc sur des piliers à colonnes engagées, alternati- vement forts et faibles ; les premiers seuls recevaient la retombée des voûtes d'arête centrale et des arcs doubleaux destinés à les séparer ; les derniers servaient uniquement à supporter les voûtes et les arcs-doubleaux des collaté- raux. Dans les grandes églises, les bas-côtés sont sur- montés de tribunes. Les voûtes d'arête ont un surhausse- ment caractéri^itique qui leur donne presque l'aspect d'un dôme. Le transept ne fait aucune saillie sur les bas-côtés et apparaît seulement à l'extérieur au-dessus des toits. A la croisée s'élève une coupole octogonale sur trompe qui ( est contrebutée comme dans les églises byzantines par les deux croisillons voûtés en berceau. Le chœur comprend, en général, trois absides ouvertes dans l'axe des trois nefs .sans aucun déambulatoire ; nous avons vu que cette dispo- sition avait été importée en Normandie. Sous le chœur s'étend souvent une large crypte. L'emploi de la voûte il'arêtes, en concentrant tout l'effort de la poussée sur les piliers a permis d'éclairer la grande nef. Des fenêtres sont aussi ouvertes dans l'abside centrale.
A l'extérieur, des porches voûtés se développent sur la largeur de la façade. La disposition des façades lombardes est très simple ; elles se composent d'une large muraille qui monte tout d'une pièce jusqu'aux deux rampants qui la terminent, et masque le ressaut que fait la grande nef au-dessus des bas-côtés. Au chevet, l'abside principale ^eule fait une saillie : les absides secondaires ne sont guère qae des niches encastrées dans des murs rectangulaires.
LES ÉGLISES ROMANES 17
Enfin les clochers ne font pas partie intégrante de l'église : ce sont des tours carrées ouvertes au sommet par des ar- cades et dont les murs ne sont interrompus aux autres étages que par des baies étroites. Saint-Michel de Pavie et Saint-Ambroise de Milan ont conservé un grand nombre de ces dispositions.
2. La décoration lombarde. — L'aspect extérieur des édi- fices est en général simple et sévère ; sur les côtés, des con- treforts rectangulaires marquent la division en travées, mais le principal élément de décoration est l'arcature aveugle ou ouverte : c'est une corniche à petits arcs portés sur des consoles et parfois liée à des colonnettes. Ces bandes murales, dites bandes lombardes, forment la ma- jeure partie des couronnements ; on en trouve plusieurs rangées sur les façades. Quelquefois des galeries formées d'arcatures à jour portées sur des colonnettes ornent les façades. Au xu" siècle l'ornementation des églises lom- lardes prend un caractère plus riche. Les briques mélangées à l'appareil, à Saint-Ambroise de Milan par exemple, sont faites avec soin et ont une belle teinte rose ; l'appareil lui- même est composé de belles pierres de taille à joints vifs, suivant la tradition antique et on le retrouve parfois avec les marbres rouges et blancs de l'Italie du nord. A l'inté- rieur les nefs sont pavées de mosaïques ; des portes de bronze ornées de bas-reliefs y donnent accès, comme à San Zeno de Vérone. Les portails profondément ébrasés ont de jolies archivoltes portées sur des colonnettes dont les bases reposent elles-mêmes sur des lions accroupis. Une école de sculpture qui a beaucoup de rapports avec celle de Pro- vence se développe. Avant le xii* siècle les motifs sculptés sur les lourds chapiteaux cubiques, sur les chancels ou le» ambons, dérivent de l'ornementation barbare, tresses, entrelacs, flore conventionnelle, animaux fantastisques et stylisés ; la représentation de la figure humaine est gros- sière jusqu'à la sauvagerie ; des têtes énormes sont placée»
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sur des corps trop minces. Au xii° siècle, au contraire, la jsculpture lombarde semble se dégager brusquement de ce £haos et ses figures fantastiques font place à l'iconographie icligieuse ou à des fantaisies dont les éléments sont fourni» f)ar la littérature chevaleresque du populaire. A côté du voyage d'Alexandre dans les sphères célestes, on trouve des épisodes du roman de Pienart, Au tyoïpan du baptistère de Parme construit en 1176, par Benoît Anthelmi, est re- présentée la parabole de la licorne tirée du roman de Bar- laam et Joasaph ; les rapports de cette œuvre avec la sculp- ture provençale ont frappé les archéologues. De même au <;loître de Sant'Orso d'Aoste on trouve les chapiteaux ac- couplés des cloîtres provençaux ou toulousains ; sur l'un d'eux est sculpté le fabliau du coq et du renard. Ce cloître daté de 1 135 serait même plus ancien que celui de Saint- Trophime, si bien que le problème des rapports entre les deux écoles n'a pas encore reçu de solution. L'in- fluence lombarde à l'extérieur paraît d'ailleurs avoir été considérable : on la trouve non seulement en Norman- die, mais en Hollande, en Espagne, où des Lombards terminent la cathédrale d'Urgel en 117/ii et en Rous- sillon.
3. L'école rhénane. — A la fin de l'époque carolingienne les grandes abbayes de Fulda, Saint-Gall, Reichenau.Gor- vey etc. , sont les centres où se forment des architectes et ■des artistes. Les constructions sont nombreuses à cette épo- que, mais le parti adopté est toujours celui de la basilique couverte en charpente et flanquée à l'entrée de deux tours ■carrées. Le goût de la construction qui se propagea dans iaute l'Europe vers les premières années du xi° siècle at- teignit aussi l'Allemagne ; les empereurs Henri II à Bam- berg, Conrad le Saliqucà Limbourg sa ville patrimoniale, Henri HI à Goslar, Henri IV dans toute l'Allemagne cons- truisirent de nombreuses églises et leur exemple fut suivi par les évoques. Ce fut dans lit légion du Rhin que l'on
LES K(;i.isi':s r.oMAM-.s
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coinmcnça à construire des églises voûtées. Du xi" siècle datent les cathédrales de Spire, fondée par Conrad II eu 1060, AVormsct Mayence construites en 1081, Sainte Marie du Capitole de Cologne. Henri IV, l'adversaire de Gré- goire VII, paraît avoir été le promoteur de ce mouvement de construction, mais les procédés étaient encore si impar- faits que la plupart de ces voûtes primitives s'écroulèrent et durent être refaites au xu^ siècle. De cette époque date la cathédrale de Spire qui se compose de trois nefs, d'un transept et d'un chœur en hémicycle. A la croisée du tran- sept s'élève une coupole octogonale. La grande nef com- prend six travées couvertes de grandes voûtes d'arètesépa- rées par des doubleaux et correspondant chacune à deux travées des collatéraux. Pour diminuer la poussée on a surhaussé tellement les voûtes que leurs arêtes sont en plein cintre et qu'elles deviennent de vraies coupoles sur pendentifs. L'analogie entre cette architecture et celle de l'école lombarde est trop visible pour qu'on ne suppose pas des communications entre les deux domaines artistiques. La cathédrale de Spn-e est en outre précédée d'un narthex à trois travées et elle est décorée à l'intérieur comme à l'extérieur d'arcalures ou de galeries à jour portées sur des colonnettes. Les cathédrales contemporaines de Mayence et de Worms sont remarquables par leurs belles dimen- sions ; la hauteur de la grande nef de Mayence est égale à deux fois et demie sa largeur. A la cathédrale de Worms consacrée en ii8f, on trouve le plan à deux chœurs qui est une caractéristique de l'école rhénane et qui apparaît déjà sur le plan du monastère de Saint Gall tracé au x* siècle. A l'est le chœur, en hémicycle à l'intérieur, est carré à l'ex- térieur : celui de l'ouest a la forme polygonale. Dans les autres parties de l'Allemagne, en Westphalie et en Saxe la voûte n'apparut guère avant la fin du xii" siècle. Plu- sieurs de ces églises ont conservé sur leurs chapiteaux, massifs en général, la sculpture, faite d'animaux fanlasti-
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ques OU de feuillages conventionnels, qui caractérise l'art roman.
Bibliographie. Dartein. L'architecture lombarde, Paris, 1882. — Caltaneo. L'architectura in Ilalia dal sccolo VI al mille circa. Venise, 1889. — Veniuri. Storia deU' arte ilaliana-t a et 3. Mi- lan, igoS-A. — Olte. Handbuch der Kirchlichen Kunslarchiiolo- gie der deustschen Mittelatters. Leipzig, i883. — Dohinc, Bode, etc.. Geschichte der deulschen Kunsl Berlin iSSS-go. 5v.
CONCLUSION
Dans le cours des xi' et xii* siècles, il s'est constitué en Occident une architecture religieuse d'un caractère origi- nal. Il faut en chercher les origines lointaines moins dans la basilique gréco-romaine à charpente, soutenue par des colonnes, que dans lesbasiliquesorientales voûtées dont on a retrouvé les restes en Asie-Mineure et en Syrie. Mais sur ce fond commun s'est élaborée la variété des écoles régio- nales qui ont apporté chacune leur solution au problème de la couverture des églises. Nef centrale plafonnée en- tre des collatéraux couverts d'arêtes, nef centrale voûtée en berceau et contrebutée par des collatéraux qui laissent cependant un espace suffisant pour ouvrir des fenêtres hautes, berceau central contrebuté par les voûtes en quart de cercle des tribunes ou des collatéraux, berceau central aveugle entre deux collatéraux très élevés, nef centrale couverte d'une succession de coupoles ou de voûtes d'arêtes, telles sont les formules découvertes par les écoles nor- mande, bourguignonne, auvergnate, poitevine, périgour- dine, lombarde, rhénane à la fin du xi° siècle. Le xn= siè- cle qui coïncide avec le plein épanouissement de l'archi- tecture romane a marqué de nouveaux progrès ; l'emploi de l'arc brisé dans les arcades ou les voûtes a allégé les poussées, et permis d'élever des églises plus hautes : pres- que toutes les écoles l'ont adopté. D'autre part la scul[>-
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ture ornemenlalc, longtemps dans l'enfance a révélé ses ressources à la fois en Bourgogne, en Poitou, en Auver- gne, en Provence, en Lombardie. Depuis les derniers temps de l'antiquité elle était réduite à une ornementa- tion stylisée et barbare ; elle reprend, aux portails de Saint-Trophime, de Moissac, de Chartres, sa place dans l'art occidental. Le catholicisme avait ainsi trouvé dans l'art roman un modèle de construction religieuse adapté à ses besoins. Le mouvement aurait pu s'arrêter ; l'art ro- man avait donné à l'Occident le type architectural que rOrient demandait à l'art byzantin. Les écoles locales ten- daient à se pénétrer l'une l'autre, les diversités s'effaçaient et il se serait peut-être formé un type abstrait d'église ro- mane, qui aurait été pour l'Occident ce que l'église à croix grecque fut pour l'Orient, si une des moins prospères de ces écoles locales, n'avait imaginé un nouveau procédé de voûte qui entraîna une véritable révolution dans l'ar- chitecture religieuse : les écoles romanes allaient faire place à l'architecture gothique au moment même où la langue française commençait à se substituer aux dialectes locaux.
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
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Revues : Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie et d'histoire^ Paris, i847-56. Nouveaux mélanges, 1874-77. — Bulletin Mo- numental (publié depuis i834l. — ■ Bulletin archéologique du Co- mité des Travaux historiques = B. A. C. T, H. — Revue de l'Art chrétien.
Ouvrages généraux : De Cffumont. Abécédaire ou rudiment d'archéologie. Ere romane, Caen, 1870. — Corroyer, Architec- ture romane (coll. Quantin). — Choisy, Histoire de l'architec- ture, t. II, Paris, 1899. — Quicherat, Mélanges d'archéologie et d'histoire, Paris, 1786. — Enlart, Manuel d'archéologie fran- çaise, t. I, architecture religieuse, Paris, 1902. — Anthyme St-Paul, Histoire monumentale de la France, Paris, i883. — Architecture et catholicisme, Paris-Bloud, 1904. — Brutails, L'archéologie du Moyen Age et ses méthodes, Paris, igoi. — A. Germain, L'art chrétien en France des origines au x\i° siècle, Paris Bloud. — Vitry, Album de sculpture du moyen âge,. Paris, ioo4.
TABLE DES MATIERES
Introduction. — Les origines ..«••••• 3
I. — La construction des églises romanes. . • . « 9
I[. — Les églises normandes > • • i4
£I[, _ Les églises bourguignonnes aS
IV. — Les églises auvergnates 3o
V. — Les églises poitevines et les églises à coupoles du
sud-ouest 38
VI, — Les églises provençales 44
VII. — Les régions de transition 48
VIII. — Les écoles étrangères. Lombardie et A.llemagne . 55
Conclusion 61
,BlULI0GRA.PmB OÉNÉRALS , 63
J707-0Û. — Imp. des Orph.-Appr., F. Blétit, 40, ruî La Foataine, Paris.
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